CHAPITRE DIX-SEPTIÈME
A quoi 1 homme spirituel, et surtout le religieux, quand il est à l'office divin, doit s'exercer.
En tout temps, en tout lieu et en toute occasion, mais surtout et principalement à l'office divin, je me tiendrai devant Dieu tout entier, sans rien lui soustraire, dans l'humilité du cœur et du corps, m'humiliant avec amour devant tout le monde, allant chercher mon refuge, comme un tout petit enfant, comme une pauvre petite brebis, comme un poussin errant et solitaire, sous la garde et sous les ailes du Seigneur Jésus.
Et puis, avec le plus grand respect je vivrai devant sa face, à visage découvert1 , sans agitation, sans trouble, l'âme dans la paix, dans la dignité et la gravité, tant au dedans qu'au dehors: au dedans, pour me mettre en garde contre tout assujettissement préjudiciable qui me viendrait soit des créatures, soit de quelque attache ou de quelque crainte exagérée, du souci de mes aises ou de l'appréhension des incommodités; au dehors, pour me prémunir contre la mollesse, l'inconstance, les occupations superflues, les
i. II Cor., m, 18.
distractions des sens. Et ainsi, l'âme refaite, et l'esprit en pleine possession de lui-même, je pénétrerai le sens et l'intelligence des Saintes Ecritures et des mystères.
Ma mémoire s'efforcera d'écarter ces multiples souvenirs qui ne seraient pas de saison, s'appliquant simplement et tranquillement à la besogne du moment, libre et dégagée de toute anxiété et de toute attache pernicieuse, écartant la prévision troublante des événements qui pourraient arriver; oublieuse d'elle-même, résignée totalement à la volonté de Dieu, en paix pour toutes choses : elle ne sera tourmentée ni par des désirs immodérés, ni par des appréhensions alarmantes. Ma raison, dégagée d'entraves, s'efforcera de suivre la sagesse éternelle, la vérité immuable, la justice, l'équité et la paix, ces divins attributs qui se montrent dans toutes les dispositions de la Providence, considérant et acceptant tout ce qui est et tout ce qui peut arriver, dans la vérité et la sagesse, c'est-à-dire dans leur véritable réalité. Enfin, la volonté ellemême, réformée, se donnera à toute occupation avec promptitude et joie.
C'est ainsi que l'âme doit s'efforcer de progresser chaque jour en Dieu, de se détacher d'elle-même, de se perdre tout à fait en lui pour ne se plus retrouver jamais, et d'arriver à cet anéantissement profond, à ce mépris entier de soi, qui la fait mourir à elle-même et à toutes
choses en Dieu, afin de ne vivre que de lui et d'opérer toutes choses par lui.