RAPPORTS AVEC LE MARÉCHAL DE MAC-MAHON
la trouver timide et iiumiliée. Ses amis vinrent le voir pour protester avec indignation contre ce qu'ils appelaient « le coup de folie du maréchal ». Jules Simon leur répondait : « On ne devait pas, évidemment, s'y attendre aussi rapidement, et surtout sous cette forme et pour des motifs aussi futiles, mais vous saviez bien que le maréchal n'était pas un très fort politique... je vous ai raconté bien des fois ce singulier propos, entre tant d'autres, qu'il m'a tenu et qui vous prouve son ignorance : a Si vous vouliez ne pas vous occuper de l'opinion delà Chambre des Députés, la laisser dire, la laisser faire et passer outre, vous seriez toujours mon ministre jusqu'à l'expiration de mon septennat, nous gouvernerions avec le Sénat... et le Conseil d'Etat.
« Et comme je m'étonnais de son langage, essayant de lui faire comprendi'e ses hérésies constitutionnelles, il répondait avec une parfaite ingénuité: « On m'avait pourtant dit que cela se pouvait. » Puis il n'insistait pas. Ce nest pas lui qui a eu l'idée d'écrire cette lettre. On la lui aura dictée en lui disant qu'il devait l'écrire. C'est un homme faible qui n'était pas libre. Il a subi l'influence de la eamarilla. »
C'était le mot dont il se servait volontiers.
Jules Simon qui avait entrepris cette lourde tâche, à une période obscure, sous la pression de son parti, et qui aurait pu se réserver pour l'avenir, à l'heur» oii la situation aurait été moins troublée, emporta dans sa retraite une gi'ande ingratitude.
4l6 LE SOIR DE MA JOURNÉE
L'injure du maréchal atteignait le parti républicain tout entier. Il en porta à lui seul toute la peine. C'était une injustice. Quoiqu'il fût familiarisé avec les surprises de la politique et accoutumé aux petites faiblesses des partis, il en fut attristé. Ce qui le chagrinait, c'était moins cet abandon, qui est le salaire habituel des services rendus par les hommes d'Etat, que le travestissement de son rôle par ceux qui l'avaient poussé en avant.
— Je n'ai pas de chance, disait-il, tout tourne contre moi, et cependant j'ai la conscience d'avoir rempli mon devoir. J'ai toujours marché d'accord avec mes amis. Il faut bien que, dans les crises, on prenne un bouc émissaire. On m'a choisi. Il me semble que ce rôle revenait plutôt au maréchal. .. Enfin !
Jules Simon quitta le jour même le ministère. Il reçut une lettre du maréchal lui annonçant la constitution du nouveau cabinet.
Il vécut ensuite un peu à l'écart. Ce qui lui valut de vives remontrances. On pensait qu'il aurait dû prendre la tète du mouvement de résistance et faire une campagne de discours.
Le rôle était plus facile et plus avantageux sur tout pour un homme comme lui qui était orateur, qui ne reculait devant aucune responsabilité ni devant aucune fatigue, fût-elle un peu rude, et qui avait donné les preuves de son activité inlassable, lors des élections de 1869, quand il parcourait toute la France pour défendre ses candidatures et .celles de ses amis.