‹ Le soldat de la République;Chapitre 22 sur 29 · CAROLINE, II. ROBERT, JULES, LYONNIS · texte numérisé non relu

CAROLINE, II. ROBERT, JULES, LYONNIS

LYONNIS , allant au-devant des trois personnages qui entrent en

scène. Venez , mes amis , venez partager ma joie ; et vous , Jules, remerciez le ciel qui a comblé vos vœux, et qui vous offre à la fois l'occasion d'effacer votre faute et de mériter la protection de notre brave colonel.

JULES. Qu'entends-je?..

CAROLINE et M. ROBERT ensemble. Que dites-vous ?

LYONNIS. Il fallait un homme dévoué, pour remplir une mission importante; je pouvais briguer moi-même l'honneur d'être choisi, mais je voulais vous servir, je vous ai proposé, j'ai répondu de vous... maintenant, il s'agit do porter cet ordre au commandant Dermonçay, que vous rencontrerez sur la route de France, à trois lieues au-delà de ces montagnes... Songez qu'il ne faut être aperçu ni de l'ennemi, ni même des nôtres... un cheval est prêt, prenez des armes, hâtez votre départ : de votre courage et de votre célérité, surtout, dépend peut-être le salut de tout ce qu*il y a de français dans ce village.

M. ROBERT , vilement. Ah ! tu acceptes , n'est-ce pas ?

CAROLINE, de même. Oui, oui, il le faut : mon Jules, tu m'as vue trembler tant qu'une condamnation infamante a pesé sur ta tête; mais à présent, ce danger n'est plus à craindre, et le dévouement de ton père, la conduite de ce généreux ami, m'ont appris enfin tout ce que l'honneur t'impose : tes frères sont en péril, en t'exposaut , tu peux les sauver, c'est moi maintenant qui t'engage à partir; et ne crois pas que ce conseil soit entièrement désintéressé, en te le donnant, je me sens plus digne de toi, je suis fière de m'associer à la gloire dont tu vas te couvrir; il me semble que plus tu t'ennoblis, plus mon amour augmente !

JULES, avec feu. Chère Caroline, si tu savais quel bien tu m< fais, en parlant ainsi! je tremblais de voir tes larmes, jeeroyais avoir besoin de soutenir ton courage , et c'est toi qui électiises le mien, en m'excitant aune action généreuse! (Après avoir prit ses pistolets.) Lyonnis, ce message... et vous, mon père, redites à votre fils que vous lui avez pardonné ; que s'il succombe , vous adopterez celle qui est sa femme devant Dieu?., oh! redites-moi cela, car alors, il ne sera pas de danger que je ne puisse affronter et vaincre !

M. ROBERT , vivement ému, et pressant alternativement Jutes et Caroline. Si je t'ai pardonné? à toi , si repentant, si brave, et qui n'as à te reprocher qu'une faute, quêtes juges excuseraient peut-être, s'ils connaissaient celle pour qui tu l'as commise? si je l'adopterais? elle, que j'aime déjà, et qui, en te perdant, n'aurait plus que moi pour appui? oh! oui, je; puis le répéter en vous pressant tous deux sur mon cœur, quoi qu'il arrive, il est aussi vrai qu'elle sera ma fille , comme il est vrai que je t'ai rendu toute ma tendresse !

JULES, avec transport. Ah ! que le ciel main tenant me protège, /nais s'il trahit mon espoir, dn moins je pourrai mourir sans remords !

Il baise les mains de son père, presse Caroline sur son cœur, puis s'arrachant aux caresses qu'ils veulent lui rendre, il s'éloigne subitement et disparaît par le fond. — Il fait nuit complète.

CAROLINE et M. ROBERT, ensemble. Jules! Jules!

LYONNIS, leur barrant le passage et se plaçant à la porte du fond. Gardez-vous de l'arrêter, ouque vos cris éveillent les soupçons ; la nuit le favorise, qu'il en profite... {Examinant en dehors à gauche du public.) Le voilà qui sort de la cour... il monte à cheval... il est parti...

M. ROBERT, se taissant tomber sur un siège placé d droiU. O mon Dieu ! disposez de mes jours , mais épargnez les siens !

Caroline, se jetant à genoux. Permettez que nous puissions le revoir!

LYONNIS, prêtant C oreille avec attention. Aucun bruit ne se ait entendre.,. {Pendant qu'ils écoutent avec anxiété, on entend dans Cèloignement le cri de Qui vive ! plusieurs fois répété. — Lyonnis continuant : ) Ecoutez... sans doute il se trouve maintenant à la hauteur de nos postes avancés...

CAROLINE, vivement. Ciel!., et si trompé par l'obscurité même...

LYONNIS, écoutant toujours. Plus rien... Il a dû les évitersans en être vu, car autrement on aurait déjà tiré sur lui. {Redescendant en scène :) Imitez-moi donc , mes amis : espérez. . . .

CAROLINE. Oui, espérons; oh ! mais aussitôt qu'il reviendra, prévenez-moi bien vite, je vous en supplie. {âLyonnis:) Jusque là, et pour tenir la promesse que j'ai faite à votre chef, je vous laisse libre, M. Lyonnis; disposez de tout ici; {Plus bas) et veillez sur nu n père.

Caroline sort et reparaît bientôt apportant uue lampe quVle pose sur le guéridon; puis, s'approchant de M. Robert , elle lui prend la main avec intérêt et semble lui dire encore d'espérer. Le père de Jules sort alors de l'accablement où il élait plongé : il la regarde avec émotion , l'embrasse tendrement , se lève et la reconduit comme pour ebereber à lui déguiser l'inquiétude qu'il éprouve.

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