LE MIRACLE DES RELIGIEUSES E X C 0 JIM U.\ I EE S
(Scène de la vie de saint Benoit : Monte Oliveto Maggiore.
Filippo Lippi, de Ghiriandaio, de Botticelli, qui frayèrent la voie, dans ce genre, à Raphaël. La personnalité du Sodoma se révèle ici dans le groupe du petit saint Jean et de l'ange : ce bambin rieur, au nez retrousse', et dont le seul tort est de ne regarder ni l'enfant divin couché par terre, ni même Marie, n'a rien de conventionnel. L'ange vêtu d'une belle robe aux tons changeants, avec des reflets dorés, est plus énigmatique : le menton est lourd, et le regard, fixé sur le spectateur, trahit trop d'indifférence pour la naissance du Rédempteur; mais les yeux et le front sont très beaux.
Dans la grande Descente de croiXi toute la partie supérieure rappelle d'une façon saisissante le tableau de Filippino Lippi terminé par le Pérugin, que l'on voit à l'Académie des Beaux-Arts de Florence. Les personnages réunis au pied de la croix sont plus intéressants (p. 13) : il y a une belle expression de douleur dans les figures de saint Jean et de la Madeleine échevelée qui occupent le centre du tableau, douleur plus concentrée chez le premier, un peu plus théâtrale chez la seconde. Mais le morceau le plus achevé est le groupe des femmes qui s'empressent autour de Marie évanouie, le visage exsangue, tous les membres distendus, effondrée dans un raccourci fort habile; la jeune femme au front bandé, qui soutient la Vierge avec une expression de sollicitude émue, est particulièrement charmante. Que l'on observe encore les mains si péruginesques de tous ces personnages, et Ion conviendra que G. A. Bazzi, déjà rompu à toutes les difïi-
cultes du dessin, ne craignait pas de faire étalage de son adresse. Les deux soldats debout, à droite, indifTe'rents à la scène, sont encore plus nettement un exercice de virtuosité, qui semble inspiré par certaines figures de Luca Signorelli. Ici même la recberche minutieuse du petit détail va jusqu'à l'enfantillage : on peut remarquer sur le casque posé à terre, enire les jambes du soldat vu de dos, l'image de ce môme soldat vu de face, et sur sa cuirasse, au-dessous du bras gauclio, on discerne nettement, grâce aux rouges et aux bleus des vêtements, le reflet de la Vierge évanouie. Or quiconque a observé les déformations des objets réfléchis par une surface convexe doit reconnaître que ceci est parfaitement faux : c'est tout le contraire de celle précision scientifique, fondée sur l'expérience et le raisonnement, que Léonard de Vinci s'appliquait à introduire dans les moindres détails de ses œuvres.
En dépit du bariolage des étoffes, le coloris n'a rien de lieurté; l'ensemble est liarmonieux, et sans doute le pnysage très étudié qui sert de fond au tableau, dans une gamme claire, presque monochrome, de tons bleu-vert, contribue pour une large part à produire cette impression d'apaisement; l'auteur de cette belle composition était un artiste admirablement doué.
Vers le môme temps — mais celte fois nous pouvons préciser : en juillet 1503 — G. A. Bazzi fut appelé à décorer lo réfectoire du couvent de Sant'Aima in Camprena, situé dans une solitude verdoyante, à la lisière d'une forêt de chênes mêlés de pins, entre lesquels, à l'automne.