‹ Le soliloque enflammé de Gerlac PetersChapitre 22 sur 161 · CHAPITRE QUATORZIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE QUATORZIÈME

Que de l'amour de Dieu provient pour l'homme la véritable sécurité.

Je vous rends grâces, ô ma lumière, lumière éternelle, lumière inaltérable, Rien suprême et immuable, en présence duquel je me tiens, comme un pauvre et humble serviteur! Grâces à vous ! voici que je vois, je vois la lumière qui luit dans les ténèbres.

— Et que vois-tu dans cette lumière '

— Je vois, ô mon Dieu, que vous m'aimez ardemment, et que si je demeure en vous, il est impossible que vous ne preniez pas soin de moi, en tout temps, en tout lieu, en toutes occasions ; vous ne pourriez pas davantage, je le vois, vous désintéresser de vous-même. Et vous vous offrez à moi sans aucune réserve, pour être tout mien, si de mon côté je suis tout vôtre. Et quand je vous appartiens ainsi, vous m'aimez de cet amour éternel dont vous vous aimez vous-même. Alors vous jouissez de vous en moi, et en retour, par votre grâce, j'y jouis de vous. Quand c'est là que j'aime, je n'aime pas autre chose que vous, parce que vous êtes en moi et que je suis en vous, dans une union si intime que rien jamais ne pourra la briser.

Lorsque nous aimons eu nos frères le 'bien et la vertu, n'est-ce pas vous que nous aimons, Seigneur, comme vous vous aimez en eux?

Si je demeure ainsi entièrement et intégralement en vous, il est aussi impossible que je périsse qu'il le serait que vous périssiez vousmême. Et dans cette union, je n'ai pas besoin de me détourner des créatures quelque viles et dépourvues de beauté qu'elles me paraissent, car toutes choses ont été créées excellentes; mais je dois me tenir dans ce juste milieu qui me permette de m'incliner vers elles sans attachement sensible et de m'en détourner sans regret et sans peine. •

Considérant dans cette lumière la partie inférieure de mon âme, je m'y vois environné de ténèbres épaisses et j'y suis en abomination à moi-même, au point de pouvoir à peine me supporter. Là je suis continuellement en butte aux opprobres de mes ennemis, assujetti comme je le suis à ces multiples empêchements, à ces soins inutiles qui me gênent trop souvent, et qui s'efforcent d'arriver à dominer même dans la partie supérieure, comme elles se réjouissent de posséder parfois la partie inférieure.

Mais voici que, me tenant en votre présence, ou plutôt étant en vous et non en moi, j'entends une voix qui vient à mon secours et qui dit à ceux qui me harcèlent et me troublent : « N'approchez point d'ici, car le lieu où il se tient en

moi esf un lieu saint et sacré': vous n'y avez nulle part, et vous ne pouvez y pénétrer. »

Et eux de répondre : « Qu'importe que nous ne puissions atteindre où il est ; combien de temps s'y maintiendra-t-il ? Nous le verrons bientôt retomber vers nous dans ces ténèbres qui lui sont familières et nous le posséderons comme autrefois. »

Jusques à quand, ô Seigneur, mes ennemis et les vôtres insulteront-ils à votre temple et au trône de votre gloire? Jusques à quand, Seigneur, mon âme devra-t-elle chercher à se défendre jour el nuit contre ces adversaires redoutables? Quand périront-ils tous pour ne plus se relever jamais? L'un dit : « C'est moi qui régnerai. » « Non, c'est moi », dit un autre. « C'est moi, dit un troisième, qui occuperai le premier la place. » Chacun de ces vains et indignes simulacres veut s'installer et régner dans votre propre royaume. O Seigneur, je vous en supplie, que ce Dagon* maudit qui s'est établi près de l'arche de votre Alliance éternelle, et ce qui est pis encore, hélas, qui s'est installé parfois sur l'arche même, soit précipité la face contre terre, et que, brisé et à jamais réduit h l'impuissance, il ne puisse plus reprendre la place qu'il avait usurpée. Que toutes les ido-

i. Exod.. m, 5.

■2. 1 Reg., v. 4- Dagon, dieu des Philistins.

les des péchés et des vices soient précipitées du troue de votre gloire, afin que vous y régniez seul et que je ne sois plus désormais cet être misérablement instable qui s'échappe incessamment et qui fuit loin de vous.

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