‹ Le soldat de la République;Chapitre 26 sur 29 · M. ROBERT, FALENDRIN, CHOPART, ALBANI, SOLDATS · texte numérisé non relu

M. ROBERT, FALENDRIN, CHOPART, ALBANI, SOLDATS

et irois Paysans piémontais.

GHOPART, au fond du théâtre. Qui vive ?.. ALBANI, paraissant avec les trois Piémontais. Amis... GHOPART. Passez au large.

ALBANI, qu'on aperçoit par la fenêtre d droite du spectateur Comment, passez au large!., et c'est ici même que j'ai be-

soin... il serait plaisant que l'autorité restât dans la rue , par exemple î

CHOPART. Ah! si vous êtes ce que vous dites, c'est différent... Caporal, hors la garde, venez reconnaître autorité...

M. ROBERT, se levant. Qu'est-ce que c'est que cela?

LES SOLDATS. Eh ! parbleu ! c'est le podestat !

ALBANI, entrant. Vous voyez bien, voici des braves qui me reconnaissent.

FALENDRIN. Oui, oui, un fameux rogneur de portions, allez, caporal!., à preuve que les vivres de ce matin...

ALBANI. Ah ! ah ! mes bons amis, pouvez-vous suspecter... moi, qui profitant de l'affaire qui m'amène auprès de votre colonel, ai pris tout exprès pour vous dans ma cave...

Il leur désigne un panier de vin qne porte un des hommes qui l'accompagne.

FALENDRIN. Vraiment?.. Oh! alors réparation; voilà un trait. . .

H. ROBERT. Vous venez, monsieur, pour parler à notre colonel?..

ALBANI, bas aux siens. Dites donc, mais ils sont plus nombreux que nous ne croyions.

PREMIER PAYSAN , de même. Qu'importe, quand ils auront bu seulement deux verres de ce vin...

ALBANI, répondant à Robert. Il s'agit d'une communication importante, et de mesures à prendre , dans l'intérêt général ; si vous voulez bien lui faire savoir que le podestat Albani et les quatre plus notables du lieu désirent lui être présentés...

M. ROBERT. Je le sais occupé en ce moment, mais je vais le faire prévenir ; veuillez attendre (Faisant signe d un soldat et te prenant à part. ) Passe par cette porte, cours trouver le major, dis-lui que ses hommes sont ici et qu'il vienne sur-lechamp.

Le soldat sort par la porte à gauche.

FALENDRIN , qui vient de déboucher une bouteille. Diantre ! quel fumet ?

ALBANI. Je crois bien, c'est du vin du Rhin , première qualité.

FALENDRIN, riant, et à ses camarades. Dites donc, du vin du Rhin, il ne doit pas en falloir beaucoup pour se mettre sur le dos !

ALBANI. Bah! j'en fais sauter chaque jour mes deux bouteilles, sans seulement y penser !

FALENDRIN. Ça ne m'étonne pas ; vous avez une bonne tête...

LHOPART, au fond. Qui vive?

PREMIER SOLDAT, entrant en scène. Soldat du posl<

Il remet à M. Robcrl un petit papier plie.

M. ROBERT, lisant, d part. Le mot d'ordre, fort bien.

PREMIER SOLDAT. Ah! ah! des liquides, j'en suis.

CHOPART, sur ta porte. Et moi, donc ! vous ne m'oublierez pas, j'espère ?. .

FALENDRIN, allant boire. Hein, l'autre pas béte!.. t'en auras à ton tour {A part.) s'il en reste.

M. ROBERT, ^arrêtant. Un moment, ce serait faire bien peu d'honneur à monsieur, que de vider son panier sans lui offrir au moins le premier verre.

ALBANI , arec effroi, et à part. Hein, que dit-il!..

FALENDRIN. Ah ! ça, c'est juste, et c'est une bonne idée.

ALBANI, de même. C'est une iefée du diable !

FALENDRIN , lui offrant un gobelet d moitié plein. A tout sei gneur, tout honneur : — tenez. .. allons, camarades, à la santé du citoyen podestat...

TOUS. A la santé de celui qui régale !

ALBANI, d part. Ma santé!., ma santé!., du vin dans lequel j'ai fait mettre de l'opium pour les endormir.

PREMIER PAYSAN, de même. Buvez, vous en avez là trop peu pour que cela vous fasse mal.

M. ROBERT. Vous refusez?

ALBANI, vivement. Non, non; c'est que n'ayant pas l'habitude de boire entre mes repas, voyez-vous...

PREMIER PAYSAN, bas. Buvez donc...

ALBANI , d part , et après avoir lestement vidé son verre dans son bonnet. A la vôtre, mes bons amis... mes braves.

>I1 feint de boire et rend ensuite le verre a Fa lendrin.

FALENDRlN. Maintenant, vous permettez, caporal?.. M. ROBERT. Oui, mais avec modération, surtout...

Tous boivent amplement chacun leur tour, sans oublier Chopart à qui l'on a passé de. même une bouteille.

DEUXIÈME PAYSAN, bas d ses camarades. A présent !«• succès est sûr.

M. ROBERT, d part. Qu'ont-ils donc à se consulter.

ALBANI, d M. Robert. La réponse de votre chef se fail longuement attendre, et nous sommes pressés...

M. ROBERT. Que voulez-vous, je n'y puis rien, moi, nusieurs... {A part.) Je tremble que ce soldai n'ait pu parvenir à

trouver... (Se tournant alors et apercevant Chopart, Falendrin et leurs camarades qui, tous succombant à l'effet du narcotique, se laissent tomber à différentes places.) 0 ciel! les imprudens!.. Mais non, ce ne peut être l'ivresse, ses effets sont moins prompts... [S* asseyant et tournant le dos aux paysans pour leur cacher l' agitation qu'il éprouve.) Il me vient une pensée horrible!.. Oui, oui. plus de doutes... et j'ai pu me laisser prendre a un pareil piège!.. Oh! malheur sur moi, mais malheur aussi sur eux, les infâmes!..

DEUXIÈME PAYSAN, bas et à part. Les voilà hors d'état de pouvoir se défendre.

M. ROBERT, de même. Et personne ne viendra!

PREMIER PAYSAN, à voix basse. L'heure approche où nous devons donner le signal, ne perdons pas de temps.

M ROBERT, prêtant C oreille et à part., Le signal!..

PREMIER PAYSAN, continuant et désignant les soldats endormis. Ceux-là ne feront que changer de sommeil ( Montrant M. Robert. ) ; l'autre, je m'en charge : vous, à la chambre dr colonel.

Il désigne le cabinet de gauche.

ALBANI. Et amenez-le, mort ou vif.

M. ROBERT, se levant et s' avançant vers eux. Ah! c'était là votre projet?.. Eh bien, il ne s'accomplira pas; car, heureusement, il y a plus de deux heures qu'il n'est plus ici.

PREMIER PAYSAN. Il nous a entendus! malédiction!..

ALBANI. Qu'on s'assure s'il nous trompe...

M. ROBERT, saisissant d'une brassée les armes mises en faisceau par les soldats , et les jetant sur la table, vis-d-vis d'eux. ) Vous ne passerez pas... pour entrer là, ou pour sortir, il faudra d'abord me tuer, et je vous brave tous.

ALBANI. Quoi, tu oserais tenter à toi seul... M. ROBERT. Pourquoi pas; un homme de courage vaut bien quatre lâches, peut-être?..

PREMIER PAYSAN, avec fureur. Et nous souffririons ses outrages?., nous lui laisserions le temps d'appeler à son secours?.. TOUS. Non, non, qu'il meure!

M. ROBERT, tes couchant enjoué. Qu'un seul de vous fasse un geste , et vous êtes tous morts.

Les paysans ont tiré trois on quatre coups de pistolets sur M. Robert, qu'une balle atteint au bras. Mais sa présence d'esprit ne l'abandonne pas, il tire, à sou tour, l'arme qu'il a dans la main, et en fait autant tics autres, qu'il jette rapidement devant lui, au fur et à mesure qu'il les a déchargées sur eux. A ce moment alors, les soldats en scène, se réveillent , et s'élancent sur les villageois dontdeux sont mortellement blessés.

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