‹ Le soliloque enflammé de Gerlac PetersChapitre 2 sur 161 · Imit., i · texte numérisé non relu

Imit., i

2. Comment Msr Puyol a-t-il pu écrire (L'auteur de Y Imit., p. 562) : « Lorsque nous ouvrons les œuvres de l'école primitive de Windesheim, une chose nous frappe, c'est la vulgarité du ton... La Congrégation de Windesheim me représente l'une de ces associations religieuses de l'Église moderne, recrutées dans la

Gerlac Peters, qu'il connut àDeventer dans la maison de Maître Florent ; ils avaient le même âge, ou à peu près, Gerlac étant né en 1378 et Thomas en 1380.

La Congrégation de Windesheim était encore à ses origines lorsqu'ils y entrèrent, Gerlac Peters dans la maison de fondation elle-même, Windesheim, Thomas a Kempis dans la maison de Zwolle, à deux lieues de Windesheim, où son frère Jean était prieur. Tous deux, pour des raisons différentes, durent faire un stage de quelques années avant d'être admis définitivement dans l'Ordre. Ils étaient donc frères en religion, mais ils l'étaient aussi par leurs aspirations religieuses, comme leurs écrits en font foi, au point que Gerlac Peters est habituellement désigné sous le nom de second a Kempis, alter Thomas a Kempis. A dire vrai, il mériterait d'avoir la priorité, car il apparaît le pré-

classe populaire, où régnent une si grande intensité de vie et une si ardente piété, mais qui n'a pu tellement faire oublier à ses membres leur première origine, qu'ils en conservent toujours quelque aspect abrupt et quelque insuffisance de manières. Aussi le caractère du style de Thomas a Kempis et de ses confrères dénote-t-il surtout une bonhomie lourde et vulgaire. » Le lecteur jugera. M«r Puyol n'a pas lu, d'ailleurs, la plupart de ces ouvrages dont il parle avec tant de dédain et de légèreté.

mier dans l'ordre des temps, non seulement par son âge, mais par la composition de ses ouvrages. Il mourut en 1411, alors que l'Imitation n'avait pas encore paru.

Ce livre, « le plus beau qui soit parti de la main d'un homme, puisque l'Evangile n'en vient pas' », est la plus parfaite image de la spiritualité Windeshémienne dans ses premiers temps. Elle est vécue et représentée d'une façon admirable en Thomas a Kempis et en Gerlac Peters. Il y aurait, d'ailleurs, de ces premiers temps de Windesheim, plus d'un personnage à faire connaître et à mettre en lumière. En les ressuscitant par le souvenir, en vivant à leur contact, dans l'histoire des premières origines de l'Ordre, ou en prenant connaissance de leurs écrits, on se sent tout embaumé de leurs vertus, et pénétré d'un parfum qui rappelle celui qu'exhale parfois le corps des saints, après

1. On attribue depuis quelque temps cette citation à l'abbé d'Olivet, sans remarquer que la « Vie de Corneille » (d'où est tirée cette citation) est bien de Fontenelle, à qui l'abbé d'Olivet l'avait demandée pour l'insérer dans son « Histoire de l'Académie » qui parut en 1729. Fontenelle, d'ailleurs, publia lui-même cette vie, en y faisant des changements et des additions, dans une nouvelle édition de ses œuvres parue en 1742.

leur mort, et qui remplit l'àme de pieux désirs et du plus pur amour de Dieu.

La piété de Gerlac était très affective : l'on peut dire de lui qu'il vivait véritablement en Dieu, et la contemplation, qui transportait son àme, semblait parfois soulever son corps. On dit de lui, ce qu'on dit pareillement de Thomas a Kempis, qu'il lui arrivait de quitter la société au milieu de laquelle il se trouvait, s'excusant de ce que quelqu'un l'attendait dans sa cellule ; il s'y retirait alors pour jouir du divin colloque avec celte voix intérieure qui l'avait prévenu.

Il était de haute taille, son visage respirait la sérénité et la joie, ses mœurs étaient angéliques,.sa parole douce et agréable ; ainsi sa belle àme se reflétait dans ces dehors; et comme ces anges de la terre, qui semblent n'être ici-bas que pour nous faire souvenir du ciel et pour attendre que les portes leur en soient rouvertes, il portait partout avec lui le rayonnnement et l'édification de sa prière. Busch, l'historiographe de Windesheim dit de lui qu'il était comme « le temple vivant de la gloire de la Trinité sainte ». Il ajoute que celte possession de Dieu faisait sa joie et sa force ; elle était « celte vertu d'en-haut qui poussa saint André à embrasser la croix, saint Laurent à

apostropher le bourreau, saint Etienne à prier pour ceux qui le lapidaient ». « Qu'en sera-t-il dans la patrie, dit-il encore, si déjà dans l'état de voie, Dieu accorde à l'àme une telle abondance de suavité? »

Dieu envoya à son fidèle serviteur un genre de martyre que celui-ci reçut avec reconnaissance et qu'il supporta avec une admirable sérénité. Il fut atteint de la maladie de la pierre, et il la considéra comme un purgatoire de choix, qu'il pouvait subir sur la terre, afin d'être délivré de celui qui l'aurait attendu après cette vie. Ainsi fut-il éprouvé comme l'or dans le creuset; mais « la violence de son amour surmontait la violence de sa douleur ».

Il souffrit, plusieurs annéees, de cette pénible maladie, toujours avec la même patience et la même résignation. Dans les derniers temps, le mal accéléra ses progrès. Sentant venir la mort, il demanda à plusieurs reprises aux frères qui étaient près de lui de faire retentir la tablette des mourants, afin que la communauté assistât à son dernier soupir; mais ceux-ci, ne croyant' pas les derniers moments venus, retardaient le signal. Gerlac, alors, résigné et calme jusqu'à la fin, ramena ses bras, croisa les mains, et inclinant la tête, rendit sa belle, àme à Dieu.

On était dans l'octave de la Saint-Martin de l'année 1411. Il n'était âgé que de trente-trois ans. Après des funérailles solennelles, son corps fut inhumé devant la porte du chœur.

Busch termine par ces mots sa notice sur Gerlac : « Après avoir vécu dans l'ordre pendant près de huit atinées, emporté prématurément, il a pourtant fourni une longue vie ' et il est entré avec gloire dans la joie éternelle du Seigneur. Maintenant que les yeux de son corps sont fermés à jamais, il vit cependant tous les jours encore pour nous dans le souvenir vivant de ses exemples et dans les livres qu'il a composés et qui nous invitent à marcher sur ses traces ».

Quels sont ces ouvrages auxquels Busch fait allusion ? Voici, d'après le Dr Moll, la liste des écrits de Gerlac Peters : 1° le Breviloquium; 2° deux lettres à Lubbe Peters, sa sœur; 3° le Soliloquium ; 4° le livre De libertate spiritus.

Le Breviloquium fut écrit alors qu'il n'était encore que clerc, c'est-à-dire quand il n'avait pas encore été admis dans les rangs des chanoines. On ne saurait dire s'il a été composé à Windesheim ou à Deventer. Gerlac n'avait pas vingt-cinq ans lorsqu'il l'écrivit. C'est le

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