LA JOIE
messes de la loi et des prophètes et par son propre serment : « le serment qu'il fit à Abraham, notre père » (Luc, ch. 1, v. 7?), bonheur assuré par le don spécial des Evangélistes, parle témoignage des Apôtres, par le don de l'Esprit-Saintau baptême, — l'Esprit est le gage de notre héritage, — par les arrhes, c'est-à-dire Tavant-goût de ce bonheur, dans la dévotion et [le sentiment de] la douceur de Dieu, par le Christ, le Fils unique de Dieu, qui est notre otage. Saint Paul (aux Pbilipp., cb.4, v.4) nous exhorte à cette double joie. « Réjouissez-vous toujours dans le Seigneur (à cause de l'union de Dieu avec notre nature); je vous le dis encore, réjouissezvous (à cause de la certitude du bonheur éternel) » (1).
4. C'est une preuve de la vraie joie, et un bon motif, pour quelqu'un, de se réjouir vraiment, que" d'avoir l'assurance, par inspiration intérieure, de la rémission de ses péchés qui avaient si gravement offensé Dieu et les créatures et avaient fait perdre,
(1) De quelle certitude s'agit-il? Elle est absolue du côté de Dieu. Dieu veut notre bonheur éternel, et son Fils, notre Rédempteur, nous l'a mérité. Mais notre salut, à nous, est soumis à l'épreuve; l'auteur lui-même le disait au chapitre de l'Espérance : « Nous ne savons pas si nos bonnes œuvres plaisent à Dieu », comme nous ne sommes jamais absolument sûrs d'être en état de grâce. Cette incertitude nous maintient dans l'humilité. « Travaillez à votre salut, disait saint Paul aux Pbilippiens, ch. 2, v. 12, avec crainte et tremblement. »
au pécheur lui-même, avec toutes les grâces reçues, le droit d'en recevoir encore à l'avenir. Marie-Madeleine a eu cette certitude lorsque Notre-Seigneur lui di-t : « Beaucoup de péchés lui sont remis, parce qu'elle a beaucoup aimé » (Luc, cb. y, v. 47) (1). Saint François aussi : il lui fut révélé que ses fautes, jusqu'à la plus petite partie, lui étaient tout à fait remises (2).
Une autre marque de joie et une nouvelle raison de se réjouir, c'est l'assurance intérieure que l'on est fils de Dieu et héritier du royaume céleste. L'Esprit- Saint nous donne cette assurance : « Il rend lui-
(1) La certitude de Marie-Madeleine ne procède donc pas d'une inspiration interne, mais de la parole du Christ. Certains saints, évidemment, ont bénéficié d'une lumière intérieure qui leur révélait l'état de leur âme et la rémission de leurs péchés. Mais Notre-Seigneur y a pourvu, pour tous, d'une manière générale, par le sacrement de Pénitence. L'absolution est le signe sensible de la grâce rendue et de l'amitié de Dieu recouvrée.
(2) Voir : Légende de saint François, dans les Œuvres complètes de saint Bonaventure (Quaracchi, 1898, tome 8, 1" légende, ch. 3, p. 511, n. 6) : « certifîcatus est de remissioncplenaria omnium delictorum », il eut la certitude de la rémission plénière de tous ses péchés. — La Petite Légende, p. 567 (3e leçon), ajoute : « usque videlicet ad quadrantem novissimum », c'est-à-dire jusqu'au dernier quart(la quatrième partie d'une pièce de monnaie), nous dirions : jusqu'au dernier centime^(S. Matth.,ch.5, v. 26... jusqu'à la dernière obole). Voici maintenant le texte de l'auteur qui semble annoncer une citation : « Et B. Franciscus (hanc certitudinem habuit) de quo dicitur : quadrans quoque novissimusculparum si bi penitus dimitti revelatur. » (Voir Préface, p. 1.)