CHAPITRE XXXIX
La Contrition
i et 2. La contrition véritable est une douleur que l'on conçoit volontairement de ses péchés, à proportion de leur nombre et de leur gravité, avec la résolution de s'en confesser et de faire pénitence. Cette douleur provient de la pure grâce de Dieu, car la douleur naturelle ou sans la grâce est inutile et n'a point de valeur. L'intensité de cette douleur est exprimée de la sorte parjérémie : « Prenez le deuil comme pour un fils unique » {cb. 6, v. 26), et c'est elle que le Seigneur prescrivait par cet ordre de Joël : « Déchirez vos cœurs » (cb. 2, v. 1 j). Ce déchirement intérieur, les épines, les clous, les verges, la croix et la lance qui ont déchiré le corps de Notre-Seigneur Jésus-Christ, sont bien capables de le produire.
Au témoignage de saint Grégoire, la vraie contrition est rare. Il en est, sachez-le, qui vont jusqu'à quitter le monde et qui donnent tout ce qu'ils possèdent, et cependant, dans leurs bonnes actions, ils n'ont pas la componction. Il ne faut pas toujours croire, non plus, à une contrition véritable dès qu'apparaissent des larmes et des gémissements,
2o6 LE PARADIS DE L'AME
qui proviennent, ordinairement, de la crainte de l'enfer, de la considération d'un dommage quelconque, ou d'une douleur et d'une compassion naturelles, au souvenir de l'énormité de ses péchés ou des souffrances cruelles du Christ Jésus. Une contrition véritable exige la douleur de tous les péchés commis et de tout le bien qu'on n'a pas fait, de toutes les grâces qu'on a négligées pour soi-même et pour toute l'Église, la douleur aussi du mal et des négligences qu'on a pu occasionner.
3. Pour nous exciter à la vraie contrition, pensons, avec foi, à ce que le péché nous fait perdre : le Saint-Esprit et ses dons, toutes les grâces qui nous rendaient agréables à Dieu, l'amitié de la Trinité, la participation à la cour céleste ; pensons également à ce que nous méritons par le péché : la mort éternelle, la malédiction de Dieu le Père : « Ils sont maudits, ceux qui s'écartent de vos commandements »,- dit le Psalmiste (Ps. 118, v.21) ; la haine de Notre-Seigneur Jésus-Christ : il hait tous ceux qui font l'iniquité; l'éloignement de l'Esprit- Saint : « Celui-ci s'écarte des pensées dépourvues d'intelligence » (Sagesse, cb. 1, v. 5), et des œuvres mauvaises, à plus forte raison. Et la malédiction du Père, la haine du Christ et l'éloignement du Saint- Esprit sont pires que les châtiments de l'enfer, et plus horribles, comme le dit saint Jean Chrysostome (1).
(1) Dans Y homélie y sur ïépître aux Epkésiens. P. G. t. 62,