‹ Le SodomaChapitre 16 sur 19 · LA RESURRECTION · texte numérisé non relu

LA RESURRECTION

(Palais public, Sienne.)

peries, des broderies, des bijoux, des diadèmes, des objets précieux, est plus achevée que dans aucune autre œuvre duSodonia(p. 109). Le regard s'arrête surtout sur la Vierge, si fine et si naïvement interdite devant tous ces hommages, et sur le jeune prince imberbe à l'extrémité du groupe de droite: il s'avance avec une dignité pleine de respect, relevant son manteau d'une de ses belles mains effilées, et présentant de l'autre un vase précieux à l'enfant divin. Cette admirable figure a souvent rappelé aux critiques certaines physionomies familières au pinceau ou au crayon de Léonard. Le rapprochement n'est ni plus ni moins justifié que pour le Sant'Ansano du Palais public, avec lequel le jeune roi offre plus d'un rapport. On peut parler ici de réminiscence lointaine, non d'imitation; et pourquoi n'y aurait-il pas eu rencontre, d'ailleurs assez vague, entre deux artistes contemporains, dans la même recherche d'un type de beauté juvénile unissant la douceur à la distinction?

Le gouvernement siennois, dans sa lutte contre Florence et le pape, s'était vu fatalement amené à se porter du côté du parti impérial : les vieux instincts gibelins de la cité poussaient dans ce sens la politique des « Libertini » qui, malgré leur programme, aliénèrent ainsi définitivement l'indépendance delà république; car un des généraux de Charles-Quint pénétra sur le territoire siennois, et une garnison espagnole occupa la ville. Ces étrangers eurent leur chapelle à Sienne, la première à droite dans l'église dominicaine de S. Spirito, et le Sodoma en exécuta les peintures à partir de 1330. La décoration, un peu compH-

quée. se compose de deux surfaces cinliées, emboîtées l'une dans l'autre, la plus basse correspondant à la largeur de l'autel, la plus grande à celle de toute la chapelle ; cette dernière, peinte à fresque, comporte un ensemble d'arcades et de piliers en trompe-l'œil; et dans la lunette, se voit le motif le plus brillant de toute la chapelle. Saint Jacques. lancé au galop de son cheval, exterminant les infidèles (p.H3). A droite, au-dessous des armes d'Espagne, est représenté saint Antoine abbé, et à gauche, sous l'écusson impérial un beau saint Sébastien, moins douloureux que celui des Offices, mais encore fort émouvant dans la fraîcheur juvénile de ses membres et de ses traits.

La décoration de l'arcade intérieure, peinte sur bois, se décompose encore en une lunette et deux piliers : on y voit la Vierge, assistée de sainte Cécile et de sainte Lucie, occupée à passer à saint Alphonse l'habit dominicain; sur les piliers latéraux, saint Nicolas da Tolentino et l'archange saint Michel laissent entre eux un espace libre, rempli aujourd'hui par un tableau moderne représentant sainte Rose de Viterbe, L'ensemble a grande allure, surtout à cause du saint Jacques et du saint Sébastien. Le groupe de la Madone et de saint Alphonse, un peu sombre, présente une jolie collection de visages attendris aux traits fins et gracieux : les anges placés en arrière de la Vierge, ont un air de parenté frappante avec ceux d'un Christ au tombeau., peint sur un j)elit panneau de l'église San Donato, à Sienne, qui doit être du môme temps. La Madone, à son tour, est peu dilFércnte de celle du Palais

Clichf Alinuri.

MADONE DE SAIXÏ LEONAKD.

(Palais public, Sienne.)

public. Lorsqu'on 1536 Charles-Quint fit à Sienne une entrée triomphale, la tradition veut qu'il ait exprime une grande admiration pour le cheval du patron de l'Espag-ne, et, dans son enthousiasme, il aurait octroyé à G. A. Bazzi le titre de comte palatin; mais c'est là une légende que ne confirme aucun texte positif.

Une autre anecdote a trait aux rapports du peintre avec les Espagnols : un jour, grossièrement insulté par un soldat de la garnison, le Sodoma se contenta de dévisager son offenseur avec une extrême attention; rentré chez lui, il crayonna de mémoire son portrait, puis se rendit chez le gouverneur pour porter plainte, et faute de pouvoir désigner le soldat par son nom, il montra son portrait : le coupable fut aussitôt reconnu et puni.

A une faible distance de S. Spirito se voient les restes d'une importante fresque, exécutée entre 1528 et 1532, sur la façade extérieure de la haute « Porta San Viene » — aujourd'hui Porta Pispini. Dès 1526, la Seigneurie siennoise avait décidé d'achever la décoration de toutes les portes en y représentant des scènes de la vie de la Vierge, protectrice de la ville : le sujet que le Sodoma eut à traiter ici était la Nativité. La partie inférieure de cette vaste composition a été entièrement détruite par les intempéries : mais la ronde d'anges, chantant « Gloria in excelsis Deo » dans le ciel, a été mieux préservée, grâce à l'auvent de forme cintrée qui la protège, et quelques anges peints sous l'arcade même de cet auvent ont gardé intacte la fraîcheur des tons que leur donna l'artiste : il y a là plusieurs mor-

ceaux d'une faclure large et d'une g^rande noblesse, qui doivent prendre place parmi les débris les plus remarquables échappés au naufrage de tant d'œuvres du Sodoma (p. 117). On peut observer que l'artiste a très habilement rattaché le groupe des anges peints sous la voùle de l'auvent k ceux de la surface verticale, au moyen d'un ange qui déborde du cadre de l'auvent et dissimule l'angle formé par le croisement des dtux plans.

Une autre composition analogue, mais plus etlacée encoie — une Vierge entourée de saints avec Dieu le Père et des anges — fut commandée à Bazzi en 1536 pour décorer la(( Cappella di Piazza », ce gracieux édicule carré, des \iv' et XV' siècles, qui fait saillie surla façade du Palais public au pied de la grande tour. Le Sodoma mit à une dure épreuve la patience de la Seigneurie avant d'achever, seulement au début de 1539, ce travail important : il avait même quitté Sienne, et il fallut toute l'amitié du prince de Piombino auprès duquel il s'était retiré, pour le défendre contre les colères des magistrats siennois, et sans doute pour le décider à terminer l'œuvre entreprise. De vagues fragments d'anges et de quelques personnages — Dieu le Père, un saint Sébastien notamment — sont des traces insuiïisanies pour nous permettre de porter un jugement sur hi valeur et l'effet de cette composition.

Cliché Alinari.

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