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PORTRAIT DU SODOMA

(Détail d'une scène de la vie de saint Benoît — Monte Oliveto Maggiore.)

Vasari ne fut ni un juge impartial, ni un historien exact: sa chronologie est constamment incertaine, ses confusions nombreuses, sa partialité avérée. Quelle que fût la cause de son animosite', antipathie personnelle, rivalité d'école ou de clocher, écho des médisances de Beccafumi, émule éclipsé par Bazzi, il est visible que la malveillance a inspiré à chaque page sa biographie du Sodoma. Mais d'autre part, Yasari a pu connaître notre peintre ; il a en tout cas recueilli sur son compte beaucoup de témoignages ou de bavardages contemporains, qui sont pour nous une source d'information précieuse, à condition qu'on y fasse la part de l'interprétation calomnieuse. En ce qui concerne le surnom du Sodoma, si trouble qu'en puisse être l'origine, tout s'accorde pour prouver qu'il le porta sans embarras, et que ses contemporains le lui appliquèrent couramment, sans arrière-pensée.

A la fin de 1490, sa treizième année à peine révolue, Giovanni Antonio fut mis en apprentissage, pour une durée de sept ans, chez Martino Spanzolti, maître originaire de Casale, en Montferrat, mais établi à Vercelli oii l'avait sans doute attiré la réputation de peintres comme Boniforte Oldoni et ses fils. Car dans l'immense effort artistique réalisé par l'Italie au xs" siècle, les écoles piémontaises, qui mériteraient d'être mieux connues, ont eu leur physionomie propre ; celle de Vercelli fut particulièrement active du xiii* au xvi" siècle. Il est difficile cependant de porter un jugement sur la valeur des traditions que Martino Spanzotti transmit au jeune Bazzi, car

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le nombre des œuvres connues du vieux maître est fort restreint (1); on y relève d'assez graves maladresses d'exécution, mais ses tètes ont de la douceur et une g^ràce expressive. 11 arrive d'ailleurs qu un peintre incomplet soit un maître excellent, et tel paraît avoir été le cas de Spanzotti, qui compta parmi ses élèves Girolamo Giovenone. Defendente De Ferrari, représentants fort distingués de l'école piémontaise : leur gloire pâlit cependant à cMé de celle du Sodoma.

Martino Spanzotli retourna vers 1496 à Casale: emmena-t-il avec lui le jeune Bazzi, dont l'apprentissage n'était pas terminé? Celui-ci Iravailla-t-il à Vercelli, auprès d'un des meilleurs maîtres du Montferrat, Macrino d'Alba, qui avait été l'élève de Yincenzo Foppa ? Dans ce cas, il aurait pu recueillir certaines traditions de la vieille école lombarde. On a également supposé qu'attiré à Milan par la présence de Léonard de Vinci, il devint le disciple du grand Florentin. Tout cela n'est qu'bypolhèse; en réalité, depuis la fin de son apprentissage jusqu'à ioOl, date où son absence de Vercelli est ofriciellemcnl constatée et où nous le trouvons à Sienne, on ignore tout de son existence. Le plus simple est peut-être de rechercher, dans les œuvres importantes qu'il commença dès lors à produire, quelles influences il avait subies durant sa jeunesse, et quel profit il en tira.

(1) On a proposé du lui alliiljiu r un iinporlant cyqlc de fresques près d'Ivrée {L'Avte, 1004); mais les arf^umonls mis en avant no forcent pas ia conviction.

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