PIETA
(Sant'Anna in Caniprena.)
(lin. Ce peuple joyeux aimait la vie large, le faste, le plaisir — tous les plaisirs. Dante a rappelé les extravagantes dépenses de la « brigata spendereccia (1) », fameuse dès le xnf siècle. Les Florentins ont toujours tenu les Siennois pour un peu fous; voulant donner une idée de leur vanité, le même Dante a recours à une expression énergique : « Sur ce point, ils pourraient en remontrer même aux Français (2) I ». Beaucoup plus tard, un grand duc de Toscane, sollicité de construire à Sienne un asile d'aliénés, aurait répondu : « Fermez les portes de la ville ; la maison de fous est toute faite ! »
De ces deux caractères opposés du tempérament siennois, nous n'avons aucune raison de supposer que Bazzi se soit assimilé le premier, le mysticisme exalté ; mais un grain de folie, ou tout au moins d'excentricité ne lui manqua certainement pas. C'est peut-être pour cela qu'il se trouva tout de suite chez lui à Sienne, et y fut très vite apprécié.
A la décadence du sentiment mystique, vers l'année 1500, correspondait celle de la peinture siennoise : de la fin du xni" siècle au début du xv% avec Duccio di Buoninsegna, Simone Martini, Lippo Memmi, les frères Lorenzetti, Taddeo di Bartolo et Sassctta, une inspiration très naïve, très suave et très recueillie avait dominé dans cette école. Mais en plein xv" siècle, à l'heure oii les Florentins cultivaient un réalisme si expressif, un Sano di Pietro ne savait que répéter, souvent avec grâce,
(1) Dante, Inf., XXIX, 125-133.
(2) Ibid., V. 121-123.
mais d'une façon un peu mécanique, des llièmes conventionnels. L'influence du réalisme florentin, sensible chez Domenico di Bartolo et dans quelques œuvres de Matteo (Il Giovanni, ne provoquait aucun courant décisif, capa])U' de rég-énérer la tradition siennoise agonisante. L'heure était donc propice à l'établissement dans la ville d'artistes étrangers, et l'on en vit paraître deux, en effet, qui consommèrent la ruine des écoles locales: à côté du Piémon tais Bazzi, encore au début de sa carrière, un représentant distingué de l'école ombrienne, le Pinturicchio, alors en pleine possession de son talent, se mit, à partir de lu02, à enluminer de fresques toujours jeunes et charmantes les murs de la « libreria » au Dôme. Si Bazzi n'emprunta rien aux vieux maîtres siennois, on devine avec quelle attention il suivit les premiers travaux du Pinturicchio.
Sienne avait pourtant donné le jour à un grand novateur: à l'aurore du xv^ siècle, Jacopo délia Quercia avait été le précurseur authentique de Donatello et de Michel- Ange. Si son œuvre la plus fameuse est à Bologne, Sienne est fière de posséder les bas-reliefs et les statues qui décoraient la (( Fonte gaia » sur la grande place (1419) (1), et les fonts du baptistère ; à l'achèvement de cette dernière œuvre ont d'ailleurs contribué, entre autres, Donatello et Ghiberti. Vasari raconte qu'arrivé à Sienne, le jeune Bazzi se mit à copier avec passion les sculptures de Jacopo ; nous l'en croyons sans peine, et l'on pourrait gager qu'il
(1) Les sculptures originales, trésendonimagées, sont conservées au Palais public; elles ont été remplacées sur la place par dos copies modernes.
Cliché Alinari.
LES COURTISANES AU COUVENT, (MoiTIÉ DE DROITE.
(Scènes de la vie de saint Benoit: Monte Oliveto Maggiore.)
no négligea pas non plus les œuvres des deux maître sflorentins. Rien n'e'tait plus propre à lui former le style, à lui inspirer l'amour du nu, à l'orienter vers l'imitation de la beauté classique, tout en lui enseignant à rechercher l'expression juste, observée d'après nature. Un document authentique, la commande d'une statue en bronze pour le Dôme, en 151o, nous apprend que notre artiste savait à l'occasion manier Fébauchoir; et l'on a plus d'une fois fait observer que la fermeté de ses modelés révélait chez lui la pratique de la sculpture.
Pour compléter cette revue rapide des influences que G. A. Bazzi subit dans le milieu siennois, on fera bien encore de jeter un coup d'œil sur l'œuvre d'un délicat artiste qui fut très exactement son contemporain, Lorenzo di Mariano surnommé Marrina (1476-1534), le dernier grand sculpteur de la Renaissance à Sienne. Fils d'un orfèvre, Marrina déploya surtout sa virtuosité dans la sculpture décorative, dans les pilastres fleuris d'arabesques pleines de fantaisie, dans les frises d'animaux et de fruits, dans les chapiteaux capricieux, dans les groupes de « putti » rieurs ; ses basreliefs révèlent un sens exquis de la beauté. C'est bien la même atmosphère qu'ont respirée Marrina et le Sodoma.
Lacritiqueest unanime à tenir pour des œuvres delajeunesse de Giovanni Antonio, sans d'ailleurs pouvoir en préciser la date, deux tableaux conservés au Musée de Sienne : une Nativité sur panneau rond et une Descente de croix de grandes dimensions. Ce sont des peintures très poussées, d'une facture minutieuse qui correspond bien mal au renom de paresse et de négligence que Yasari a lait à l'artiste. L'influence des écoles de Toscane et d'Ombrie y est reconnaissable dès le premier coup d'œil. On est frapj)é d'abord, dans la Nativiié^^diV les larges lignes de celle vallée lumineuse et bleue qui s'ouvre à l'arrière-plan et parce fourmillement de petits personnages et d'animaux, dont les groupes paraissent entièrement étrangers au sujet principal : ces détails ne surprendraient pas cbez un élève du Ptirugin. Les paysans qui regardent par l'échancrure d'un mur en ruine, au delà duquel on distingue l'annonciation aux bergers, et surtout la scène principale font penser davantage à l'école florentine : l'artisle qui a peint celle Vierge, dans une attitude d'adoration si suave, ce saint Josepli et cet enfant Jésus, avait examiné de près les tableaux similaires de Lorenzo di Credi, ou de Ghirlandaio; au resle^ la seule idée de traiter ce sujet sur une surface circulaire rappelle les essais de
Cliché Aliiiari.