LE SOLEIL CENTRE DE FORCE. - GRAVITATION
Le Soleil est le centre autour duquel toutes les planètes décrivent leurs orbites. Il doit cette prérogative à sa masse considérable, masse qui est environ mille fois plus grande que celle de tous les astres qui lui servent de cortège. Nous exposerons ici les phénomènes planétaires qui sont intimement liés à la constitution du Soleil, sans cependant entrer dans les détails propres à un Traité de Cosmographie ou d'Astronomie. Pour ces détails, on peut consulter une foule d'Ouvrages spéciaux, parmi lesquels on nous permettra d'indiquer notre Tableau physique du système solaire; Rome, i85r).
§ I. — Formation du système planétaire.
Les savants sont de nos jours unanimes à admettre que notre système solaire est dû à la condensation d'une nébuleuse qui s'étendait autrefois au delà des limites occupées actuellement par les planètes les plus lointaines. Cette nébuleuse était primitivement douée d'un mouvement de rotation très-lent, qui devait s'accélérer plus tard. D'après une loi mécanique connue sous le nom de loi des aires ^ chaque particule libnî doit se mouvoir de manière que son rayon vecteur
décrive des aires égales dans des temps égaux ; de là il suit que, le rayon diminuant constamment par la contraction progressive, l'arc décrit pendant Funité de temps a dû s'accroître, afin que Taire restât constante. De cet accroissement de vitesse il résulte une augmentation de la force centrifuge, et lorsque celle-ci est devenue égale à la force de gravitation, il s'est formé des anneaux qui sont demeurés librement suspendus autour de la masse centrale. La vitesse augmentant toujours, ces anneaux se sont brisés, et les différents fragments, obéissant individuellement aux lois de l'attraction, ont à leur tour formé de nouvelles masses isolées les unes des autres, et qui sont devenues des centres d'action semblables au centre principal. Ces masses, à leur tour, ont pu s'environner d'anneaux de second ordre, dont quelques-uns ont persisté jusqu'à nos jours, tandis que les autres, en se brisant, ont formé des satellites.
Cette théorie, proposée par Kant, Herschel et Laplace, a été confirmée par les ingénieuses expériences de M. Plateau. Une masse d'huile étant mise en suspension dans un liquide de même densité, formé d'un mélange d'eau et d'alcool, on la voit prendre spontanément la forme sphérique que tend à lui donner l'attraction moléculaire. Si on la fait tourner autour de son diamètre vertical avec une vitesse croissante, on voit d'abord la sphère s'aplatir; puis il vient un moment où il se détache un anneau semblable à celui de Saturne; enfin, la vitesse croissant toujours, un moment vient où l'anneau se brise, et il se forme de petites sphères qui tournent sur elles-mêmes en tournant autour de la masse principale.
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La matière qui composait la nébuleuse primitive devait être à un état de raréfaction beaucoup plus considérable que celui que nous obtenons avec les meilleures machines pneumatiques; elle s'est énormément contractée et condensée, laissant à différentes distances des planètes et des satellites ; le Soleil est le résidu encore incandescent et gazéiforme de cette masse primitive. Nous retrouvons dans le monde sidéral des vestiges de cette formation; dans notre monde planétaire, ce sont les anneaux qui environnent Saturne, et dans le monde stellaire, ce sont les nébuleuses spirales et les nébuleuses annulaires. Ces masses sont composées d'une matière encore gazeuse, et elles semblent constituer des mondes envoie de formation.
Il est impossible d'assigner actuellement les circonstances qui ont déterminé la formation de chaque planète ; mais la loi qui règle leurs distances semble imprimer au système tout entier l'empreinte d'une formation graduelle, dans laquelle ces astres ont dû, chacun à leur tour, se détacher de la masse centrale.
Kepler est le premier qui découvrit une certaine régularité dans la distribution des planètes; il y avait cependant une anomalie dans la distance qui sépare Mars et Jupiter; aussi, en s'appuyant sur cette seule remarque, osa-t-il annoncer qu'on découvrirait plus tard dans cette région un astre jusque-là inconnu. Il a fallu près de deux siècles poiu* que l'événement vînt lui donner raison ; nous savons maintenant qu'au lieu d'une seule planète que Kepler avait en vue, il en existe une centaine. La io8* a été découverte le 29 avril 1869. Tous ces astres, cependant, tiennent
simplement la place d'une seule planète, dontla masse, d'après les calculs de M. Le Verrier, est tout au plus égale au tiers de celle de la Terre, Cet état de division nous montre qu'à l'époque où se sont formées les petites planètes, il a dû exister une grande perturbation dans la masse solaire.
Après Kepler, Titius trouva une loi plus exacte pour exprimer les relations qui existent entre les distances des planètes au Soleil. Si nous appelons n le numéro d'ordre de la planète considérée, à partir de Vénus, la loi de Titius est contenue dans la formule suivante : D = 4 + 3 X 2'^* . Nous reproduisons ici un tableau comparatif des distances vraies, déduites de l'observation, et des distances approchées, cale liées d'après la formule précédente; le lecteur pourra apprécier l'accord remarquable qui existe entre les deux séries de nombres.