LES RAPPORTS AVEC LE MARÉCHAL DE MAC-MAHON
Les Rapports avec le Maréchal de Mac-Mahon
Quoiquïl ne fût plus au pouvoir, Jules Simon continuait à jouer un grand rôle à l'Assemblée. Le jour où il fut élu sénateur inamovible par F Assemblée Nationale, il apprit en même temps par le télégraphe son élection à l'Académie française. Ce furent pendant quelques semaines des plaisanteries : « Inamovible et immortel le même jour ». Cette inamovibilité et cette immortalité inspirèrent plusieurs poètes qui lui adressèrent des vers de mirliton, et il ne pensait guère à ce moment-là, en 1876, à entrer dans quelque ministère.
Cependant le bruit circulait que l'intention du maréchal était de lui confier un portefeuille.
Lorsqu'on le lui rapporta, il prit la chose en plaisantant, et il écarta de suite une semblable supposition.
4o6 LE SOIR DE MA JOURNÉE
— Comment voulez-vous que le maréchal songe à moi, mon discours sur le Septennat n'a pas dû lui plaire. Et puis, nous ne nous entendrons jamais ensemble. Il est de la droite, je suis de la gauche. Pourquoi irait-il me chercher ? C'est invraisemblable.
Il nous rapportait ces rumeurs, en haussant les épaules, parfaitement résolu à repousser une offre qu'il se refusait d'ailleurs à envisager comme possible.
Nous l'encouragions dans une résistance éventuelle avec la plus grande énergie, tant elle nous paraissait sage.
Cependant la résolution du maréchal de pressentir Jules Simon prit de la consistance à la suite d'un Conseil des Ministres tenu à l'Elysée. Il n'y avait plus à en douter.
Ce fut alors un pèlerinage des bureaux des gauches et des chefs du parti à la place de la Madeleine avec de bruyantes démonstrations, de grands serrements de mains suivis d'un vif désappointement.
Jules Simon déclara en effet, tout net, qu'il refuserait.
On eut recours alors aux petits moyens : Vous ne le pouvez pas, vous vous devez à votre parti, à vos amis qui vous demandent d'accepter.
Jules Simon persistait dans son refus.
On employa les grands moyens : Songez à l'intérêt de la République qui doit passer avant les convenances personnelles.