XVIII PRÉFACE
une plus complète science des voies spirituelles. Tous, même ses confesseurs, se déclaraient ouvertement ses disciples et ses fils. Ils L'appelaient familièrement: Mamma, Maman. Elle les dirigeait. Aucun n'aurait rien voulu entreprendre de quelque importance sans avoir reçu ses conseils et sa bénédiction. Elle en fit des chrétiens admirables dont l'influence sur leur temps fut grande et heureuse. Plusieurs portent le titre de Bienheureux.
Elle exerçait sur eux une influence absolue. Elle le savait et, simplement, s'en servait pour les entraîner et en quelque sorte les forcer à devenir des saints. On trouvera dans les lettres de nombreux passages qui montrent que Catherine savait qu'elle? pouvait commander. « Je veux », répète-t-elle sans cesse. A la douceur des conseils et des exhortât' ons elle mêle l'énergie sévère des reproches. Aucun orgueil en tout cela, mais la parfaite simplicité d'une âme qui, voyant toutes choses sous la lumière surnaturelle, ne cherche que la gloire de Dieu, mais la cherche de toutes ses forces et en mettant à profit tous les moyens à sa portée.
Un de ses feunes disciples, encore aux débuts de sa conversion, avait profité, du voyage de Catherine à Avignon pour s'émanciper. « Lorsqu'elle revint d'Avignon, raconte-
t-il lui-même, j'avais repris mes vieilles habitudes. Cependant quand je revins la trouver, elle m'accueillit avec uns vive joie. . . Mais une de ses compagnes se mit à se lamenter sur ma faiblesse et à me faire des reproches. Catherine se contenta de sourire et de dire: « Soyez sans peine, ma sœur ; quelque chemin qu'il prenne, il ne m' échappera pas. Lorsqu'il se croira bien loin, je jetterai mon joug sur ses épaules si fortement qu% ne pourra jamais s'en débarrasser. »
C'était vrai. Son ascendant était irrésistible: un ascendant fait d'impérieuse volonté et d'ajfection exquise, et surtout d'une sainteté très rare.
Puisse, la chère Sainte, étendre cette douce et salutaire emprise sur les lecteurs de ses lettres et leur inspirer l'ardent amour du Christ et de l'Eglise dont elle avait enflammé ses fils spirituels.