Opus, cit.y ITI
mais elle est aussi pénétrée par les sens; c’està dire que vous y trouvez cette double action toujours en train, réception du dehors et élaboration du dedans. Et c’est pourquoi cette enveloppe est si difficile à comprendre; c’est pourquoi tant de choses dépendent de cette compréhension ; c’est pourquoi vous ne pouvez la maîtriser avant de commencer à comprendre. Et c’est pourquoi la connaissance est nécessaire si le Soi veut devenir libre et se connaître lui-même et lui-même seulement. Car nous touchons ici à l’élément de confusion, à l’élément de contact, à la fonction du dehors et du dedans, et par suite à ce « Moi » fortement illusoire dont je voudrais traiter plus complètement quand nous en viendrons plus loin à parler de l’usage et de la direction de cette enveloppe. Pour le moment je dois m’en tenir à cette grande affirmation de la Mundakopanishad :
Vorgane de la pensée est pénétré par les sens quand cet organe est purifié^ Alnià se manifeste.
Nous verrons pourquoi il en est ainsi quand nous nous occuperons de la purification de cet organe et des changements qui en résultent.
Après la mort il se produit une scission dans cette enveloppe ; tout l’élément des Dévas, in-
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férieurs la quitte; tout cet élément Déva, qui unit Fhomme au monde des Dévas, se sépare de Tenveloppe suivante et de la Manomayakosha. C’est là la déchirure causée par la mort et cette partie attend, comme les Dévas, en Dévaloka, pour ramener plus tard le Soi à la terre et Tenchaîner à la nécessité de la renaissance. Là gisent les chaînes, là gisent les liens, les mailles du désir qui tiennent le Soi emprisonné et l’attachent à la roue des naissances et des dissolutions. A la mort, chaque parcelle est libérée, mais les liens demeurent pour Tenchaîner, lui, jusqu’à ce qu’ils soient rompus par sa propre action délibérée.
Mais Je dois passer à l’enveloppe suivante, très facile à comprendre et à saisir ; il n’y a de difficultés réelles et subtiles que dans la compréhension de celle que nous quittons pour l’instant. J’aborde donc l’enveloppe de discernement, celle qui est appelée Vignânamayakosha,
— la particule impliquant l’idée de distinction, de séparation et d’arrangement des choses,
— la Vignânamayakosha, cette enveloppe du Soi par laquelle les enveloppes inférieures seront dominées. Dans celle-ci les expériences de la Manomayakosha se reflètent comme concep-
lions idéales ; en elle se réfléchit tout ce qui est amassé dans la Manomayakosha. L'une collectionne et élabore, Taiitre va organiser et discerner, pour posséder, dans la totalité de cette collection élaborée, un matériel sur lequel agir, un matériel pour atteindre la conscience supérieure et une connaissance plus parfaite de TEgo.
Quelle est en effet l’œuvre d’Atmâ dans cette enveloppe ? Il agit sur les images internes, il agit sur ces formes idéales et élaborées, reflet des autres enveloppes dans celle-ci ; il agit sur elles pour les élaborer davantage, et il a aussi sa tâche particulière, ce que nous appelons le raisonnement abstrait de Tordre le plus sublime ; non plus les sensations, non plus les perceptions, non plus la format! )n des idées, ni leur élaboration, mais leur discernement, leur arrangement, et enfin le raisonnement qui en découle. De sorte que Tœuvre spéciale dans cette enveloppe est une œuvre de raisonnement abstrait, le maniement de pures idées dissociées des représentations concrètes, le domaine delà vérité, désormais moins illusoire que Tautre. Ici nous avons affaire à Tabstrait et non au concret ; le travail intérieur n'est plus confondu par les sens ni obscurci par aucune interven-
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lion du monde extérieur; c’est le domaine de la pure intelligence, de la vision claire, de l’intelligence non bouleversée par les sens^, de l’intelligence tranquille, forte, sereine. Il faut bien saisir cette enveloppe, il faut bien la comprendre ; là en effet gît le pouvoir créateur de la méditation, là gisent toutes les énergies qui naissent de la contemplation concentrée sur un point . C’est l’enveloppe créatrice de l’homme, comme dans le Cosmos l’Idéation divine est l’enveloppe dont tout procède; tout comme dans ma première conférence je vous rappelais qu’en la forme divine de Shrî Krishna manifestée à Arjuna, l’œil divin donné à ce dernier aperçut toutes les formes des choses vivantes qui pouvaient exister dans l’univers, ainsi dans cette enveloppe de l’homme, dans l’idéale réalité, existent toutes les formes qui peuvent en procéder, auxquelles la réalité objective peut être donnée par ce pouvoir créateur. C’est là la force d’Atmâ dans Tenveloppe dont je m’occupe ; l’énergie expansive d’Atmâ dans cette Vignânamayakosha est la force qui domine et modèle tout ce qui lui est extérieur ; c’est de là que l’énergie créatrice d’Atmâ peut agir à travers les enveloppes inférieures quand elles sont purifiées.
Nous pouvons maintenant aborder un autre problème, et il semble si facile, une fois ce point atteint, qu’on se demande pourquoi il était si confus et difficile auparavant. Ce dont nous avons à traiter, c’est la volonté et le désir. Qu’est ce que le désir ? Le désir est l’énergie expansive d’Atmâ, agissant dans la Manomayakosha, et attirée par les objets extérieurs. Autrement dit, le désir est l’énergie expansive attirée du dehors, et dont la direction est gouvernée de l’extérieur. Qu’est-ce que la volonté ? La volonté est l’énergie expansive d’Atmâ agissant dans cette Vignânamayakosha, ne s’occupant plus d’un choix dirigé d’en dehors, mais d’un choix d’initiative intérieure, et modelée sur les images internes par un procédé de discernement réfléchi. De sorte que l’énergie expansive est guidée d’en dedans quant à sa direction, tandis que dans le désir elle est attirée du dehors. Dans un cas la direction vient de l’objet extérieur, dans l’autre c’est la vie intérieure qui choisit et qui veut. De là chez les hommes ce que vous appelez une volonté forte ou une volonté faihle. L’homme de volonté faible est l’homme toujours attiré par le désir vers les objets extérieurs qui le séduisent et qu’il pour
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suit. Il est faible de volonté. Pourquoi ? Parce qu’il ne se commande pas lui-même, en choisissant sa route, par le pouvoir de la mémoire, de la raison, du jugement, du discernement et de tout ce qui devrait le rendre solide au milieu d’un univers mouvant. Il est entraîné par 1 objet extérieur et court après tout ce qui 1 attire par le désir du contact, et il va selon que les circonstances le poussent. S’il est entouré de tentations, s’il voit quelque chose d’agréable, il désire l’obtenir ; s’il voit la beauté il désire en jouir ; il est donc à la merci des circonstances extérieures, et nous disons que cet homme est faible, et nous ne savons jamais ce qu’il va faire. Mais l’homme de volonté forte est celui qui ayant amassé toutes ces expériences et les ayant traduites en formes idéales , les compare, les arrange, discerne entre elles, comprend la liaison entre le plaisir et la douleur, et saisit l’enchaînement qui fait parfois d’un plaisir passager une source féconde de douleurs futu-* res ; sachant et se rappelant tout cela, il choisit d’après le point de vue intérieur : les circonstances extérieures peuvent être ce qu’elles voudront, l’homme intérieur se dresse immuable et décide selon sa conscience.
C’est ici que je crois devoir abandonner , mon sujet. En réalité ces deux enveloppes ont été aussi complètement traitées qu’elles pouvaient l’ètre en si peu de temps. Et il me suffira d’ajouter en terminant que cet homme intérieur passe d’une naissance à l’autre,transporte sa mémoire d’une vie à une autre. Ces formes idéales subsistent dans l’enveloppe; ces formes idéales emportées d’une existence sont transportées dans la suivante et se développent continuellement, jusqu’à ce que l’Égo hautement évolué commence à être maître des enveloppes inférieures, jusqu’à ce qu’il ait éveillé la force créatrice qui réside au dedans de lui, et qu’il ne soit plus guidé de l’extérieur. Le processus de l’évolution aboutit au contrôle de l’inférieur par le supérieur, à la domination de ce qui est moins différencié par ce qui est plus hautement évolué. De sorte que la souveraineté finira par être concentrée en cette enveloppe, et tout obéira à l’impulsion de l’Un qui est au dedans ; revenant à l’incarnation, elle ramasse les éléments-Déva inférieurs qu’elle avait abandonnés temporairement et elle doit les rapporter à mainte reprise jusqu’à ce qu’ils soient absolument soumis à sa volonté. Elle
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contient Tessence de toutes les expériences ; elle contient la qualité intrinsèque de tout ce qu’elle a expérimenté sur la terre.
Vous voyez maintenant pourquoi il est écrit que^ comme le vent, passant à travers un jardin fleuri, ne cueille pas les fleurs, mais prend leur odeur et s’en va chargé de parfums, ainsi Atmâ, passant par le jardin de l’expérience, ramasse non pas les faits, les sensations et les phénomènes, mais la bonne odeur pour ainsi dire, la forme idéale de chacune, et, muni de tout cet arôme de l’expérience, s’en va, chargé de parfums, dans le sein de son Dieu.
Nous avons étudié précédemment la manifestation d’Atmâ à travers certaines enveloppes ; nous avons d’abord consacré quelque temps et quelque attention aux deux enveloppes extérieures dont Tœuvre spéciale est d’assembler des expériences ; puis aux deux enveloppes intérieures dont la tâche consiste particulièrement à élaborer ce qui a été rassemblé du dehors, à en transmettre les résultats, et à s’assimiler les fruits de ces collections et de cette transmission. Aujourd’hui nous traiterons de la dernière des enveloppes ; puis j’ai l’intention d’ébaucher pour vous, bien imparfaitement, le mode d’action et l’utilité des enveloppes de façon à épuiser notre sujet et à en posséder une esquisse qui, malgré sa grossièreté et sa pauvreté, sera du moins complète : peut-être réussirons-nous alors par l’étude personnelle et surtout par la
méditation prolongée, à suppléer aux détails absentS;, et parviendrons-nous à comprendre réellement Tensemble. Nous allons rencontrer une grande difficulté en essayant de nous faire une idée, si vague qu’elle soit, de la nature de TAnandamayakosha : c’est que l’on est incapable de concevoir ou de comprendre un état de conscience que l’on n’a pas éprouvé. Les états de conscience sont nombreux dans l’univers, et aussi variés que les diverses espèces d’êtres vivants ; or tout cela est vie. Gomme l’a remarqué le professeur Huxley à propos de cette difficulté, il n’y a rien d’incompatible, dans l’analogie de la nature, à la conception d’états de conscience plus élevés que le nôtre ; de môme qu’il en existe beaucoup d’inférieurs à celui de l’humanité, il peut y en avoir beaucoup qui s’élèvent au-dessus de ce que nous appelons la conscience humaine, peut-être y a-t-il au-dessus de nous, étage sur étage, degré après degré, conscience au delà conscience, des consciences de plus en pjus sublimes, de plus en plus grandes, avec des limites de plus en plus vastes, de la conscience s’élargissant toujours, jusqu’à ce qu’on puisse imaginer, sinon comprendre, une conscience
qui renferme tout ce qui existe ; Huxley tait observer qu’une pareille conscience serait aussi supérieure à la nôtre que la conscience humaine dépasse celle d’un escargot, — et nous pouvons ajouter qu’elle serait aussi incompréhensible dans son action que la nôtro l’est pour l’escargot.
Ce fait est une chose qu’il faut bien comprendre, si nous ne voulons tout borner à nos propres limites, et tomber dans cette erreur qui consiste à imaginer que dès lors que nous ne pouvons pas concevoir une chose, cette chose inconcevable n’a pas d’existence en fait. Essayez de saisir à quel point nous sommes incapables de comprendre un état inférieur de conscience, par exemple celui d’une liane qui s’étend sur un mur, émet des vrilles minuscules, enfonce un surgeon dans un trou de la muraille pour saisir les aspérités intérieures et s’y accrocher, puis le retire en s’apercevant que cette cavité ne convient pas, et voyageant à la surface du mur, essaye les autres, jusqu’à ce qu’ëlleen trouve une qui convienne à ses besoins. Comment pourrions-nous traduire en pensée la conscience de ce végétal rampant? Comment nous représenter dans notre conscience si dilfé-
rente, l’impulsion qui lui fait suivre sa voie, qui le fait entrer dans une cavité particulière, lui indique que celle-là ne convient pas, lui en fait chercher une autre où il puisse s’adapter à demeure? Quelle conscience obscure, vague et étrange, informe cette plante de ce qui est nécessaire à sa croissance, sans manifester rien qui ressembleàla conscience en action, en sensation, en quoi que ce soit de comparable avec la nôtre ? Et maintenant imaginez pour unmoment, — car Je veux que vous compreniez ceci avant d’aborder ce qui, je le sais, sera si difficile même à concevoir — essayez de vous représenter ce qui se passerait si quelque animal inférieur, insecte, poisson ou quadrupède, voyant un philosophe assis, perdu dans une contemplation abstraite, occupé à chercher la solution de quelque puissant problème intellectuel, insensible aux impressions extérieures, concentré dans le domaine mental, si, dis-je, cette créature inférieure tentait de comprendre Je travail mental de ce philosophe, de juger si sa méthode est sage, s’il perd son temps ou non. Vous pouvez concevoir l’inanité d’un tel effort, l’incompétence d’un pareil jugement. Essayez donc de comprendre pour un moment qu’il peut y avoiï*
au-dessus de vous encore plus d’existences qu’il n’y en a au-dessous, que la conscience existe peut-être dans des conditions qui dépassent le pouvoir connaisseur de votre cervelle, autant de fois que votre propre conscience surpasse celle de la plante ou de l’insecte.du poisson ou du quadrupède: et alors, moins par la pensée, si vous voulez, que par un effort de sentiment et de sensation, poursuivez votre étude de la conscience à l’intérieur, approfondissez ce qui ne peut être traduit en paroles, essayez de concevoir la possibilité de cet état dans lequel Atmâ, vêtu seulement de l’Anandamayakosha, commence à se trouver, face à face avec Soimême qui est Brahman, cette délicate pellicule fournissant une séparation suffisante pour maintenir la dualité nécessaire à la reconnaissance, mais en même temps si mince, si ténue, si subtile, qu’il semble presque que le connaisseur ne fasse plus qu’un avec le connu. Il reste toujours une enveloppe, parce que sans enveloppe il n’y aurait plus de manifestation : sans enveloppe il y aurait unité, cessation de toute pensée telle que nous la connaissons, et notre forme de conscience deviendrait impossible. Brahman ne peut agir sans l’enveloppe
l’objet des enveloppes
de Tunivers qu’il crée pour lui-même. Brahman ne peut agir en manifestation sans le véhicule qui rend la manifestation possible. Ayant pour ainsi dire concentré toute vie et toute énergie dans la dernière enveloppe, l’enveloppe de béatitude, TAnandamayakosha, écoutons un instant les paroles sacrées qui nous laissent entrevoir un peu de cette splendeur, qui peuvent nous suggérer un vague sentiment de ce qui se trouve au delà du voile ; il est écrit :
Celui qui connaît toute chose et possède toute sagesse, à qui appartient cette splendeur du monde, ce Soi est eur vérité caché dans le radieux sanctuaire de Brahman, Véther de la nature du mental, chef de la vie et du corps, caché aussi dans la nourriture, parce qu'il a placé le cœur en son milieu. .Cest Lui que, de tous côtés, les sages contemplent et connaissent face à face. Lui le rayonnant, la toute béatitude, dominant la mort
Il y a des moments, sublimes et trop rares, qui adviennent dans la vie de l’être pur et spirituel; lorsque toutes les enveloppes sont calmes et harmonieuses, quand les sens sont tranquilles, apaisés, insensibles, l’esprit serein’, paisible et immobile ; quand tout Têtre, fixé dans la médi-