PS. XXX. 31. — i. Ps. xxxm
Seigneur Jésus, se tenir devant votre face se montrant à découvert? Vous m'exhortez fréquemment, et vous me dites de me tenir devant vous et de regarder vers vous. Et comment le pourrais-je, si vous n'enlevez vous-même ce voile épais qui s'interpose entre vous et moi? Sans •doute, d'une part, je me repose en vous, me tenant en votre présence sans être confondu, et partageant tout ce que vous êtes; d'autre part me souvenant et ayant conscience de ma propre faiblesse et de ma dissemblance avec vous, le saisissement me pénètre.
Je vous entends me dire : « Mon fils, tout ce que j'ai est à toi1, vois comme les cieux et la terre sont pleins de ma gloire. » Mais, vous dites aussi : « Qu'y a-t-il de commun entre moi et toi, qui es tout assujetti à la vanité? Quelle société peut donc exister entre la lumière et les ténèbres? Quelle communion, quelle alliance entre la vérité et la vanité ? Puisse la première l'emporter sur la seconde, et ce qui est mortel en toi être absorbé par la vie *, la vanité par la vérité, les ténèbres par la lumière. »
Quoi qu'il en soit, Seigneur, si vous nie faites surmonter tous ces obstacles, je regarderai plus fréquemment vers vous. Si déjà je me sens si merveilleusement transporté, si mes yeux défaillent à la lumière de votre sagessse, alors que je
i. Luc. xv, 3i. — ■>.. II Cor., v, 4-
ne vois de vous que peu de chose et à travers un voile; qu'en serait-il, si vous daigniez vous montrer à découvert? Mais quand ce bonheur m'arrivera-t-il ? Puis-je espérer en joui r quelque jour ? — Sois fidèle, et cela sera. — Mais quand, Seigneur? — Lorsque je t'appellerai à moi; seulement, attends-moi d'un cœur bien préparé, de peur que, lorsque je me présenterai, tu ne sois insuffisamment prêt, insuffisamment apte à me contempler; tel que je suis je ne puis pas être vu, tu le sais, par des yeux faibles et infirmes.
Que votre volonté soit faite, ô Père, cependant écoutez ma plainte : Souvent j'expérimente mon extrême misère, parce que vous me cachez votre face, pour que je ne vous voie point. Si, en ces instants, vous ne laissiez luire quelque reste de lumière pour me soutenir, je me verrais subitement dans l'impuissance de faire ce à quoi vous m'avez envoyé.
Que feras-tu, si je tarde à me révéler à toi ? — Je vous attendrai et je m'entretiendrai avec mes ténèbres, disant en moi-même : Est-ce que Dieu me rejettera éternellement et ne pourra-t-il plus se résoudre à m' être favorable? Dieu oubliera -t-il sa bonté compatissante, et sa colère arrêlera-t-elle le cour& de sa miséricorde* ? Toutefois je vous serai tidèle et je me réjouirai de ma pauvreté, et, d'aucune façon, je n'admettrai quelque consolation
i. Ps. lxxvi, 8, io.
jusqu'à ce que vous vous révéliez à moi : mais les larmes couleront plus abondantes de mon coeur et de mes yeux, jusqu'à ce qu'elles parviennent jusqu'à vous. Mes larmes seront mon pain naît et jour1, jusqu'à ce que ceux qui me persécutent voient et comprennent que vous êtes mon Dieu et mon refuge*, et que vous ne m'a\ez pas abandonné ton ta fait, mais qu'en me cachant votre visage vous n'avez voulu que m'éprouver, afin de voir si je vous demeurerais fidèle.
Et si je t'avais complètement abandonné? — Si je le savais avec certitude, j'affirme du fond de mon cœur, où repose votre amour, que je n'en aurais pas moins agi, nuit et jour, tant qu'un souffle fût demeuré en moi, de la même façon que si j'eusse eu la certitude de n'être jamais séparé de vous3. Faites donc ce qui vous plaît et ce qui vous paraît juste ; je suis entre vos mains tout entier, corps et àme; où que j'arrive, je vous louerai et je me réjouirai grandement sinon d'être environné de votre miséricorde, du moins de l'accomplissement de votre justice ; et, ce que je saurai être agréable à vos yeux, je le ferai de mon mieux.
Appliquez-moi donc les remèdes, quels qu'ils soient, pénibles ou légers, partout où vous re-