‹ Le SodomaChapitre 17 sur 19 · ADORATION DES MAGES. (FRAGMENT · texte numérisé non relu

ADORATION DES MAGES. (FRAGMENT

(Sanl' Agostino, Sienne.)

On a pu remarquer combien d'œuvres importantes l'artiste avait réussi à mener de front de 1525 à 1535. A cette activité intense paraît avoir succédé une période de fatigue, de dépression et aussi de mauvaise humeur : son absence obstinée au moment oiàla Seigneurie le pressait d'achever la décoration de la « Cappella di Piazza » en est un indice caractéristique. Les dernières œuvres que le Sodoma peignit dans la région siennoise précisent encore cette impression de lassitude. Il suffit de mentionner pour mémoire les traces à peine reconnaissables de fresques effacées par le temps et les hommes, et d'ailleurs dont nous connaissons mal la date, la Madonna dei Calzolari, près de la place Tolomei, ou la Madonna del Corvo, moins détériorée, à un angle de la via di Stalloreggi, et dont Vasari admirait « la grâce et la divinité ». Une Vierge entourée de saints existe encore à la place même pour laquelle le Sodoma l'a peinte, à l'église Collégiale de Sinalunga; ce grand panneau a été malheureusement très repeint, mais on y peut reconnaître quelques traits de ressemblance avec Y Adoration des May es de Sant' Agostino ; la Vierge de Sinalunga ne doit pas être d'une époque très différente.

Sur l'autel du Saint-Sacrement, à l'église du Carminé, à Sienne, se voit un tableau de dimensions restreintes, une Nativité de la Vierge, qui, par l'inégalité de l'exécution, est bienune des œuvres les plus déconcertantes du Sodoma:

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si Vasari ne la désignait pas si clairement comme étant de cet artiste, il y aurait tout lieu d'en discuter l'attribution : il reste d'ailleurs très probable que le maître a laisse à l'un de ses aides le soin de terminer le fond. Mais les trois personnages du premier plan sont beaucoup plus intéressants ; c'est à droite, une vieille femme, assez réaliste, qui passe l'enfant à une servante assise, vue de face, les yeux baissés ; celle-ci commet la grave imprudence de « poser » pour la tête, au lieu de regarder le poupon qu'elle reçoit. Sa tête est d'ailleurs d'une beauté classique remarquable : on la jurerait copiée d'après quelque marbre antique. Rapliaël n'a pas peint de visage de femme plus régulièrement parfait; mais le Sodoma nous avait habitués à plus d'expression et de vie. Aussi peut-on préférer à cette belle statue la figure de gauche, une jeune lille agenouillée, dont la légère robe rose laisse transparaître le modelé délicat de son corps souple.

La granàe AJaclone entourée de saints que le Sodoma avait peinte pour une église de Colle di Val d'Eisa, etqui est conservée aujourd'hui au musée de Turin, est une composition oh se retrouvent plusieurs de ces physionomies gracieuses et fines, aux traits allongés, qu'il affectionnait, mais dont les expressions sont froides et compassées (1).

A ep croire Vasari, G. A. Bazzi, ruiné par ses folles prodigalités, et jaloux des succès de son rival Beccafumi, aurait pris le parti de tourner le dos à l'ingrate Sienne et

(I) 11 paraît impossible do voir une (i;uvrc de jeunesse clans celte composition où le métier l'emporte sur lalrafclicur du sentiment.

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de s'exiler. Les documents aujourd'hui publiés permettent de démentir de la façon la plus formelle la pauvreté du peintre; un peu d'amertume causée par la faveur grandissante de Beccafumi n'a rien d'invraisemblable de la part d'un artiste conscient de sa valeur, susceptible, et que l'on sait sujet à des caprices. En réalité, son départ en 1339 ne fut que la mise à exécution du projet déjà esquissé pnu auparavant, lorqu'il s'était retiré à Piombino. Cette fois, il prit la route de Volterra et de là gagna Pise.

A Volterra, il restaura une Circoncision de Luca Signorelli — aujourd'hui à la Galerie Nationale de Londres — que l'humidité avait endommagée : le Sodoma refit entièrement l'enfant Jésus; mais aucun des tableaux conservés à Volterra sous le nom du maître ne permet de reconnaître sa main.

Son activité à Pise peut être plus exactement reconstituée : le Recteur de la Fabrique du Dôme fit appel à ses services, et il nous est encore donné de contempler dans cette ville trois grandes compositions sur toile que l'artiste exécuta de 1340 à 1342. La première en date est une Mise au Tombeau, malheureusement restaurée et très noircie, dont l'effet n'est guère agréable. La manière du Sodoma s'y reconnaît bien dans maints détails d'exécution, et il y a un effort méritoire pour donner aux figures une vigoureuse expression, à l'ensemble un certain mouvement dramatique. Mais les émotions violentes n'étaient pas le fait de ce'peintre : il avait toujours mieux réussi dans les attitudes et les physionomies languissantes ou mélancoliques.

exténuées ou résignées ; la Pielà de petites dimensions que possède de lui la g^alerie Borghèse traduit hien, dans le visage de Marie contemplant son fils, une douleur inconsolable. Le mouvement un peu forcé du tableau de Pise est en somme moins expressif : le groupe de la Vierge évanouie, à gauche, est loin d'atteindre, par sa recherche, la beauté du même groupe dans la Déposition de Sienne, et surtout de \^ Sainte Catherine recevant les stigmates.

Le Sacrifice d'A braham est la peinture la plus célèbre de l'artiste vieillissant — il avait alors soixante-cinq ans — ; il s'en faut cependant qu'il y ait retrouvé le naturel et la simplicité qui émeuvent (p. 121). La couleur, bien consservée, donne à ce tableau un attrait qui le désigna, en 1811, pour être transporté au Louvre. Campé au premier plan de la toile qu'il remplit dans toute sa hauteur, le personnage d'Abraham se présente dans une pose théâtrale qui ne nous plait ^uère ; dans la figure d'Isaac agenouillé, entièrement nu, le Sodoma s'est appliqué à exprimer simultanément la résignation, par l'attitude des bras et du buste légèrement infléchi en avant, et la frayeur, par le mouvement inslinctif de la tête relevée, ainsi que par le regard fixé avec intensité sur le bras de son père. L'ange qui arrête l'épée d'Abraham est le même qui avait couronné le Saint Sébastien des Offices; cette seconde apparition ne lui réussit pas aussi bien que la première. Quant aux modelés d'Isaac, ils rendent avec bon heur ce qu'il y a de doux et de lisse dans les muscles

Cliché Loiiibardi.

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