L'ESPERANCE
Fils unique de Dieu, à l'autel de la croix, il s'offrit à Dieu son Père, pour les péchés du monde entier, rançon infiniment supérieure à la dette. Pour racheter tout le genre humain, dit saint Ambroise (1), une seule goutte d'un sang si précieux aurait suffi ; mais il l'a répandu abondamment, afin de nous montrer la plénitude de son amour. Et c'est en son sacrifice que se trouve toute notre espérance avec notre salut, selon la doctrine de saint Bernard : «f J'ai commis de grands péchés ; ma conscience en est troublée, mais pas totalement, parce que je me souviens des blessures de mon Seigneur. N'a-t-il
(1) Le P. Berthier (note 3, p. 126) donne la référence suivante : Commentaire de saint Ambroise sur le Ps. 35, ptéface. On y voit ceci : « C'est un or excellent que le sang du Christ, riche pour nous racheter, il coule abondamment pour laver tous les péchés » (P. L. t. 14, col. 953). Au chapitre 26 (Le zèle des âmes) l'auteur exprime de nouveau la même pensée — : une goutte du sang du Fils de Dieu aurait suffi pour racheter tout le genre humain, — qu'il attribue encore- à saint Ambroise.
Le P. Robert, dans Aurifodina Universalis (t. 7, p. 55) ou Mine d'or universelle des Sciences Divines et Humaines- (éd. de l'abbé Rouquette en 1867, qui reproduit celle de 1680), attribue ce texte à saint Bonaventure, 6" sermon: sur le Ier dimanche de l'Avent. On ne trouve pas ce sermon au t. 9 des Œuvres Complètes de saint Bonaventure (éd. de Quaracchi), il n'est donc pas authentique ; dans l'édition de Peltier, Paris, 1868, t. 13, p. 13, l'auteur de ce sermon donne le même texte : « une seule goutte de sang, etc. », en l'attribuant à saint Bernard.
Le P. Robert fait du Paradis de l'âme un titre général dont le traité des Vertus est la première partie. Quelle était la seconde partie ??
Il8 LE PARADIS DE L'AME
pas été »< blessé à cause de nos crimes? » (Isaïé, cb. 53, ;. t). Y a-t-il quelque chose de si mortel que la mort du Christ ne puisse détruire? (1) due ce remède si puissant et si efficace me vienne donc à la pensée, et aucune maladie désormais, si grave soit-elle, ne pourra m'effrayer. Evidemment, il avait tort, celui qui s'écriait : « Mon crime est trop grand pour que j'en obtienne le pardon » (Gen., cb. 4, v. /?)... Aussi, ce qui me manque de mon propre fond, c'est en toute confiance que je vais le prendre au cœur même de mon Seigneur, parce qu'il s'ouvre par miséricorde, et les ouvertures par où il se répand ne font pas défaut : il a eu les pieds et les mains percés et le côté ouvert par la lance ; grâce à ces blessures, il m'est donc possible maintenant de « sucer le miel du rocher et l'huile qui sort de la pierre la plus dure » (Deutèronome, cb. 12, v. 13), c'est-à-dire, je puis « goûter et voir combien le Seigneur est suave » (Ps. 33, v. 9)... Les clous dévoilent son secret, et le clou qui le transperce me permet de voir la volonté de mon Seigneur. Et qu'est-ce que je vois à travers ? Mais les clous, mais les blessures, tout cela crie et proclame que
(1) J'ai eu recours au texte de saint Bernard tel qu'il est reproduit dans Migne (P. L. t. 183, col. 1072). A la place de : détruire (solvere), l'auteur a une autre leçon intéressante (salvare) : y a-t-il quelque chose de si mortel dont la mort du Christ ne puisse guérir (ou sauver) ? Les deux leçons peuvent se soutenir. Laquelle est de saint Bernard ??