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Une autre preuve de mortification, c'est de « haïr sa vie en ce monde », d'après le conseil du Christ Jésus (Jean, ch. 12, v. 251. Le Seigneur lui-même ne dit-il pas : « Si quelqu'un vient à moi et ne hait pas son père et sa mère, sa femme et ses enfants, ses frères et ses sœurs, jusqu'à son âme elle-même, il ne peut être mon disciple » (Luc, ch. 14, v. 26^) ; ce que saint Grégoire expose ainsi : « C'est alors que nous haïssons notre âme de la bonne manière, lorsque nous n'acquiesçons pas à ses désirs charnels, lorsque nous brisons ses instincts et que nous résistons à ses voluptés. La chair ainsi méprisée s'améliore, comme si nous l'aimions par cette haine même » (1). Celui qui ne met pas un frein aux concupiscences de sa chair se précipite dans les filets du diable ; il est écrit : « Si tu accordes à ton âme la satisfaction de ses convoitises, elle fera de toi la risée de tes ennemis » (Eccli., ch. 18, v. 30). C'est ainsi que Dalila avait livré aux Philistins, pour être leur jouet, Samson dans toute sa force (Juges, ch. 14, v. 18).
5. Il n'a pas la marque de la véritable mortification, celui qui s'abstient uniquement des plaisirs
(1) 37e homélie sur les Evangiles, P. L. t. 76, col. 1276.
de la table sans refuser à sa langue les paroles mauvaises, à ses sens les délectations, et à son cœur les pensées et les affections coupables. Inutile de se restreindre dans la nourriture, si les cinq sens et le cœur se repaissent de délices. Saint Jean Chrysostome (i) dit à ce propos : « S'abstenir de manger tout en faisant le mal, c'est imiter les démons : ils ne prennent pas de nourriture, mais ils ont toujours avec eux leur méchanceté. »
(1) On trouve ce texte dans les Homélies de saint Éloi, hom. 1 1*. P. L. t. 87, col. 633. — Au jugement de M. Vacandard, ces homélies sont apocryphes (Dict. de Th. Cath., fasc. ^y, col. 2345), et d'un auteur du IXe siècle, qui a emprunté, sans le dire, les paroles de saint Isidore (2* livre des Sentences, ch. 44. P. L. t. 83, col. 652).