LA CONTRITION
Les grands avantages qui en proviennent doivent aussi nous conduire à la contrition. La plus petite contrition efface toutes les taches de l'âme, elle détruit la mort éternelle, elle apporte la bénédiction du Père, elle rend, avec l'amitié du Fils de Dieu, la familiarité du Saint-Esprit et la société des citoyens du ciel. Si petite qu'elle soit, la contrition satisfait plus que les aumônes les plus abondantes. Pesez souvent tout cela dans la balance de votre cœur, et cela vous mènera à la componction véritable.
4. Il a la preuve de la vraie contrition, celui qui déteste à ce point l'impureté du péché, qu'il choisirait tous les tourments du purgatoire plufôt que de commettre un péché contre Dieu bon au suprême degré ; ou encore, celui qui s'offrirait aux peines de l'enfer (ainsi qu'Eléazar, 2e livre des Macb., ch. 6) pour ne plus commettre un péché de propos délibéré — et c'est ce premier parti qu'il faut choisir, remarque saint Augustin (1), — celui-là aussi qui, bien volontiers, supporterait tous les supplices des martyrs, afin de mériter, par là, de ne plus
col. 27. Saint Jean Chrysostome enseigne que la perte du royaume des cieux est pire que l'enfer ; de même, col. 281 .■ (1) Les références indiquées par les éditeurs : traités 2, 1 1 sur saint Jean, ne sont pas exactes. Il s'agit peut-être de ce passage de saint Augustin où il est dit que, devant les menaces du persécuteur il faut choisir la mort plutôt que de transgresser les commandements de Dieu. Traité 51 sur saint Jean. P. L. t. 35, col. 1767.
jamais commettre de péché ; enfin celui qui, pour expier dignement l'offense faite à Dieu, s'offrirait à toutes les épreuves de la maladie et de la pauvreté. 5. Et voici la preuve d'une fausse contrition : avoir une vive douleur de ses péchés, et ne pas craindre, après les avoir pleures, d'en commettre de nouveau, les mêmes ou d'autres encore. « Celui qui se purifie, dit l'Ecclésiastique, cb. 34, v. 25, après avoir touché un cadavre, s'il le touche encore, que lui sert-il de s'être purifié ? » De même, s'affliger des péchés passés et ne pas prendre la résolution de renoncer, par exemple, à l'orgueil ou à l'envie, à une amitié charnelle, aux plaisirs de la chair, ou à ce que l'on possède injustement, « le péché n'est pas remis, dit saint Augustin, si l'on ne restitue pas ce que l'on a enlevé » (1). L'Ecclésiastique s'élève contre cette fausse contrition : « L'un détruit et l'autre bâtit ; qu'en retirent-ils, sinon de la peine? » (ch. 34, v. 23). Il détruit, celui qui s'attriste de ses fautes, mais il bâtit, celui qui demeure dans la volonté de pécher : une contrition pareille, saint Augustin la décrit en ces termes : « La volonté perverse a donné naissance à la passion, et tandis qu'on se faisait l'esclave de la passion, l'habitude s'est créée, et comme on ne résistait pas à l'habitude, c'est devenu une nécessité >* (2).
(1) Lettre a Macédonius. P. L. t. 33, col. 662.
(2) Confessions, liv. 8, ch. ç. P. L. t. 32, col. 753.