LE FRÈRE RAYMOND A AVIGNON
/1« co#/'s de l'année 1375, à la suite de la déplorable administration des Légats pontificaux et aussi de malentendus, Florence, jusque-là toujours fidèle au Saint-Siège, se tourna contre Grégoire XI ; non contente de lui déclarer la guerre, elle souleva les Etats pontificaux et entraîna dans la révolte plus de quatre-vingt cités. L'Italie était en feu.
Catherine, qui avait vu venir l'orage et avait tout fait pour l'empêcher d'éclater, s'employa avec une activité inlassable à l'arrêter lorsqu'elle le vit ravager l'Italie et l'Eglise. Elle écrivit de tous côtés des lettres d'une éloquence adm:rable, particulièrement à Grégoire XI que les Florentins avaient indignement trompé. Afin d'arriver plus sûrement à apaiser le Pape justement irrité et à le décider au pardon, elle envoya à ta Cour pontificale le Frère Raymond
et quelques autres religieux qui arrivèrent à Avignon dans les débuts de 1376. C'est pour soutenu' leur courage au milieu de grosses difficultés et pour exciter leurs efforts qu'elle leur écrivit les quatre lettres suivantes.
On y verra que la lutte entre le Pape et l'Italie n'était pas le seul objet des soucis de Catherine. Elle s'occupait activement de ce qui lui tenait le plus à cœur, ta réforme de V Eglise. De plus, persuadée que le retour du Pape à Rome et la Croisade amèneraient presque nécessairement la fin des abus et la réconciliation des peuples chrétiens, elle ne cessait de travailler à ce retour et à la prédication de cette Croisade.
SAINTE CATHERINE DE SIENNt 25
Catherine adresse la lettre suivante au Frère Raymond, à Maître Jean le Troisième, ermite de Saint-Augustin (1) et aux autres de ses disciples qui avaient accompagné son confesseur à Avignon. Elle leur recommande avec instance l'union dans la charité, union qui sera source de joie et de force. Elle leur enseigne à garder une pleine confiance au milieu des persécutions et, pour leur montrer comment Dieu tire le bien du mal, elle raconte une de ses récentes visions.
Au nom de Jésus-Christ crucifié
ET DE LA DOUCE MARIE MES BIEN-AlMÉS FILS DANS LE CHRIST JÉSUS,
Votre misérable mère désire d'un désir ardent voir votre amour et vos cœurs cloués à la croix, unis et liés par ce lien qui
(1) Frère Jean Tantucci, Prieur des Ermites de Saint- Augustin, à Lecceto, surnommé le Troisième parce qu'il fut le troisième prieur du nom de Jean. D'abord hostile à Catherine, il devint un de ses ptus fervents disciples. Il était l'un des troi-< confesseurs munis par le Pape de pouvoirs extraordinaires pour absoudre tous les pécheurs convertis par Catherine. C'était un homme de grande science. Mort en lo91. il est honoré du titre de Bienheureux.
a lié et fixé Dieu en l'homme et l'homme en Dieu.
Mon âme désire voir vos cœurs et votre amour fixés dans le Verbe incarné, le doux Jésus, et si fortement que ni démons ni créatures ne puissent vous en séparer. Je n'en doute pas, si vous êtes unis au doux Jésus et enflammés de son amour, tous les démons de l'enfer avec toutes leurs malices seront impuissants à briser ce doux amour et cette union.
Je veux donc, et, si vous voulez être forts, il faut absolument que vous ne cessiez jamais d'alimenter le feu du saint désir avec le bois de la connaissance de vous-même. Ce bois nourrit le feu de la divine charité: et la charité s'obtient par la connaissance de l'ineffable amour de Dieu. Alors l'âme s'unit au prochain. Et plus elle jette au feu le bois de la connaissance de soi-même, plus augmente le foyer de son amour du Christ et du prochain. Demeurez donc cachés dans la connaissance de vous-même, ne sortez pas de vous, car Malatasca{\) vous emportant
(1) Malatasca signifie mauvais sac. Terme de mépris dont Catherine se servait pour désigner le diable. Saint Joseph du Copertino l'avait aussi adopté. Il semble que cette expression était en usage avant eux. On trouve dans l'Enfer du Dante des expressions semblables. Elles signifient que le ■ 1 é 1 1 1 o n est comme un sac
dans ses illusions si variées, vous exciterait les uns contre les autres pour vous ravir l'union de la divine Charité.
Je veux et j'exige que vous vous soumettiez les uns aux autres et que vous supportiez mutuellement vos défauts, à l'exemple de la souveraine et douce Vérité, Jésus qui a voulu être le plus petit et porter humblement toutes nos iniquités et nos défauts. Je veux que vous suiviez ce Modèle, mes fils bien-aimés. Aimez-vous. Aimez-vous. Aimez-vous les uns les autres. Réjouissez-vous, soyez dans l'allégresse, car la saison d'été approche.
En effet, le 1er avril, pendant la nuit, Dieu m'a tout particulièrement ouvert ses secrets et il m'a donné une telle révélation de ses merveilles que mon âme, comblée de délices ineffables, était comme séparée du corps. Très clairement et intimement il m'expliqua surtout le mystère de la présente persécution de la sainte Eglise, de sa rénovation et son exaltation futures; et il m'assura qu'il permet les épreuves actuelles pour la ramener à sa condition primitive.
La souveraine et douce Vérité rappelait
hideux, à la fois rempli de méchancetés contre nous et recueillant nos péchés pour les déverser devant Dieu au jour du jugement et obtenir notre condamnation.
deux paroles du saint Evangile: // est nécessaire que le scandale arrive dans le monde. . . Mais malheur à celui par qui arrive le scandale. (1)
Il voulait dire: « Ce temps de persécution, je le permets pour dégager mon Epouse des épines qui l'entourent de toutes parts; mais je ne permets pas les mauvaises intentions des hommes. Sais-tu ce que je fais? Ce que je faisais autrefois quand avec un fouet de cordes je chassais du temple vendeurs et acheteurs, irrité que Ton changeât la maison de Dieu en caverne de voleurs. Ainsi aujourd'hui: j'ai fait un fouet avec des créatures, (2) et avec ce fouet je chasse les marchands immondes, cupides, avares et enflés d'orgueil qui trafiquent des dons du Saint-Esprit. » En effet, avec ce fouet de la persécution des créatures il les chassait au dehors, et par la force des persécutions et des tribulations, il les arrachait à leurs moeurs déréglées et honteuses.
Le feu croissait en moi et j'étais dans l'admiration car je voyais les chrétiens et les infidèles entrer dans le côté du Christ crucifié; le désir et l'ardeur de l'amour me fai-
|l) S. Matth XVIIJ. 7.
(2) .. .avec des épreuves, des souffrances, la guerre, etc. .
saient aller avec eux et entrer aussi dans le Christ, le doux Jésus, en compagnie de saint Dominique, de Jean l'Unique (1) et de tous mes fils. Alors, il mettait sur mes épaules la croix et en mes mains l'olivier, comme je le désirais, et il me disait de les porter au peuple: «Va leur dire: je vous annonce une grande joie. »
De plus en plus enivrée et emportée dans l'ardente union de l'amour, mon âme se noyait dans la divine Essence avec les élus qui la goûtent en vérité. Et si grandes étaient ces délices que j'en oubliais le chagrin causé par le péché. « Oh ! heureuse et bienvenue faute!» m'écriai-je. (2) Et Jésus souriait: — « Il est donc bienvenu, demandait-il, le péché qui n'est que néant? Sais-tu pourquoi saint Grégoire a dit: heureuse faute? Sais-tu ce que tu dis et ce que disait saint Grégoire? »
Je répondais ce que lui-même me faisait répondre: « Je vois bien, mon doux Seigneur,
(1) Le texte dit ; Giovanni Singolare. Nous croyons qu'il s'agit du Frère Raymond lui-même que Catherine appelait parfois Jean. Le qualificatif Singolare exprimerait l'amitié de caractère unique qui les unissait. Cf. Légend. lProl.).
(2) Ainsi l'Eglise chante du péché originel : Oh ■' heureuse faute qui nous a valu un si grand Rédempteur
et je sais que le péché, n'est pas digne de bienvenue; ce n'est pas lui qui est bon et heureux, mais le fruit qui en sort. Sans doute saint Grégoire a voulu dire que c'est à cause du péché d'Adam que Dieu nous donna le Verbe, son fils unique, et que le Verbe en répandant son sang et en donnant sa vie nous rendit la Vie, avec un ardent amour. Ce n'est donc pas le péché lui-même qui est bienvenu, mais le fruit et la grâce qui nous viennent à cause de lui. »
Telle est, en effet, la vérité. Du péché des mauvais chrétiens, persécuteurs de l'Epouse du Christ, jailliront l'exaltation, la lumière et le parfum de vertu de cette Epouse.
Cette vue était si douce qu'il n'y avait aucune comparaison, me semblait-il, entre l'offense et l'immense bonté que Dieu témoignait à l'Epouse. J'étais dans la joie, j'exultais ; j'étais si enveloppée de certitude sur ces consolations à venir que déjà je les possédais et je les goûtais. Et je disais avec Siméon: 'Maintenant, Seigneur, laissez aller votre servante en paix, selon votre promesse. Si grands étaient les mystères produits en moi que la langue ne peut les dire, ni le cœur les comprendre, ni l'œil les voir.
Qui pourrait raconter les merveilles de Dieu? Non pas moi, pauvre misérable. Aussi je veux garder le silence et m'occuper seu-
SAINTE CATHERINE DE SIENNE 3l
lement de l'honneur de Dieu, du salut des âmes, de la rénovation et de l'exaltation de la sainte Eglise et avec la grâce et la force de l'Esprit-Saint persévérer jusqu'à la mort. Ce désir me poussait et me poussera à crier avec grand amour et compassion vers notre Christ de la terre et vers vous, Père, et vers tous mes chers fils. Je demandais et j'obtenais le succès de votre démarche. Réjouissezvous donc, réjouissez-vous, soyez dans l'allégresse.
O Dieu, doux Amour, hâtez- vous d'accomplir les désirs de vos serviteurs !
Je ne veux pas vous en dire davantage; et je n'ai rien dit. Angoissée je meurs de désir. Ayez compassion de moi. Demandez à la divine Bonté et au Christ de la terre que se donne vite le coup de balai. (1)
Demeurez dans la sainte et douce dilection de Dieu. Noyez-vous dans le sang du Christ crucifié. Que rien ne vous abatte. Soyez toujours plus courageux. Ré jouissez- vous, réjouissez-vous de ces précieuses fatigues. Aimez-vous, aimez-vous, aimez-vous les uns les autres.
Doux Jésus. Jésus Amour.
(1) La punition tl>'s mauvais pastenrs.
De loin, Catherine continue à s'intéresser à la vie intérieure, de ses fils autant qu'à leur mission diplomatique. La lettre suivante les excite à travailler à la fois au salut des âmes et à leur propre sanctification.
Le zèle des âmes, (ils l'apprendront à l'école de la croix, en suivant l'exemple de saint Paul, si ardent pour la gloire de Dieu et le salut de ses frères parce qu'il ne voulut connaître que Jésus crucifié.
La science de la sainteté, ils l'obtiendront par la connaissance de soi-même. Et c'est en Dieu que l'âme peut se connaître: la contemplation de la Divinité lui apprend ce qu'elle est en lui manifestant combien Dieu l'aime et désire la sanctifier.
En réponse à ;une lettre du Frère Raymond, Catherine raconte une vision qui lui a fait connaître des événements prochains et consolants.
En terminant elle parle avec tendresse de ses fils, tous pleins de ferveur et de zèle.
Au nom de Jésus-Christ crucifié et de la douce marie
Mon très cher Père et bien-aimé Fils dans le Christ Jésus, qui m'avez été donné par Marie, la douce Mère, (1)
Moi, Catherine, servante et esclave des
(1) C'est Nôtre-Daim' elle-même qui donna le H. Raymond comme confesseur a Catherine.
serviteurs de Jésus-Christ, je vous écris dans son précieux Sang, avec le désir de vous voir véritables fils et héraults du Verbe incarné, le Fils de Dieu, non seulement en paroles mais en œuvres, à l'exemple du Maître de vérité qui pratiqua la vertu avant de la prêcher. C'est à cette condition que vous porterez du fruit et que vous serez le canal par lequel Dieu répandra la grâce dans le cœur des auditeurs.
Sachez, mes fils, que la sainteté, la faim de la gloire de Dieu et du salut des âmes, nous ne l'obtiendrons jamais sans nous mettre à l'école du Verbe,- l'Agneau immolé et abandonné sur la croix. Là s'apprend la vraie doctrine. Il a dit: Je suis la Voie, la Vérité et la Vie. Personne ne peut aller au Père sinon par lui. Ouvrez l'œil de votre intelligence, tendez l'oreille et écoutez sa doctrine.
Regardez-vous vous-mêmes car vous \ ous trouverez en lui et vous le trouverez en vous. En lui vous vous trouverez, car par un amour tout gratuit il vous crée à son image et ressemblance. En vous, vous trouverez cette bonté de Dieu sans mesure qui lui a fait prendre notre ressemblance en unissant la nature divine à la nature humaine. Que nos cœurs se fendent, qu'ils éclatent dans la contemplation de ce prodige d'ardent amour: Dieu est greffé sur l'homme et l'homme sur
Dieu. O amour ineffable! Si l'homme savait l'apprécier, cela suffirait. Courez à cette douce école, mes fils. Ce tendre amour vous guidera et vous donnera la vie.
Ecoutez donc attentivement sa doctrine:
pauvreté volontaire, patience contre les injures; rendre le bien pour le mal, être humble, petit, foulé aux pieds, abandonné; subir les railleries, les outrages, les injures, les affronts, les calomnies, les murmures, les mauvais traitements, les persécutions du monde et des démons visibles et invisibles, et de notre propre chair corrompue, toujours en révolte contre Dieu et en lutte contre l'esprit. Oui, telle est sa doctrine: supporter avec patience, résister avec les armes de la haine et de l'amour. (1)
O douce et suave doctrine! Trésor qu'il a choisi pour Lui-même et laissé à ses disciples! Il ne pouvait leur léguer plus abondantes richesses. Si la divine Bonté avait
(1) La haine le .-soi, l'amour d<- Dieu. — La Sainte a expliqué au B. Raymond ce qu'elle entendaif par la sainte haine, o Plus une àmr a l'amour de Dieu, plus elle a de la sainte haine pour la partie sensitive, pour sa proprt- sensualité. Car l'amour de Dieu, engendre naturellement la haine des fautes commises contre Dieu. Or L'âme voit la concupiscence, foyer et source de toute faute, régner et plonger ses racines dans la partie sensitive. Dès lors elle se sent prise d'une grande haine, d'un<- sainte haine contre cette vie des sens,
regardé les délices, jouissances et plaisirs de l'amour-propre ou les vanités et frivolités du cœur comme des biens, Elle les aurait pris pour Elle-même. Mais la sagesse du Verbe incarné ayant vu que cette doctrine contient la meilleure part, il l'aima et s'en revêtit. Ses serviteurs et ses fils suivent les traces de leur Père.
Je ne veux donc pas que l'ignorance de cette doctrine vous fasse abandonner cet agréable et doux chemin, ni sortir de cette aimable école. En vrai fils, enveloppez-vous de ce vêtement et faites-le adhérer si étroitement à votre chair qu'il ne vous quitte qu'avec la vie: alors tombera le vêtement de douleur et nous demeurerons enveloppés du vêtement de joie; nous mangerons à la table de l'Agneau le fruit qui récompense le labeur.
Ainsi Paul, le doux hérault, se revêtit de Jésus crucifié et fut dépouillé des douceurs de la contemplation de la divine Essence. Il se revêtit du Christ-Homme, c'est-à-dire des opprobres et des souffrances de Jésus cru-
el, met tous ses efforts, non pas à la tuer, mais à arracher le foyer de corruption qui y est enraciné. Gela ne peut se faire sans une grande et longue guerre à la sensualité elle-même. De plus, il n'est pas possible qu'il ne reste quelques racines capables au moins de produire des fautes légères. Nouveau motif pour l'âme d'avoir ce déplaisir de soi. . . Rien n'assure autant la sécurité et la force d'une àme que cette sainte haine. » I Légende, 1. 10).
cifié. Il ne voulut pas d'autres joies: Je ne veux me glorifier, disait-il, que dans la croix de Jésus crucifié. (1) Et il l'aima tant que luimême disait à une de ses servantes: «Ma douce fille, les liens de l'amour m'ont si étroitement uni à la Croix que jamais l'union n'a été brisée, pas même relâchée, sinon à la mort. »
Manifestement le doux Apôtre avait étudié cette doctrine et il la possédait si parfaitement qu'il prenait ses délices à se nourrir des âmes. Il les attirait comme l'éponge attire l'eau. Sur la voie des opprobres, il trouve l'ineffable Charité qui pousse Dieu à aimer ses créatures d'un amour souverain; il voit que le Christ ne veut qu'une chose: glorifier son Père, nous sanctifier, nous sauver, et que pour l'accomplir II se livre à la mort. Paul s'empare de cette doctrine, la fait sienne et s'emploie aussitôt à donner à Dieu la gloire et km prochain le dévouement. Hérault courageux de la Vérité, il l'annonce avec un zèle empressé. Devenu vase de dilection, rempli d'un feu sacré, il répand la parole de Dieu.
Tel est aussi le désir de mon âme: j'ai désiré d'un très vif et brûlant désir de faire cette Pâques avec vous, je veux dire de voir
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mon désir accompli et consommé. Qu'elle sera heureuse, mon âme, lorsque je vous verrai, vous plus que tout autre, fixé et affermi en Jésus crucifié, vous nourrir et vous rassasier de la nourriture de l'âme! L'âme ne se voit pas par elle-même, mais par Dieu, et elle voit Dieu par Dieu, en tant qu'il est la souveraine Bonté digne de notre amour. Contemplant en elle-même l'effet de l'amour infini et voyant l'image de la créature, elle trouve Dieu en son image. Cet amour que Dieu lui porte, elle le voit s'étendre à toute créature et cela la force aussitôt à aimer le prochain comme soi-même puisque Dieu l'aime souverainement. Elle se regarde dans la source qui sort de l'océan de l'Essence divine. Son désir la dispose à s'aimer en Dieu et à aimer Dieu en elle, comme celui qui, contemplant sa propre image dans l'eau d'une fontaine, se plait à lui-même et se réjouit. S'il est sage, avant lui-même il aimera la fontaine qui lui permet de se voir, de s'aimer et, en les lui montrant, de corriger les défauts de son visage.
Pensez-y, mes très doux fils, nous ne connaîtrons pas notre dignité et les défauts qui corrompent la beauté de notre âme, sinon en plongeant nos regards dans l'océan de paix de l'Essence divine dans lequel nous nous retrouverons. Nous en sommes sortis
lorsque la Sagesse de Dieu nous a créés à son image et ressemblance. Là nous contemplons l'union du Verbe greffé sur notre humanité; nous contemplons et nous goûtons sa charité, foyer ardent, qui le poussa à nous donner à nous-mêmes, puis à unir le Verbe à nous et nous au Verbe revêtu de notre nature. Cette charité est le lien puissant qui l'attacha et le cloua à la croix. Tout cela, nous le verrons en nous contemplant dans la Bonté divine. Le seul moyen, pour savourer Dieu et le voir face à face dans la vie qui ne passe pas, est de le savourer d'abord en cette vie par l'amour et le désir.
Ce n'est pas en étant utiles à Dieu que nous pouvons donner une preuve de notre amour, car il n'a pas besoin de notre bien ; mais il est possible et nécessaire d'en donner une démonstration en nos frères, en cherchant en eux la gloire et l'honneur du nom de Dieu. Ainsi donc plus de négligence; ne nous endormons pas dans l'ignorance. Hardiment élargissons notre cœur en de doux désirs pleins d'amour. Donnons à Dieu la gloire et au prochain le dévouement, sans jamais nous séparer de l'objet de notre amour, Jésus crucifié. Il est le mur sur lequel vous devez vous appuyer pour regarder dans la fontaine. Courez, courez à lui. Cachez-vous dans les plaies de Jésus crucifié.
Réjouissez-vous, réjouissez-vous ! Soyez dans l'allégresse: bientôt le printemps va faire épanouir ses fleurs parfumées. Ne vous étonnez pas si vous voyez d'abord arriver le contraire, mais gardez-en plus que jamais l'assurance.
Hélas! hélas! que mon âme est malheureuse ! Si je consens à demeurer ici -bas, c'est dans l'espoir d'être égorgée pour la gloire de Dieu et de répandre mon sang dans le champ mystique de la sainte Eglise. Hélas! Hélas! je meurs et je ne peux mourir. Je n'en puis dire davantage. Pardonnez, Père, mon ignorance. Qu'il éclate, votre cœur, qu'il se consume devant un tel foyer d'amour!
Je ne vous dis rien de ce que Dieu a fait ni de ce qu'il fait: ni la langue ni la plume ne le pourraient exprimer.
Vous m'avez écrit de me réjouir et d'être dans l'allégresse; en effet, vos nouvelles m'ont donné une singulière joie. Le lendemain de notre séparation, la souveraine et douce Vérité, l'Epoux éternel voulut faire pour moi ce que font le père pour sa fille et l'époux pour l'épouse: ils ne peuvent supporter qu'elle ait le moindre chagrin et inventent sans cesse pour elle de nouveaux motifs de joie; ainsi a fait le Verbe, souveraine éternelle et très haute Piété : Il m'a tant comblée de joie que les membres même de
mon corps se sentaient dissoudre et fondre comme la cire dans le feu. Mon âme faisait alors trois stations: une avec les démons, dans la connaissance de moi-même et au milieu des luttes, menaces et mauvais traitements qu'ils m'infligeaient sans cesser un instant de frapper à la porte de ma conscience. La haine me faisait dresser et descendre en enfer, avec le désir de vous faire une sainte confession. Mais la divine Bonté me donnait plus que je ne désirais. C'était vous que je demandais: c'est lui-même qu'il me donna. Il m'accorda l'absolution et la rémission de mes péchés et des vôtres. Il me rappela les leçons données en d'autres temps. Il m'enveloppa d'un grand feu d'amour et inonda mon âme d'une paix et d'une pureté inexprimables.
Pour mettre le comble à mon bonheur, il me fit habiter avec le Christ de la terre. J'allais comme on va par un chemin; il me semblait que c'était le chemin de la souveraine Majesté, la Trinité éternelle, où l'on reçoit une lumineuse et ineffable connaissance de la Bonté divine. Je voyais les choses à venir. J'allais en m'entretenant avec ceux qui goûtent Dieu en vérité (1) et avec la
(1 Les
famille du Christ de la terre. Je voyais arriver des événements pleins d'une joie nouvelle et de paix, et j'entendais la voix de la souveraine et douce Vérité: «Ma fille, disait-elle, loin de mépriser les vrais et saints désirs, c'est Moi qui les satisfaits. Courage donc et sois un fidèle et généreux instrument pour annoncer la vérité: je serai toujours avec vous. » Il me semblait voir le triomphe de notre archevêque. Et lorsque votre lettre m'a annoncé que c'est fait, vous avez ajouté de la joie à ma joie.
O mon doux fils, je vous fais voir l'obstination et l'endurcissement de mon cœur pour que vous en demandiez vengeance et justice: il n'éclate pas, il ne se brise pas devant tant d'amour !
Chose admirable, ces trois dispositions, au lieu de s'exclure, se fortifiaient mutuellement. De même que le sel aide l'huile à assaisonner les aliments, ainsi mes rapports avec les démons en augmentant l'humilité et la haine, et mes rapports avec la sainte Eglise en excitant le désir et l'amour m'aidaient à demeurer avec les élus qui goûtent Dieu en vérité et à le goûter avec eux (1).
(1) Les trois stations sont donc l'une en enfer avec les démons, l'autre avec l'Eglise militante, la troisième avec l'Eglise triomphante.
Je n'en puis dire davantage. Songez que mon cœur éclate et ne peut éclater.
Voici des nouvelles de mon père, le frère Thomas (2): par la grâce de Dieu, sa vertu a triomphé du démon. C'est un tout autre homme qu'autrefois. Son cœur se repose dans un tendre et ardent amour. Je vous prie de lui écrire de temps en temps en lui manifestant votre âme. Mettez-vous en fête: mes fils perdus sont retrouvés et rentrés au bercail, ils ont échappé aux ténèbres. Tous maintenant vivent selon mes désirs.
Votre indigne fille Catherine demande votre bénédiction. Je vous recommande tous mes fils et mes filles; prenez bon soin que le loup infernal ne m'en ravisse aucun. Je crois que Néri viendra ici, car il me semble bon de l'envoyer à la Cour. (3) Dites-lui ce qu'il faudrait faire pour remettre en paix ces membres pourris révoltés contre la sainte Eglise. Je ne vois pas de plus doux remède pour pacifier l'âme et le corps. De tout cela
(2) Le P. Thomas délia Fonte avait été le premier confesseur de Catherine qui s'attacha à le l'aire parvenir d'une vie médiocre à la perfection.
(M) Elle appelait Avigaon la Cour, par opposition à Rorne qu'elle nommait toujours le Siège.
et ide tout ce qui sera nécessaire occupezvous avec soin, toujours pour le seul honneur de Dieu. Cependant, malgré ce que je vous dis, faites ce que Dieu vous inspirera et qui vous paraîtra le meilleur, de l'envoyer ou non.
Demeurez dans la douce et sainte dilection de Dieu.
Doux Jésus. Jésus Amour.
Les difficultés étaient grandes pour le B. Raymond et ses compagnons : il y avait à la Cour pontificale un puissant parti qui, exploitant avec habileté les torts trop réels des Etats italiens, poussait à la guerre et décidait le Pape à envoyer contre ses ennemis les terribles Bretons à sa solde. Catherine écrit à ses fils de ne pas se décourager, d'exposer courageusement au Pape toute la vérité et de ne pas hésiter parce qu'ils ne disposent pas de moyens humains : Dieu est avec eux. Puis, en quelques mots d'une émotion poignante, elle dit sa douleur des malheurs de l'Eglise et son ardent désir de la paix.
Au nom de Jésus-Christ crucifié et de la douce marie
Père très cher dans le Christ, le doux Jésus,
Moi, Catherine, servante et esclave des serviteurs de Jésus-Christ, je vous écris dans son précieux Sang, avec le désir de vous voir devenir un vase de dilection, porter avec feu et annoncer avec ardeur la vérité, semer en toute créature la semence de la parole de Dieu, maintenant surtout auprès de notre doux Christ de la terre.
A l'œuvre donc, Père et Fils très chers! Allez comme des héraults, pauvres mais por-
tant avec eux les richesses de la foi et de l'espérance, la force et les liens de la charité. Souvenez-vous de cette parole de la douce Vérité première: «Tu enverras tes fils comme des agneaux au milieu des loups. Qu'ils avancent sans crainte: je sera: avec eux. Si l'aide des hommes leur fait défaut, l'aide divine sera avec eux toujours. » O mon Père, ô mes fils, peut-on désirer une autre consolation, un autre secours? Qui se laissera choir dans la crainte? Celui qui manque de confiance, mais non point celui qui meurt de la faim de l'honneur de Dieu et du salut des âmes: celui-ci, le feu de la charité divine l'embrasera et il sera enveloppé, noyé et consumé dans le sang de l'Agneau immolé.
Hélas! Hélas! combien malheureuse est mon âme! Je meurs et je ne puis mourir. Mon cœur se fend, mes os se disjoignent, parce que le temps désiré ne vient pas. Il ne me suffit pas que la suprême Vérité commence à faire épanouir des fleurs: on ne vit pas de fleurs mais de fruits. O mon Père, ô mes fils, je vous en prie, portez secours à ma misère, car je meurs de faim. Priez la douce Vérité suprême qu'elle nous donne des fruits sans plus tarder.
Je termine. Demeurez dans la sainte et douce dilection de Dieu.
Doux Jésus. Jésus Amour.
Les choses se gâtaient à Avignon. Loin de se prêter à la paix, Florence continuait à soulever les Etats pontificaux et ses envoyés prononçaient devant le Pape des discours insolents. Les chances de paix diminuaient chaque jour.
Catherine écrit au Frère Raymond de ne se laisser troubler par aucun insuccès. De même que les vertus s'acquièrent à l'occasion du défaut contraire, la paix sortira de la guerre. Elle veut que ses fils demeurent confiants dans les pires circonstances et elle s'accuse d'être la cause de leurs épreuves. En terminant, elle charge le Frère Raymond de demander au Pape son prompt retour à Rome.
Au nom de Jésus-Christ crucifié et de la douce marie
Mon Révérend Père dans le Christ, le doux Jésus,
Moi, Catherine, servante et esclave des serviteurs de Jésus-Christ, je vous écris dans son précieux Sang, avec le désir de vous voir, vous et mes autres fils, revêtus de ce vêtement nuptial (1) qui couvre toutes nos nudités. Ce vêtement est une arme qui empê-
(1) La charité.
che de devenir mortels les coups de notre ennemi, le démon; il nous fortifie et rend impuissantes les attaques du démon, du monde jet de la chair en révolte contre l'esprit. Sur ce vêtement de la très ardente charité, loin de nous être nuisibles ces coups seront des pierres précieuses et des perles.
Que serait l'âme qui n'aurait pas à supporter les labeurs variés et les tentations si diversement accordées par la Providence ? Elle n'aurait qu'une vertu incertaine, car la vertu s'éprouve par son contraire.
C'est par son contraire que s'éprouve et s'acquiert la pureté, c'est-à-dire par les tentations d'impureté. L'homme livré au vice impur n'a pas besoin de subir l'épreuve des pensées immondes; mais celui dont la volonté se préserve des consentements pervers et dont le cœur reste pur de toute tache dans le saint désir de plaire au Créateur, celui-là, le démon, le monde et la chair l'attaquent. Ainsi toute chose est vaincue par son contraire.
C'est par l'orgueil que s'acquiert l'humilité. S'il est tourmenté par la superbe, aussitôt l'homme s'humilie et se reconnaît plein de défauts et d'orgueil. Sans cette tentation il ne se serait pas si bien connu. Ainsi humilié et révélé à lui-même, il conçoit une telle haine de lui-même qu'il se réjouit et qu'il
exulte de toutes peines et injures à soutenir. Preux chevalier, il ne craint pas les coups, mais plutôt il se juge indigne de ce qu'il regarde comme une grande grâce, de peiner, d'être tenté et persécuté pour Jésus crucifié, car il est animé de la haine de soi-même et de l'amour de la vertu.
Vous le voyez, ce n'est pas le moment de fuir ni de se lamenter, quand nous sommes dans les ténèbres, car c'est des ténèbres que nait la lumière.
O Dieu, doux Amour! qu'elle est douce votre doctrine! La vertu s'acquiert par ce qui lui est contraire! De l'impatience nait la patience: l'âme poursuivie du vice de l'impatience devient patiente par l'effet des injustices subies; elle se fait impatiente contre l'impatience; ce qui l'attriste, c'est de s'attrister. Et ainsi par les choses contraires lui vient la perfection méritée. Sans s'en apercevoir, elle se trouve arrivée à la perfection au milieu des tentations et des tempêtes. Il n'y a pas d'autre voie pour gagner le port de la perfection.
Réfléchissez à ceci: l'âme ne peut recevoir ni désirer la vertu si elle ne désire pa6 supporter persécutions et tentations avec une vraie et sainte patience pour l'amour de Jésus crucifié. Il faut donc se réjouir dans les lut-
tes, les peines et les ténèbres, puisqu'elles sont la source de tant de vertu et de joie.
O mon fils, vous que m'a donné Marie, la douce Mère, je ne veux pas que votre âme se laisse décourager ni troubler par aucune peine, mais je veux que vous conserviez cette bonne et sainte et véritablement fidèle volonté que la miséricorde de Dieu vous a donnée, je le sais. Je sais que vous préféreriez la mort à un péché mortel. Aussi je veux que des ténèbres jaillisse, sans troubler votre bonne volonté, la connaissance de vous-même et la connaissance de la Bonté infinie et de l'ineffable Charité divine. Cette connaissance fortifie et engraisse notre âme.
C'est par l'amour que Dieu vous conserve une volonté bonne et qu'il ne la laisse pas courir, en consentant aux faux plaisirs, à la suite des pensées du démon. C'est par amour qu'il permet sur vous, sur moi et ses autres serviteurs ces nombreuses épreuves et ces tentations du démon, du monde et de la chair. Il n'a qu'un but: nous soulever de la négligence et nous mener au zèle parfait, à la vraie humilité, à une charité très ardente. Humilité qui nait de la connaissance de soimême, charité qui jaillit de la connaissance de la divine Bonté: là, l'âme s'enivre et se consume d'amour.
Réjouissez-vous, Père. Soyez dans l'allé-
gresse. Prenez courage. Pas de crainte servile. Ne redoutez rien ni du passé ni de l'avenir. Soyez fort. La perfection est près de vous. Répondez au démon que la vertu n'a pas opéré en vous par moi, puisqu'elle n'était pas en moi, mais par le don de l'infinie bonté et miséricorde de Dieu. Par Jésus crucifié vous serez capable de tout. Agissez toujours avec une foi vive. Ne vous étonnez pas si des obstacles surgissent contre vos desseins. Courage, courage, car la souveraine et douce Vérité a promis de remplir en vous votre désir et le mien.
Que votre ardent désir vous immole avec I l'Agneau immolé et consumé. Reposez-vous sur la croix avec le Christ crucifié. Prenez vos délices dans le Christ crucifié. Rejouissez-vous dans les peines. Saturez-vous d'opprobres avec le Christ crucifié. Greffez votre cceur et votre amour sur l'arbre de la très sainte croix qui porte le Christ crucifié. Dans ses plaies fixez votre demeure.
Pardonnez-moi d'être l'instrument de vos peines et la cause de votre imperfection. Si j'étais un instrument de vertu, vous sentiriez, vous et les autres, le parfum des vertus. Je ne dis pas cela pour vous faire de la peine car votre peine serait la mienne, mais afin que, vous et mes autres fils, vous aviez compassion de ma misère. J'espère, j'ai la certi-
'tude par la grâce de l'Esprit-Saint, que Dieu arrêtera tout ce qui est en dehors de sa volonté.
Pauvre misérable, je suis dans mon corps et par un continuel désir je suis hors de mon corps. Hélas ! doux et bon Jésus ! Je meurs et je ne puis mourir; mon cœur se brise et ne peut achever de se briser, car je désire la rénovation de la sainte Eglise pour l'honneur de Dieu et le salut de toute créature; je désire vous voir, vous et les autres, revêtus de pureté, brûlants et consumés des flammes de la charité.
Dites au Christ de la terre de ne plus me faire attendre. Lorsque je verrai ce que je désire, je chanterai avec le doux vieillard Siméon: Maintenant, Seigneur, laissez aller en paix votre servante, selon vos promesses. 0)
(1) Depuis longtemps, Catherine suppliait Grégoire XI de rétablir la Papauté à Rome. Vers le même temps, elle écrivait au Pape lui-même : « Venez, venez, ne résistez plus à la volonté de Dieu qui vous réclame. Vos brebis affamées attendent que vous veniez reprendre et occuper possession et occuper la place de votre prédécesseur et chef, l'apôtre Pierre. Connue Vicaire du Christ, c'est votre devoir de vous tenir à la place qui est la vôtre. Venez donc, venez sans plus tarder. Courage, ne craignez rien : Dieu sera avec vous. » (Lettre 196).
Je jn'arrête, mais si je suivais mon désir, je recommencerais.
Faites que je vous voie et que je vous sente tous liés et cloués avec le Christ, le doux Jésus et si fortement que ni démons, ni créatures ne puissent jamais rompre ces liens si suaves. Aimez-vous, aimez-vous les uns les autres.
Demeurez dans la sainte et douce dilection de Dieu.
Doux Jésus. Jésus Amour.
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Les efforts du Frère Raymond et de ses compagnons n'eurent pas le succès désiré. Florence agissant avec mauvaise foi, Grégoire XI lança l'interdit contre la cité rebelle. L'effet fut terrible contre les Florentins : outre la suppression du culte, c'était la mise hors le droit commun, la ruine de leur commerce et de leur crédit. C'est alors que Florence fit appel à Catherine pour servir de médiatrice entre le Pape et les Etats italiens. Catherine accepta l'extraordinaire mission et partit pour Avignon en qualité d'ambassadeur officiel de la République. Elle arriva auprès du Pape le 18 juin 1376 et retrouva le Frère Ravmond.
Catherine ne réussit pas en ce moment à rétablir la paix à cause de la duplicité des Florentins. Mais elle eut le bonheur de décider le Pape à revenir à Rome. Il fallut toute son éloquence et l'ascendant irrésistible de sa sainteté pour obtenir cette décision du faible Grégoire XI malgré l'opposition du roi de France et de toute la Cour pontificale. En obtenant ce rétablissement du Siège apostolique à Rome, que Dante, Pétrarque et tant d'autres avaient si souvent et si inutilement demandé, Catherine se plaça au rang des grands bienfaiteurs de l'Eglise. (1)
(1) Les historiens italiens ont manifestement exagéré les inconvénients de ce quils appellent « la captivité de Babylone». Les Papes étaient aussi libres à Avignen qu'ils ne le furent souvent à Rome sous les menaces des potentats italiens ou sous la domination des empereurs teutons. Il n'en est pas moins vrai que la place du successeur de saint Pierre est à Rome et que sainte Catherine accomplit une grande œuvre en ramenant Grégoire XI sur son Siège.