‹ Le soleil de ma Bretagne dramevaudeville en trois actesChapitre 29 sur 39 · TONTON, ÉLOI · texte numérisé non relu

TONTON, ÉLOI

ÉLOt. Je ne comprends pas un mot à ce qu'elle va faire ; mais c’est égal , ça me va , ça me va parfaitement.

TONTON. Et à moi aussi ; il faut qu’il nous retrouve tout juste ce que nous étions autrefois.

éloi. Oui, avant notre mariage... Oh! ça me va ! ça me va ! Dieu de Dieu ! c’était le bon temps!

tonton. A qui le dites-vous? Je vais redevenir la petite Tonton, la gentille pêcheuse

de coquillages, et je verrai tous les plus beaux jeunes homfties du pays m’offrir de pécher avec moi !

éloi *. Je vais redevenir libre , indépendant, garçon enfin... garçon.... comprenezvous, Tonton , tout ce qu’il y a de bonheur dans ce mot-là 7... Oh! ça me va admirablement!

tonton. Silence! voulez-vous bien vous taire!

ÉLOI

Al* : C'en à la cour.

Obt comm* ça me la ! (Bis.)

A tout', te. IUT* j' vas peindr’ ni flamme;

Ail’ a’ dispul’ront à qui m'aura.

Vous, Tonton, vous n'die» plus ma femme.

Oh ! comme ça m’ vat (Bis.)

Mahomet, tu sais comm' ça m' vat

tonton. Un. instant!.... Je ne suis plus votre femme, c'est juste , mais je suis votre amante.

ÉLOI. Ah ! bah !

tonton. Votre adorée puisqu’il faut

que nous soyons à ses yeux tout juste ce que nous étions autrefois.

ÉLOI. Plaît-il?

tonton. 11 faut que vous me fassiez la cour, que vous soyez amoureux de moi, trèsamoureux. . . c’est l’ordre de la reine.

éloi. Mais, c’est une tyrannie, c’est un despotisme insupportable.

Air précédent.

Ça n' me va plus. (Bis.)

Au lieu d'étre en progrès, madame,

Nous en r’veoons aux vieux abus;

Faut que }’ fass' la cour A ma femme :

Ça n' me va plus. (Bis.)

Madame Eloi, ça u' me va plus.

Décidément, je tne révolte, je me révolutionne , et je vais mettre une demi-livre de safran dans le potage de sa majesté !

Fausse sortie.

tonton , le retenant. Du tout , restez , monsieur, restez, je vous l’ordonne.... ou plutôt je vous en prie , Éloi. .. mon bon petit Éloi. (Elle le cajole.) Je t’en conjure, faisons ia paix.

éloi. Tonton, vous faites patte de velours, tu veux m’égratigner.

tonton. Non... tu sais que malgré toutes nos querelles, je t’aime... au fond.

ÉLOI. Oui, bien au fond.

tonton. Et aujourd’hui , pour accomplir les projets de la reine, nous avons besoin d’étre d'accord !... ( Prenant un ton sentimental.) Veux-tu, chéri?

éloi , de même. Je le venx bien , ma biche. (A part, après l’avoir embrassée.) Est-

* Eloi, Tonton.

on bête! on n’y croit pas, et on se laisse toujours prendre.

tonton. Tu auras soin , au moment où Étienne sera le plus enchanté de revoir sa Louisette , tu auras soin de verser dans son verre...

éloi. Quoi donc?

tonton. Cette poudre.... à l'instant tout son bonheur s'évanouira ; il retombera dans un sommeil profond , comme celui où il est plongé depuis hier soir.

ÉLOI. Et puis?

tonton. Et puis, en se réveillant pour la seconde fois, il se retrouvera absolument comme il était au moment de son naufrage.

Éloi. Mais pourquoi ça? pourquoi ça?

TONTON, avec mystère. Pourquoi ça?...

parce que. . .

éloi. Ah ! à la bonne heure ; au moins on sait à quoi s'en tenir.

tonton. Tais-toil il s’éveille! Sauvonsnons!

ÉLOI. Filons!

tonton. A nos costumes.

éloi. A ma cuisine.

tonton. Ah! j’oubliais!...

Elle preste le ro<sort indiqué par Louisette et tort très-vite par le côlé; i l'instant même la tente, qui tient tout le premier plan, s’enlève et disparaît; on revoit dans sou entier le déror du premier acte. L’orchestre joue en sourdine l’air de 1a Bretagne. Etienne entre vivement en scène, se frottant encore les Yeux, comme un homme qui vient de s’éveiller en sursaut, et regardant autour de lui dans la plus grande agitation.

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