Doctrine secrète, vol. III, p
va naître une nouvelle flamme, identique en essence avec celle qui l’a engendrée, mais distincte dans son individualité aux fins de la manifestation. C'est pourquoi il est écrit que Ton peut allumer mille bougies à une seule flamme sans qu'elle en soit diminuée, bien que Ton voie maintenant un millier de flammes là où il n’y en avait qu’une.
Nous allons bientôt pouvoir comprendre, je l’espère, notre Manomayakosha. Car que va-t-il arriver ? Vous avez saisi le commencement de cette enveloppe ; non seulement elle est capable de recevoir le contact du dehors, mais encore, grâce à l'impulsion projetée en elle par l’intelligence génératrice, elle va devenir capable de compléter cette puissance d'union entre l’objet extérieur et la sensation interne, sensation dont nous avons vu se développer la potentialité chez l’animal, mais qui forme la caractéristique de l'intelligence humaine. Et la reconnaissance de ce lien, celte compréhension, cette prise en conscience, sous forme idéale, d’une liaison constante entre l’objet extérieur et la sensation intérieure, constitue le début du travail intellectuel chez l’homme, et représente la fonction spéciale de l'enveloppe dont nous nous occu-
LE CORPS DE SENSATION
pons. Grâce à la sensation, c'est-à-dire grâce au pouvoir dç répondre aux impressions du dehors, elle obtient, par les enveloppes extérieures, les contacts indispensables pour que la conscience devienne graduellement possible ; puis, après avoir traduit le contact extérieur en sensation, ce qui est la première phase, elle transforme la sensation en idée ; c'est-à-dire qu'elle la métamorphose par un procédé d'élaboration ; elle change le contact qui a donné naissance à la sensation en une forme idéale, qu'elle conserve ensuite comme matériel. Ces formes idéales sont ce que l'on désigne par le terme technique de perceptions, c’est-à-dire les pensées, les matériaux sur lequel le Connaisseur va travailler, les élaborant en conceptions et construisant graduellement l’individu, qui est conscient et qui en définitive doit devenir omniscient. La Manomayakosha collectionne donc toutes ces sensations et les convertit en perceptions : ceci est la liaison entre l'objet extérieur et la sensation interne ; puis elle élabore les perceptions en conceptions : c'est-à-dire qu’elle change la reconnaissance de cette liaison en une forme idéale susceptible d’ètre conservée et qui sert de matériel à toute possibilité de pensée future.
Et cela constitue en réalité l’opération de la pensée. L'image interne, selon le terme technique, est la forme idéale de la sensation rendue possible par le contact que j’ai expliqué, et l’œuvre de la Manomayakosha consiste à accomplir cette élaboration. C'est exactement le creuset où le chimiste jette divers matériaux et d’où sort une nouvelle combinaison, nouvelle non pas en ses éléments essentiels, mais en son existence combinée. C’est lui qui les met dans le creuset, mais c’est en agissant l'un sur l’autre qu’ils produisent une combinaison résultant de leurs mutuelles réactions et non de l’action distincte de chacun. De même qu’il existe une différence entre les fils de coton et la toile tissée avec ces mêmes fils, ainsi vous devez comprendre la différence entre les sensations séparées et les idées élaborées que l’intelligence tisse avec elles, ou qui, pour en revenir à notre comparaison chimique, sont graduellement élaborées dans le creuset par la réaction des forces d’attraction et de répulsion. Une fois cette opération accomplie, nous sommes en présence de la conscience à ses débuts.
La conscience est partout; comment la distinguer ? C'est très difficile, parce que nous con-
LE CORPS DE SENSATION
naissons seulement la conscience personnelle, et nous ne sommes pas assez avancés pour emprunter à chaque enveloppe son propre matériel à Tétât d'élaboration produit par elle-même, pour en étudier le résultat. Mais je crois pouvoir vous présenter vaguement la chose. On peut considérer la conscience comme la réponse à Tambiance, et la réponse pure et simple d’un centre en processus de séparation ; il y a conscience personnelle lorsque, en plus de cette réponse, il y a la reconnaissance du « Moi » qui répond ; non plus simplement la réponse, mais la reconnaissance de cette réponse. Car le « Moi » est construit par la mémoire qui relie toutes ces perceptions et conceptions, et produit ainsi cette continuité de conscience qui fait reconnaître le « Moi en opposition à ce qui constitue le « non-Moi ».
Nous allons faire un pas de plus. Il est écrit dans la Mundakopanishad ‘ :
Uorgane de la pensée de toute créature est pénétré par les sens.
Ceci illustre la double action de la Manomayakosha. Elle est en vérité Torgane de la pensée,