M CD
On ne peut s'empêcher de remarquer tout d'abord que le milieu siennois où se trouva transplanté le jeune Piémontais. convint merveilleusement à sa nature; ce n'est pas assez de dire qu'il s'y adapta peu à peu: une affinité particulière le rapprochait de cette population aimable et vive, tour à tour mystique et rieuse, violente jusqu'à la férocité dans ses rivalités politiques et passionnée de plaisir. Le fait est que Sienne devint la véritable patrie de Bazzi ; il s'y établit d'une façon définitive, et y exécuta une série de chefs-d'œuvre, qui excitèrent tout de suite une grande admiration.
Lorsqu'il y arriva, les longues convulsions politiques qui avaient marqué le développement de la république étaient calmées. Comme Florence, sa rivale séculaire, mais plus tard qu'elle, la cité g-ibehne avait trouvé un maître: là aussi, le conflit toujours renaissant de la démocratie et de Tolig-archie aboutissait à la tyrannie. D'ailleurs le tyran de Sienne, Pandolfo Petrucci, n'avait l'envergure ni d'un Cosme l'Ancien ni d'un Laurent de Médicis : il n'eut jamais d'autre idéal que d'asseoir son autorité personnelle, et il y parvint par un prodige d'équilibre. Il se piqua, bien entendu, de protéger les lettres et les artistes; mais son action à cet égard fut peu efficace.
Étranger au pays, G. A. Bazzi semble s'être tenu à l'écart des luttes de partis ; du moins sut-il se concilier la faveur du tyran, dont il fit un portrait, malheureusement perdu. Au reste, il eut d'autres Mécènes ; Vasari raconte qu'il vint d'abord à Sienne sous les auspices de la famille Spannoc-
clii, et parmi les amitiés qui lui furent les plus fidèles, il faut citer celle du prince de Piombino,Giacomo d'Appiano, cinquième du nom. En réalite, le Sodoma travailla surtout pour le compte d'églises, de confréries et de couvents; c'est aussi à quoi l'avait le mieux préparé, sans doute, son vieux maître Spanzotli.
Sienne n'oubliait pas ses nobles traditions religieuses. La fille de l'humble teinturier Benincasa avait possédé la foi qui transporte les montagnes: sainte Catherine, par la seule autorité de sa conviction, avait imposé au pape le retour d'Avignon à Rome. Un demisiècle plus tard (142.J-1427), le franciscain saint Bernardin avait profondément remué les Siennois par ses prédications devant le peuple réuni sur limmense Piazza del Campo ; son élo<juence enflammée, populaire, enjouée, au besoin, toujours entraînante, s'était employée à.guérir la plaie des divisions intestines et à tenir en bride la corruption grandissante. Sienne avait d'ailleurs toujours professé une dévotion particulière pour la Vierge : à la veille de la bataille de Montaperti où ils écrasèrent les Guelfes florentins (1260), les habitants avaient voué leur ville à Marie ; du vivant du Sodoma, celte consécration fut solennellement renouvelée en 1522 et en 1547.
Il est permis de penser cependant que celte exaltation mystique, que provO(jUait le plus souvent la menace de quebjue danger pro<-haiii, était aussi superlicielle que bruyante dans ses explosions momentanées. La frivolité des Siennois était incurable; elle désespérait saint Bernar-
( liilit I otiiliiidi