‹ Le soliloque enflammé de Gerlac PetersChapitre 46 sur 161 · CHAPITRE TRENTE-CINQUIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE TRENTE-CINQUIÈME

Que le Seigneur Jésus doit être considéré sous un double aspect; comment l'amour aime à se répandre.

Tout ce qui commencera à charger le cœur tant soit peu, l'homme intérieur le mettra immédiatement sous le regard du Verbe, et il le verra s'évanouir. Qu'il s'accoutume ainsi à se défaire et à se débarrasser de bien des choses en un instant, mettant à leur place celles qui sont les plus épineuses et les plus embarrassantes, pour n'avoir pas à revenir, par manque d'ordonnance à tout ce qui le retiendrait en deçà de Dieu.

Ainsi son âme, toujours maîtresse d'ellemême, toujours au-dessus de la terre, demeurera constamment unie à Dieu, et sa vie se passera dans l'intimité de Jésus, notre amour. Là, infinie est la largeur, la longueur, la sublimité et la profondeur de toutes les choses désirables; là, l'Époux, Jésus, nous enseigne à vivre constamment en esprit et en vérité, et il nous invite

à regarder comment il n'est avec le Père qu'une seule essence éternelle, une seule puissance, une seule majesté, qu'il est la splendeur de la gloire paternelle et l'empreinte de sa substance, soutenant toutes choses par le verbe de sa puissance1 , dès le principe, Dieu auprès de Dieu, Celui par qui tout a été fait, hors de qui il n'y a rien rie désirable.

Il nous invite aussi à regarder, au-dessous de sa grandeur divine, sa glorieuse humanité, pleine de grâce et de vérité, pleine de bénédiction et de gloire, chef de tous les membres élus, notre réfection quotidienne et notre aliment. Il nous invite à boire en esprit et en vérité, pour nous nourrir intérieurement, son sang vivant qui coule avec tant d'abondance de son côté ouvert, d'où s'échappent pour nous tous les biens, afin que nous puissions nous-mêmes, en quelque sorte, nous identifiercomplètement avec lui.

Et nous serons remplis d'une telle abondance, d'une opulence tellement débordante, qu'avec Jésus, nous nous répandrons sur toute la création, de sorte que Dieu soit tout en tout. Nous désirerons que tous participent à la même richesse, parce que, du fond du cœur, et comme Dieu lui-même, nous devons désireret souhaiter tout bien à tous; de sorte que les biens que nous recevons de lui, nous désirions qu'ils devien-

i. Hebr., i. 2.

nent le bien propre de chacun, ce qui est aisé et' tout spontané à ceux qui aiment, parce que partout où est l'amour véritable, il n'est pas possible que cet amour ne se répande pas au dehors dans son besoin d'aimer. Rien, en effet, n'est plus conforme, plus propre à ce qui porte la ressemblance divine que de se répandre incessamment et de se communiquer à tous.

Il n'est aucun indice, aucun signe de l'union avec le Verbe plus évident que de vivre ainsi sans anxiété et dans la dilatation intérieure avec le Verbe, dans un amour commun' donnant tout, remplissant tout, avec Jésus, de façon qu'il n'y ait rien qui ne reçoive ce qu'il peut attendre. C'est ainsi, autant qu'il est en nous, que nous pouvons remplir le ciel et la terre et tout ce qu'ils contiennent, par notre amour, qui est Dieu.

Vivant en Jésus, nous avons en lui tous les élus rassemblés, nous les présentons et ies offrons, d'un cœur sincère et généreux, au regard du Père, comme une famille de choix, exposant les misères et les tribulations de tous en général, et de quelques-uns, selon les occasions, en particulier. Enfin, de tout cœur, et dans l'intensité de nos désirs, nous l'offrons lui-

i. Ce ternie d'amour commun ou universel, est emprunté à Ruysbroeck : Noces spir., 1. lï. ch. xxxvui et suiv. (tr. fi\, t. HT. p. 1 35 et suiv.;

même en esprit, en tout lieu, comme il s'est luimême offert à son Père. Et là, entre la divinité et l'humanité, l'esprit comme plongé dans cet intérieur de Jésus, nous trouvons paix sur paix et cet amour chaste qui nous fait attirer en nous tous les hommes et Jésus, et là nous les embrassons dans la simple vérité.

Unis à Jésus, il nous est alors facile de vaincre, de demeurer forts et inébranlables parmi tous les événements, quels qu'ils soient, parce que de là nous tenons à distance tout obstacle, tout ce qui n'est pas conforme à cet intérieur de Jésus. Portant avec égalité d'âme tout ce qui est empêchement ou contrariété, l'homme alors vojt tous ces obstacles se dissiper en fumée sous l'assurance de son regard intérieur. Arrivé là, on se sent porté à la bienveillance envers tous, envers ses ennemis comme envers ses amis, envers ses supérieurs, envers tous ceux avec qui l'on vit, prêt à céder toujours avec mansuétude aux impulsions d'autrui, et à supporter avec douceur leur manque d'égard envers nous.

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