CHAPITRE CINQUIEME
Que le seul amour de la vertu doit nous la faire pratiquer, car la vertu est toujours bonne par elle-même.
11 ne faut pas que je montre une humilité, un détachement, une garde des sens, une retenue et une simplicité de surface, que m'inspirerait le désir d'être remarqué ou la crainte d'être déprécié, ce qui n'est qu'une source d'ennuis : si j'agis -de la sorte, un temps viendra où cette cause extérieure qui me faisait agir n'aura plus sur moi d'influence, et je tomberai dans la négligence ou dans la tristesse, selon les circonstances. Mais je pratiquerai ces vertus et d'antres semblables sincèrement en vue de la vérité, sachant bien que c'est par cela seul que je puis me rendre agréable à Dieu, maintenant et jusqu'à la fin de ma vie. C'est dans ce sens que je m'efforcerai de progresser sans relâche.
I n homme plein de bonté et de mansuétude arrivera toujours plus facilement par sa modération et sa douceur que par ses discours à ramener à la discrétion et à la mesure les esprits inquiets ou turbulents. Nous -devons d'ailleurs nous supporter avec douceur et patience les uns les autres dans nos défauts et nos imperfections
de corps ou d'esprit. Chacun n'a-t-il pas sa charge suffisante avec ses propres incommodités et ses propres défauts ?