CHAPITRE QUINZIÈME
Que l'amour de la justice et de la vérité, et la recherche de la gloire de Dieu en toutes choses consistent à demeurer en la croix.
Celui qui demeure véritablement attaché à la croix du Seigneur, qui embrasse la croix, celui-là aime la justice et la vérité; il ne recherche en rien son avantage; il n'ambitionne aucun honneur, aucune gloire, ni pour le temps, ni pour l'éternité; mais en tout temps et en tout lieu, il ne recherche que la gloire de Dieu.
D'où il suit que si, par impossible, il y avait un plus grand honneur et une plus grande gloire pour Dieu à ce qu'il fût éternellement au fond de l'enfer1 plutôt que dans la gloire éternelle de Dieu et des anges, il ne pourrait, sous ce rapport,
• i. Dieu est la joie de l'âme et l'on est malheureux sans lui. L'àme ne peut pas désirer être séparée de Dieu. Quand les mystiques parlent d'aller avec indifférence même en enfer, si c'était la volonté de Dieu, ils expriment en réalité une impossibilité et ils supposent que s'ils étaient envoyés en enfer, Dieu y se-
vouloir autre chose, et il n'y sentirait intérieurement ni contradiction ni répugnance. Que s'il en est ainsi, bien mieux, puisqu'il en est ainsi en vérité pour les événements de la plus grande importance, combien plus pour les petites choses et les petits événements qui surviennent chaque jour, les embarras, les ennuis, les peines de corps et d'esprit, qui arrivent par la permission de Dieu. L'âme doit donc se dépouiller entièrement et à fond de la recherche du moi, et s'unir en tout à la volonté et à la disposition divine, et ne pas osciller d'ici de-là au vent des accidents : si elle s'arrête à ces accidents, si peu que ce soit, par un choix libre et une satisfaction personnelle, alors, en vérité, elle ne possède plus, elle ne goûte plus cet Être unique et immuable, pour qui est tout ce qui existe.
rait avec eux; mais alors, ce ne serait plus l'enfer. Cette nuance est bien indiquée dans Ruysbrœck et clans sainte Thérèse.
« La volonté de Dieu devient donc pour l'âme humble et aimante la joie suprême et ce qui lui agrée le plus spirituellement, alors même que, par impossible, elle descendrait en enfer. » (Ruysbrœck, L'ornement des Noces spirituelles, IIe Partie, ch. w, p. 176, traduction du flamand par les Bénédictins de Saint-Paul de YYisques.)
«... C'est le moment de s'abandonner totalement entre les bras de Dieu. Veut-il emporter l'âme au ciel? fort bien. En enfer? elle ira sans répugnance, en compagnie de son Souverain Bien. » (Sainte Thérèse, Vie par elle-même, ch. xvii.)