RAPPORTS AVEC LE MARECHAL DE MAC-MAHON ^OJ
— Et si je ne peux pas l'aire ce que je veux, si je ne suis pas libre, comme c^est probable; quels services pourrais-je vous rendre? Nous nous compromettrons sans profit.
Mais les députés républicains ripostaient : « Allons donc ! avec votre talent, avec votre habileté il n'y a que vous et vous seul capable de mater le maréchal (c'était l'expression dont on se servait). Vous aurez peut-être d'abord des difficultés, mais vous le séduirez ; en quelques semaines vous l'aurez conquis.
— Vous voyez bien que Dufaure n'a pas réussi.
— Mais Dufaure, ce n'est pas vous, il était plus hargneux, plus cassant.
— Oui, mais il entrait plus dans les vues du maréchal.
— C'est possible, mais il n'uvait pas l'oreille de la Chambre.
— Et moi ?
— Vous? Ah! vous, nous vous'soutiendrons énergiquement, nous ferons tous les sacrifices nécessaires pour vous maintenir.
Cette déclaration le laissait un peu incrédule, car il avait la pratique des Assemblées. Il connaissait leur enthousiasme suivi trop rapidement de leur inconstance, et il bataillait.
Alors un dernier argument était invoqué :
— Le maréchal veut faire un pas à gauche, et, en refusant, vous lui fournissez des armes contre nous, vous lui donnez une grande force, vous favorisez sa
4o8 LE SOIR DE MA JOURNÉE
volte-face à droite, vous compromettez la République. Assumerez-vous une pareille responsabilité qui pèsera lourdement sur vous? Oh! certes, la situation n'est pas enviable. Elle ne saurait tenter, même des ambitieux. Il s'agit de faire un sacrifice, vos amis vous demandent de ne pas hésiter, vous le devez à vos idées, à votre parti, à la République que vous aimez et que vous avez toujours servie.
Nous les entendons encore tous ces propos que tenaient MM, Leblond, Albert Grévy, Bernard Lavergne et d'autres. Ils étaient pressants, éloquents.
Il y avait quelque solennité dans leur démarche et quelque émotion dans leurs adjurations.
Jules Simon ne savait pas résister à des instances, quand il y avait un devoir à remplir, dussent son intérêt et sa popularité en souffrir. Il se résignait.
On ne l'a pas racontée, cette lutte qu'il soutint alors contre ses meilleurs amis, aujourd'hui disparus pour la plupart. Mais, s'il y a un survivant, il doit se souvenir que Jules Simon, avec sa clairvoyance habituelle, leur avait confié ses craintes, et ne consentit à donner son nom que contraint et forcé, par dévouement, par abnégation.
— Par exemple, ajoutait-il, je n'entrerai dans un cabinet qu'avec la présidence du Conseil.
Il y eut un petit mouvement parmi ses amis.
— La Présidence ! C'est bien gros. Le maréchal ne voudra peut-être pas aller si loin. Il vous acceptera bien comme ministre, mais il ne consentira