CHAPITRE XXXVIII
La Mortification
i . Il y a véritable mortification de la chair à châtier volontairement son corps par des jeûnes et des veilles, par la prière, par des cilices et des disciplines, par l'abstinence de nourriture et de boissons agréables ; et cela, afin que la chair soit, en tout, soumise à l'esprit.
2. Saint Paul le faisait : « Je traite durement mon corps et je le réduis en servitude, de peur qu'après avoir prêché aux autres, je ne sois moi-même réprouvé » (/re lettre aux Cor., cb.ç, v.2j). Et la veuvejudith, jeune, belle et riche, après avoir vécu avec son mari pendant trois ans et six mois (i),
(i) Cette période de trois ans et demi ne désigne pas, d'après le livre même de Judith, le temps pendant lequel Judith demeura avec son mari, mais le temps qu'avait duré son veuvage lorsque Holopherne assiégeait Béthulie. Voici le texte sacré : « II y avait déjà trois ans et six mois que Judith était restée veuve... ; les reins couverts d'un cilice, elle jeûnait tous les jours, à l'exception des jours de fête » (Judith, cb. 8, v. 4, 6, 7).
portait un cilice sur les reins, et elle jeûnait tous les jours, excepté les jours de fête.
3. Ce qui doit nous conduire à aimer la macération, c'est la grande utilité qu'on en retire. En effet, grâce à la macération de la chair, l'esprit se fortifie dans les œuvres spirituelles. « Lorsque je suis faible (selon la chair), disait saint Paul, c'est alors que je suis fort » (selon l'esprit) (IIe lettre aux Cor., ch. 12, v. 10). A l'opposé, la sensualité émousse la vigueur de l'âme et la consume » (1).
4. Une preuve de véritable mortification, c'est de n'accorder à son corps aucun plaisir, mais seulement ce qui lui est nécessaire. « Nous ne sommes pas redevables à la chair », nous dit saint Paul (Rom., ch. 8, v. 12). Le plaisir exige beaucoup plus de délices que n'en requiert la nécessité : celle-ci se contente de peu. Et l'apôtre indique immédiatement les maux, conséquence de la volupté : « Si vous vivez selon la chair, vous mourrez ; mais si, par l'esprit, vous faites mourir les œuvres du corps, vous vivrez » (v. 13). « Et les œuvres de la chair "sont manifestes, à savoir : l'impudicité, l'impureté,
le libertinage, l'idolâtrie, les maléfices, les inimitiés, les contentions, les jalousies, les emportements, les disputes, les dissensions, les sectes, l'envie, l'homicide, les excès de table et autres cho-
(1) L'auteur a déjà cité cette parole, qui n'est pas de saint Augustin ; voir p. 187. — P. L. t. 40, col. 1076.