LUCRECE
(Musée de Turin.
mœurs où toutes les attitudes et les mouvements sont d'une grande justesse.
La « première histoire » de la galerie méridionale, celle « où l'on voit danser les femmes » fut payée dix ducats à l'artiste, au début de novembre 1306, en môme temps que les sept compositions voisines, qui rejoig-nent celle de la Construction des monastères. Cette fresque des Courtisanes au couvent est la plus célèbre et la plus séduisante de tout le cloître, c'était aussi la seule où le charme féminin put s'étaler à l'aise : on doit rendre cette justice au Sodoma qu'il a usé avec discrétion de l'occasion qui lui était offerte (p. 21). Ses courtisanes ont fort bonne tenue : une seule, d'ailleurs ravissante, découvre ses jambes sous des voiles légers, et semble s'apprêter à danser; les autres, sévèrement drapées, s'entretiennent avec décence, et paraissent accorder peu d'attention aux moines, groupés du côté gauche, prêts à laisser le champ libre aux intruses, et accompagnés d'un àne porteur de leurs maigres bagages.
A l'autre extrémité de la même paroi, l'artiste s'est mis en frais pour exécuter une composition plus grandiose et plus compliquée — la Présentation de deux jeunes Romains, Maurus et Placidus, à saint Benoit. Dans un paysage limité au fond par un arc de triomphe en ruine, avec une belle échappée à gauche sur une ville, dont quelques édifices prétendent rappeler Rome, se presse une foule de personnages dont les expressions, variées et vivantes, sont intéressantes et belles, si on les considère une à une : à droite, dans le groupe des soldats devant lesquels se tient
4i LE SODOMA.
un singe, dominent les fig-ures réalistes; d'autres ont celte attitude extatique avec les yeux levés au ciel, déjà tant de fois remarquée; à gauche, les profils des deux enfants présentés parleurs parents, et agenouillés devant le saint, sont d'une grande suavité, et la plupart des physionomies juvéniles respirent une extrême douceur. Mais l'ensemble manque de clarté : le centre d'intérêt n'est pas saint Benoît, et les assistants, indifférents pour la plupart à la scène, sont massés au premier plan en rangs trop serrés.
A ce point d'avancement du travail, ayant décoré deux galeries du cloître, G. A. Bazzi s'absenta pendant près d'un an : une chronique du couvent l'accuse formellement de négligence dans l'achèvement de la décoration, et les comptes nous apprennent qu'en août 1307 « l'homme de Vercelli » se rendit à Rome, et qu'il était à San Gimignano au mois d'octobre suivant. Si nous ne savons rien de ce premier séjour de Bazzi à Rome, quelques fragments de ses fresques subsistent à San Gimignano, où il retourna en 1513. Enfin, nous apprenons qu'en août 1508 il recevait un ^lernier paiement de 77 ducats pour onze histoires peintes dans le cloître « du côté du dortoir des vieillards »; on doit entendre par là sans doute les dernières scènes de la vie de saint Benoît qui font suite aux peintures de Luca Signerelli dans la galerie du nord, ainsi que les peintures des deux piliers et du mur voisins de l'entrée de l'église (1).
(1) Cette galerie contient deux fresques de moins cjuc celle du sud, par suite de l'ouverture de baies dans deux travées. Une fresque du Sodoma
Cliché Alinari.