‹ Le soliloque enflammé de Gerlac PetersChapitre 42 sur 161 · CHAPITRE TRENTE-DEUXIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE TRENTE-DEUXIÈME

Qu'en deçà de Dieu, il n'y a rien qui puisse véritablement consoler l'âme.

Qu'il me baise d'un baiser de sa bouche "'. Que le Verbe, l'Époux m'unisse à lui, que sans cesse ia Sagesse s'engendre elle-même en moi, et alors il m'est indifférent d'être méprisé du ciel et de la terre et de tout ce qu'ils contiennent; je "ne saurais en être affecté. Mais si le Verbe me refuse son baiser, oh ! rien alors de ce qui n'est pas Dieu ne pourra me consoler; car quelle utilité pour l'homme dans tous ces événements qui arrivent dans le monde, et où Dieu n'est pas? A quelque haut degré que l'homme puisse s'élever, à quoi cela peut-il lui servir, quand ce n'est pas pour s'unir de plus en plus à Dieu par la vraie liberté intérieure? C'est elle qui le fait échapper à toute servitude étrangère et qui lui permet de contempler des yeux du cœur les choses intérieures, qui lui deviennent alors aussi apparentes, aussi familières, aussi promptes à saisir que

i. Voir la note du chapitre xv. — 2. Cant., 1, 1.

le sont, aux sens de la chair, les objets sensibles.

Si l'homme n'aime pas la pauvreté, l'abjection, la bassesse; si le monde ne lui est un fardeau et ne paraît vil à ses yeux; si devant toute chose, devant tout événement il ne sait pas se montrer dans la perfection, la maturité, la gravité voulues : grand est alors le détriment qui lui en revient, et je n'estime pas une paille tout ce qu'il pourra acquérir par ailleurs. S'il ne sent pas son détriment, c'est que des étrangers dévorent sa substance \ sans qu'il s'en aperçoive. Voici qu'il meurt et que le Seigneur l'appelle à l'instant devant lui; qu'est-ce qui pourra alors le servir, sinon son union en esprit et sa conformité avec Jésus?

Que notre vie soit donc comme un renouvellement incessant, quelque part que nous soyons, quelque rang que nous occupions, quelles que soient les conditions où nous nous trouvons, et en toutes circonstances.

Quand la face du Verbe se montre à nous, elle a tant de sainte jalousie et tant de force qu'elle consume en nous tout le moi, tout ce qui, en nous, est autre chose que le Verbe lui-même; elle nous rend si humbles et si petits que nous ne saurions nous humilier et nous abaisser audessous de toute créature, dans la mesure de nos désirs. Elle fait cesser en nous toute opéra-

i. Osée, vu, 9.

tîon étrangère, elle réclame impérieusement que nous répondions à ses avances, que la concordance parfaite s'établisse et qu'il y ait union entre elle et nous, dans cette participation d'ellemême. Chaque fois donc que le Père éternel parle ou engendre effectivement et sensiblement son Verbe en nous, il faut alors que notre âme et toutes ses puissances fassent silence et se reposent de leur opération, et demeurent là où elles sont alors et où elles doivent être.

Si l'on demande comment un tel homme se comporte parmi les événements et les accidents de la vie, qu'ils lui soient favorables ou non, et si son âme en subit les impressions, nous disons que non, parce que la lumière de la sagesse étant toujours avec lui, il sait mettre chaque chose où il veut, et le bien et le mal, chacun du côté qui lui revient.

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