‹ Le soi et ses enveloppesChapitre 10 sur 21 · Id., pp. 409 et · texte numérisé non relu

Id., pp. 409 et

Nous allons maintenant recourir à la science. Celle-ci envisage les atomes sous leur forme chimique, et aussi, naturellement, sous leur forme physique. La forme chimique est de nature à jeter une vive lumière sur le côté occulte de la nature. La forme physique se rattache plutôt à la manifestation extérieure, la forme chimique aux forces qui façonnent cette manifestation. Or la science occidentale, à propos de l’atome chimique, nous donne certains faits bien étranges. Pour présenter clairement ce que .l’ai à dire, je prendrai pour exemple le carbone, l’atome de carbone dans le règne minéral. C’est une chose simple. Il s’unit à d’autres éléments, forme des combinaisons, et possède le pouvoir d’union par un quadruple lien. Si je puis faire appel un instant à votre imagination, représentez-vous un atome de carbone ; imaginez une boule et quatre bâtons recourbés plantés dedans, de façon à laisser dépasser leurs crochets ; une boule avec quatre crochets en saillie. Tel est l’atome chimique de carbone dans le règne minéral. Par chacun de ces crochets il peut s’unir au crochet de quelque autre atome chimique, si bien qu’il peut s’unir à quatre autres atomes, pourvu seulement que chacun de ces

quatre atomes possède un crochet lui aussi. Dans le règne minéral vous pouvez pousser l’analogie jusqu’au bout, et vous obtiendrez une foule de composés formés de divers éléments chimiques où le carbone joue son rôle, en s’unissant à l’un ou l’autre, en s’attachant par ses crochets, en les étendant en quelque sorte pour saisir d’autres éléments ; mais il demeure toujours simple dans ses eombinaisons, s’accrochant à deux atomes d’un élément qui possède deux crochets, à quatre atomes d’un élément qui n’en possède qu’un seul, et ainsi de suite. Car quand un atome travaille à la construction de cette partie la plus matérielle de l’univers, il commence de la façon la plus simple puis, par un changement de constitution intime, il devient peu à peu susceptible d’entrer dans des combinaisons de plus en plus complexes. Suivons notre atome de carbone — en nous souvenant que c’est Atma plus la forme, — suivons-le du règne minéral dans les règnes végétal et animal. En quoi consiste la différence ? En ce que cet atome de carbone a développé le pouvoir de se combiner de manières de plus en plus complexes, de sorte qu’enfin dans ce qu’on appelle le domaine de la chimie organique.

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nous trouvons un grand nombre de composés où les atomes de carbone s’unissent en cercles fermés^ selon le terme technique, au lieu de s^unir en lignes comme dans le règne minéral. Ces cercles fermés d’atomes de carbone forment les combinaisons les plus compliquées de chaque espèce ; ces combinaisons ne se rencontrent jamais dans le règne minéral, on les trouve seulement quand ce stade est accompli et que révolution a été poussée plus loin.

Cette élaboration nous prouve que dans Tatome il y a évolution, que dans Tatome il y a du changement, que dans l’atome il y a la vie différenciatrice; l’œuvre d’Atmâ dans ce règne inférieur consiste à animer cet atome, à le différencier en dedans, à rendre ses pouvoirs intérieurs de plus en plus complexes, de façon qu’il puisse manifester de plus en plus de vie, jusqu’à ce qu’enfin, édifié dans les règnes minéral, végétal et animal, il soit prêt à entrer dans la construction des enveloppes de l’homme, et, combiné avec d’autres atomes semblables, à composer l’enveloppe dont Atmâ pourra se servir pour l’édification graduelle d’une conscience individuelle. Ainsi la construction des atomes, la combinaison des atomes en molécules, des

molécules en cellules, puis des cellules en une enveloppe, nous donne cette enveloppe charnelle nécessaire au contact avec la région inférieure de runivers;par ce procédé, comme nous le verrons plus loin,Atmâ est amené en contact avec les envéloppes subtiles de rintelligence, et en contact physique avec Tunivers matériel: contacts qui servent à amasser de l’expérience, par l'attraction et la répulsion, par le plaisir et par la douleur.

Or si vous avez pu me suivre jusque-là, nous voici prêts à nous occuper de notre première enveloppe, l’enveloppe charnelle, TAnnamayakosha, le corps dont nous nous servons, le corps que nous portons. Je ne suis pas mon corps. Inutile de vous dire que ce corps n’est pas moi ; c’est une chose dont je puis me servir pour certains usages ; et c’est moi qui m’en sers.

Il y a une double activité dans cette enveloppe que nous appelons notre corps. Il y a d’abord l’activité de ses atomes, de ses molécules et de ses cellules. Ce n’est pas notre activité, c’est la leur. Ce n’est pas votre activité, c’est celle d’Atmà dans les atomes, les molécules et les cellules de notre corps. Ce n’est pas non plus

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Tactivité d’Atmâ dans les enveloppes en tant que Soi de l'enveloppe, c'est l'activité d'Atmà dans les parties constituantes en tant que Soi de ces parties/activité qui est nécessaire à léur existence même. Gomment puis-jevous prouver cela ? Par la science encore une fois. Voyez comment cette science occidentale va nous servir dans un but que n’ont pas soupçonné ceux qui observent les faits pour nous. Et voyez combien leur œuvre est utile! Ils observent les faits et les communiquent au monde ; admettons qu’ils ne sachent pas ce que ces faits impliquent ; admettons qu'ils n'aperçoivent pas les vérités sous-entendues. Mais ils voient les vérités physiques et parlent des vérités physiques; et nous^ disciples des anciens Instructeurs, nous pouvons prendre ce fait physique et l'illuminer de la lumière divine, comprendre le «pourquoi» aussi bien que le « comment », la cause aussi bien que l’effet. Ayons donc recours à notre science.

Les cellules du corps, nous dit le grand matérialiste allemand Haeckel, les cellules ont des âmes. Haeckel a mis le doigt sur une étrange et occulte vérité. Il existe, dit-il, une âme de la cellule. Pourquoi le dit-il ? parce qu'il a découvert dans les cellules distinctes de ce corps une

activité cellulaire qui n’est pas l’activité du corps en tant qu’ensemble. Il a trouvé que les cellules individuelles du corps exercent leurs fonctions particulières, sans s’inquiéter des actions générales du corps. Elles sélectionnent, choisissent, acceptent, rejettent, chacune selon sa propre impulsion, chacune d’après son œuvre propre. Mais il y a cette étrange particularité, que l’action soi-disant indépendante de chaque cellule est étroitement limitée à son propre intérêt ; malgré que son activité normale soit subordonnée au bien-être général du corps dont elle fait partie, — comme vous le verrez quand nous arriverons à Pràna, — il n’en est pas moins vrai qu’elle agit parfois contrairement au bien général, suivant en cela la loi de son activité propre, et inconsciente du rôle plus utile qu’elle joue dans le petit univers corporel. Prenez pour exemple une coupure, une blessure que vous avez reçue. Que vont faire les cellules? Elles vont se mettre à l’œuvre tout de suite ; sans aucune pensée de votre cerveau, sans aucune conscience de votre part, sans aucune force directrice de votre intelligence, elles vont apportera l’endroit où de la substance a été enlevée, les nouveaux matériaux nécessaires pour

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remplir le vide laissé dans le corps. Elles vont bâtir, bâtir et bâtir encore ; et elles constrniront sans cette intelligence qui devrait subordonner leur construction à l’ensemble ; car elles formeront une cicatrice, elles construiront plus qu’il ne faut. La « mémoire inconsciente de la cellule », comme on dit en physiologie, poursuit la construction, et bâtit et bâtit encore au delà du point nécessaire ; Taclivité individuelle suit la loi de sa propre nature, inconsciente des besoins de cette nature plus grande qu'elle est en train de revêtir. De là cette cicatrice dont vous ne pouvez vous débarrasser. De là aussi cette construction continuelle de matière qui est ensuite dispersée ; toute l'activité des cellules de votre corps consiste à construire continuellement de la matière destinée à être rejetée. Car elles construisent, et construisent encore, et toujours, selon la loi de leur propre activité, parce que c’est l'Atmâ dans la cellule qui construit la cellule ; et elles ne s’inquiètent pas des besoins de l’enveloppe en laiit qu’ensemble complexe.

Mais voici quelque chose d'important à apprendre. Il existe un « Moi » en même temps qu'une enveloppe, et le « Moi » se sert de celte enveloppe pour ses propres desseins. Le « Moi »

qui est en moi veut écrire : moi-même, j’écris; ma main tient la plume, la trempe dans l’encre, et trace sur le papier. Quand cette enveloppe était toute jeune et s'entraînait pour mon service, on lui apprenait à écrire : une partie de Tenveloppe apprenait à saisir la plume d’une certaine manière, à la tenir d’une certaine manière ; et toutes les fois que le « Moi » voulait écrire, c’était pour remplir ce devoir, sans lequel l’intelligence, le « Moi », n’aurait jamais pu écrire sur le plan matériel. Le « Moi » eût pu penser tant qu’il aurait voulu : sans le secours de l’enveloppe il n'aurait pas été capable de produire le résultat matériel, de façon que d’autres puissent le voir et s'en servir : sans elle, il eût été dépourvu d'instrument sur le plan inférieur de Tunivers, et le travail lui aurait été interdit, Atma avec Manas seraient sans ressource en ce monde si cette enveloppe n'était transformable en un instrument, si on ne pouvait lui apprendre à produire, sur son propre plan et sous une direction donnée, ce qui est indispensable au travail d'ici-bas. On lui a donc enseigné et elle a dû apprendre sa leçon; mais remarquez qu’une fois apprise, elle continue à l’accomplir de la même manière; si je veux

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changer ma manière d’écrire, ma manière de tenir la plume, je dois me donner beaucoup de peine pour modifier l’activité automatique des cellules de Tenveloppe, indépendantes de ma conscience; une fois que je l’ai modelée selon me^ intentions, elle fait ce que je lui ai appris, et continue à le faire; si j’ai le besoin et l’intention de changer, je dois me mettre à l’œuvre au prix d’efforts répétés, de voûtions réitérées^ défaire avec beaucoup de peine ce que j’ai à grand’peine imprimé dans l’enveloppe; je dois la lancer sur une nouvelle ligne, l’orienter dans la nouvelle direction que je lui impose. Vous voyez ici l’action automatique de l’enveloppe, vous voyez comment l’enveloppe possède sa vie propre, qui peut aider ou contrarier la vie du « Moi » exprimée par son intermédiaire. Pour que votre enveloppe vous soit une aide et non un obstacle, pour que votre enveloppe vous serve, vous soit utile, il faut que vous en soyez le maître et non le serviteur, le directeur et non l’esclave. Car c’est un Karma fait par vous : ce Karma est le mode d’action automatique du corps, et restreint votre action quand vous voulez vous exprimer; vous devez agir dans les limites karmiques que vous avez posées. Vous

êtes là : vous pouvez les modifier, vous pouvez les changer, vous pouvez les soumettre à la volonté nouvelle que vous imposez ; mais vous êtes obligé de le faire pas à pas, au prix de beaucoup de travail et d’effort. La loi est la loi dans toutes les régions de l’univers, et vous ne sauriez échapper à son action dans Tenveloppe corporelle, pas plus qu’ailleurs dans le domaine de la vie.

Il existe un lien auquel je ne puis que faire allusion, grâce auquel l’action coordonnée a lieu dans l’enveloppe charnelle ; vous savez ce que c’est que les nerfs, et ce que l’on appelle les centres nerveux ; vous connaissez cette colonne de substance nerveuse qui descend du cerveau au milieu de la colonne vertébrale, et dont les filaments rayonnent vers toutes les parties du corps; vous connaissez la double nature du système nerveux, dont une partie est sous le contrôle immédiat de la volonté, tandis que l’autre agit automatiquement pour accomplir les opérations vitales ; ce sont là dans une large mesure les résultats de l’action passée de la volonté, qui s’est construit ce véhicule pour elle-même. Or Prâna agit sur ces centres, et c’est là la puissance de coordina-

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tion, c’est là la force qui fera de l’enveloppe le véhicule du « Moi >,et non plus seulement la combinaison d’un grand nombre de cellules et de molécules indépendantes. Ce n’est pas dans l’enveloppe charnelle, mais dans l’enveloppe de Prâna, que réside l’énergie de coordination ; seulement l’enveloppe charnelle fournit les centres nerveux sur lesquels Prâna agit directement en tant qu’énergie coordonnante et directrice, afin de rendre obéissante l’enveloppe charnelle, et de la façonner selon les vues de l’intelligence supérieure. Souvenez-vous cependant que cette enveloppe extérieure est nécessaire au contact, qu’elle est indispensable à la moisson de l’expérience. Souvenez-vous que c’est un simple récepteur. En tant qu’enveloppe elle ne sent pas. Ceci peut-il vous étonner ? Quand vous vous plaignez d’un coup qui vous a frappé, vous sentez^ Croyez-vous sentir à l’endroit où le coup vous a atteint ? La science occidentale vous apprend qu’il n’en est rien. La science elle-même vous dit que les centres de sensation sont dans le cerveau, et nous savons qu’une fois rompu te lien de substance nerveuse, on peut brûler la chair vivante sans produire aucune sensation douloureuse. La sen-

sation n’existe pas dans l’enveloppe charnelle ; ce n’est pas dans les cellules du corps que réside le pouvoir de ressentir le plaisir et la douleur. Le corps ne fait que recevoir le contact et le transmettre au dedans par l’intermédiaire du Prâna. Il possède sa sensation propre dans les cellules, mais vous n’y prenez aucune part. Je sais que les organes des sens ne sont pas les sens; je sais qu’il faut distinguer l’œil de la vue, qu’il faut dissocier la sensation de la peau et des nerfs; mais l’enveloppe possède sa sensation à elle. Il existe certaines sensations « massives », selon le terme technique, comme celle de fatigue générale et autres sensations obscures des cellules distinctes transmettant au cerveau ce qu’elles éprouvent, qui entrent vaguement dans la conscience de l'homme ; elles ne sont pas aiguës, ni violentes, ni vives, mais massives, vagues et générales ; c’est là la conscience des cellules ; cela traverse en partie l’enveloppe, passe comme un vague avertissement des cellules à la conscience qui , située à l’intérieur de l’enveloppe, la modèle et la dirige. Et cette activité c’est celle d’Atmâ dans la matière du corps, d’Atmâ agissant dans les atomes, agissant dans- les molécules, agis-

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sant dans les cellules. Telle est pour ainsi dire la place — le terme est insuffisant, mais je ne puis en employer d’autre, — telle est la place d’ Atmâ vis-à-vis de ces cellules individuelles du corps; d’Atmâ agissant non pas dans l’ensemble du corps, mais dans chacune de ses parties constitutives : car Brahman est omniprésent et pénètre tout ; pareil au sel dissous dans l’eau, il ne peut être absent d’aucun point de 1 espace.

Nous arrivons à Prâna, à Tenveloppe prànique, à la Prànamayakosha. C’est dans la KauS' hitakopanishad que nous allons découvrir ce que Prâna est en réalité. C’est l’énergie expansive d’Atmâ. Indra, — et le nom d’Indra désigne, comme vous le savez, le Seigneur de l’atmosphère, le Seigneur de tout le monde inférieur, — Indra déclare :

Je suis Prâna.*, Prâna est la vie

Ceci est la forme exotérique. On nous donne ici le nom particulier de ce grand chef de la hiérarchie vitale du monde inférieur, de cette haute entité appelée le Déva Indra ; ce n’est pas un objet d’adoration que l’on propose à ceux qui peuvent aller au-delà ; ce n’est pas un

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