‹ Le soliloque enflammé de Gerlac PetersChapitre 59 sur 161 · ET DE LA DOUCE MARIE · texte numérisé non relu

ET DE LA DOUCE MARIE

Père très cher et très doux, Fus négligent ET INGRAT DANS LE CHRIST, LE DOUX

Jésus (1).

Moi, Catherine, servante et esclave des serviteurs de Jésus-Christ, je vous écris dans son précieux Sang, avec le désir de vous voir plein de zèle pour acquérir et conserver la vertu, car, sans zèle, l'âme est aussi incapable de l'acquérir que de la conserver. . Qu'est-ce qui remplit le coeur de zèle? l'amour. C'est lui qui pousse le cœur à aller là où s'acquiert la vertu. Le défaut de zèle dans une âme prouve donc qu'elle est vide d'amour. Il faut aimer fortement et franchement, sans recherche de soi-même ou de quelque créature raisonnable. Mais comment avoir ce précieux amour? En ouvrant l'œil de l'intelligence pour voir et comprendre combien Dieu nous aime. Et comment obtenir cette connaissance de l'amour de Dieu? En nous laissant mener par l'amour dans la

(1) Elle écrivit de même à Doni Jean Sabbatini : « Père 1res cher et bien aime, par respect pour le sacrement .lu corps adorable du Fils de Dieu, je vous dirai et vous appellerai aussi mon fils, car. par de continuelles prière* et mes désira, je vous enfante devant Dieu comme une raere enfante son fils »

cellule de la connaissance de soi-même car la connaissance de nous-même nous fait concevoi • et la haine contre notre sensualité et l'amour pour Dieu qui nous porte une charité ineffable, charité que l'âme découvre en elle-même.

Alors, le cœur stimulé par un désir de feu, le chrétien se lève et s'en va, cherchant le plus parfait moyen d'employer le temps toujours si précieux, puisqu'il nous permet d'amasser un trésor ou de le dilapider suivant notre bon plaisir. Il voit qu'un seul chemin mène à la vertu véritable: la charité envers le prochain, laquelle jaillit de la connaissance de Dieu car dans la Bonté divins on voit clairement que l'Amour sans mesure s'étend non seulement à nous-même mais à toute créature raisonnable, aux amis et aux ennemis

Il est vrai, on aime tel plus que tel autre parce qu'en lui on peut aimer la vertu. Celui qui est vertueux, on l'aime et par amour de la vertu et parce qu'il est créature de Dieu. Le pécheur inique et injuste, on l'aime parce que Dieu l'a créé et pour qu'il sorte du vice et vienne à la vertu. Ainsi on se nourrit des âmes pour la gloire de Dieu. Afin de les arracher aux mains du démon on se livrerait à la mort; par zèle on se vole le temps à soi-même, c'est-à-dire on se refu-

se le temps de jouir de quelques consolations, anciennes ou nouvelles, et l'on donne tout au prochain. C'est pourquoi à une servante de Dieu qui s'écriait: « Mon Seigneur, que voulez-vous que je fasse? » il fut répondu: «A moi donne la gloire et au prochain tes labeurs. »

Quels labeurs? Ceux du corps et de Fâme. Et qu'est-ce que les labeurs de l'âme? Offrir de saints désirs, des prières saintes, humbles et continuelles (1) faites avec allégresse pour les vertueux, avec douleur pour les morts qui gisent dans le péché mortel ; supporter avec une vraie patience les scandales, calomnies et plaintes des méchants; ne ralentir pour aucun motif l'ardeur de la prière et du désir, de la faim et du zèle de leur salut. C'est ainsi que l'âme devient

(1) Qu'est-ce que la prière continuelle d'après sainte Catherine? «La prière continuelle, que toute créature raisonnable est obligée de faire, est le feu du bon désir, alimenté par l'amour de Dieu et du prochain, qui fait accomplir pour l'honneur de Dieu toutes les œuvres en soi et dans les autres. Ce désir prie toujours parce que le zèle de la charité s'élève sans cesse devant le Créateur, en quelque lieu que l'homme soit et quoi qu'il fasse. » (Lettre à Frcuiçois Tebaldi). — « L'intelligence doit toujours s'appliquer à connaître son néant, la bonté de Dieu pour l'homme et la grandeur pour Celui qui seul est véritablement. La prière continuelle n'est autre chose qu'un saint désir et un doux mouvement d'amour qui suit l'intelligence. » ( Lettre à Martin de Passignano).

conforme au Christ crucifié, en mangeant cette nourriture sur la croix du désir, croix de douleur et d'angoisse bien plus dure pour le Christ que celle où fut cloué son corps.

Dieu demande en outre pour le prochain les labeurs du corps. Il veut que notre corps se fatigue en lui rendant tous les services possibles, en endurant les incommodités et les peines. Parfois, Dieu permet que nous ayons à supporter des autres la violence, la faim, la soif et beaucoup de persécutions, à la suite des saints martyrs qui eurent tant à souffrir. Mais trop grande encore est notre imperfection pour que nous soyions dignes de l'immense bonheur d'être persécutés pour le Christ.

Voilà comment il faut donner au prochain fe dévouement et à Dieu l'honneur, comment il faut accomplir toutes choses pour la gloire et la louange du nom de Dieu si nous ne voulons pas que nos œuvres soient stériles en fruits de vie et que déjà en ce monde nous ayons l'avant-goût de la mort éternelle. (1) Dans la connaissance de Dieu

(1) Ceux qui demeurent dans l'amour-propre ont un avant-goùt de l'enfer, car ils deviennent insupportables à eux-mêmes en s'aimant d'une manière déréglée ainsi que les créatures. » (Lettre à Dora Jean de Vallombreusej.

concevons l'amour qui nous fera chercher sa gloire et le salut des âmes, et donnons la preuve de cet amour dans nos rapports avec le prochain en pratiquant la patience- O Patience, que tu es aimable! O Patience, de quelle espérance tu remplis ceux qui te possèdent! O Patience, tu es reine, toujours maîtresse, jamais servante de la colère! O Patience, tu fais justice de la sensualité lorsque la colère lui fait lever la tête: tu portes avec toi un glaive à deux tranchants, le glaive de la haine et de l'amour, avec lequel tu frappes et déracines la colère et l'orgueil, et aussi la moelle de l'orgueil, l'impatience. Le soleil est ton vêtement, éclatant de la lumière de la vraie connaissance de Dieu, brûlant de la chaleur de la charité divine et dont les rayons, tombant sur ceux qui te persécutent, allument des charbons ardents d'un feu que la charité enflamme et qui brûle et consume la haine de leur cœur. Oui, douce Patience née de la charité, c'est toi qui produis du fruit dans le prochain et qui glorifies Dieu. Il est semé d'étoiles, ton vêtement: ce sont les diverses vertus, car tu ne peux habiter une âme, ô Patience, sans faire briller les étoiles de toutes les vertus dans cette nuit de la connaissance de soi-même qui ne paraît éclairée que d'une lumière lunai-

re. Et après cette nuit de la connaissance de soi-même se lève le jour avec la lumière et la chaleur du soleil, ton vêtement, ô Patience.

Qui ne s'éprendrait d'amour pour une aussi douce chose que la Patience? Qui n'aimerait souffrir pour le Christ crucifié?

Souffrons-donc, Père très cher et très doux. Ne perdez pas le temps. Tâchez à vous connaître vous-même pour que cette reine soit l'hôte de votre âme: sa présence vous est bien nécessaire. C'est le moyen de monter sur la croix avec Jésus crucifié et d'y partager sa nourriture. Voilà à quoi vous êtes appelé et élu. Il vous semblera n'être éclairé- que par la lune lorsque vous souffrirez, mais la patience vous donnera la lumière du soleil. Votre âme ressuscitera dans la vertu que vous conserverez et développerez avec plus de zèle et de perfection que jamais jusqu'au jour où vous toucherez le but. Vous deviendrez conforme au Christ crucifié et accablé de peines, de tourments et d'opprobres.

Pourquoi le Christ a-t-il souffert ? Parce que la sagesse de Dieu vit que le châtiment devait suivre l'offense faite au Père. L'homme affaibli ne pouvant satisfaire, un amour de feu poussa Celui que n'a pas atteint le venin du péché à offrir la satisfaction. Vous

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suivrez cet exemple si, après avoir pratiqué la vertu, vous supportez les injustices de ceux qui vous injurient sans que vous les ayez offensés. Mais quand elle vient de Dieu, l'épreuve est toujours juste puisque nous l'offensons toujours. Le Christ a souffert jusqu'à la mort et il est ressuscité glorieux. Ainsi ferons-nous: que tous les serviteurs de Dieu souffrent jusqu'à la mort de la sensualité. La sensualité morte, le péché est vaincu, et l'âme se lève, ressuscite à la grâce et va, glorieuse, avec la reine, la Patience qui la revêt de son vêtement, dont j'ai parlé plus haut, et lui donne de persévérer jusqu'au dernier jour où elle monte au ciel.

Seule la charité, vêtement de la patience, pénètre dans le ciel comme une reine. Toutefois, bien que les autres vertus demeurent dehors, la charité fait entrer avec elle le fruit de toutes les vertus et en particulier le fruit de la patience parce que celle-ci est incorporée à la charité; plus encore, elle est la moelle de la charité; elle ne se montre jamais nue, mais vêtue d'amour. Sans la charité, la patience ne serait pas une vertu. L'amour véritable et parfait (1), quand il

(1) Qu'est-ce que l'amour véritable et parfait? «Aimer en vérité, c'est aimer, non par crainte du châtiment, qui atteint celui qui n'aime pas, ni pour l'utilité et le

est dans une âme, veut donner un signe de sa présence: le support des peines et des opprobres, des moqueries et des affronts, des tentations du démon et des révoltes de la chair, des critiques, des flatteries du cœur double, de celui qui a une pensée dans le cœur et une autre sur les lèvres. Tout cela, il le traverse, entraîné par une vraie et sainte patience et par un vif désir de servir Dieu et le prochain.

L'âme habite ainsi la cellule de la connaissance de soi-même dans laquelle est l'autre cellule de la connaissance en soi-même de la bonté de Dieu. Là, elle s'engraisse. Là, elle prend ses délices. Dans sa propre cellule, elle mange avec douleur les âmes comme nourriture, car sa table est sur la croix. Dans la cellule de la louange et de la gloire de Dieu, elle fait son lit de repos. Elle a donc la table, la nourriture, le serviteur qui est l'Esprit-Saint, et son lit de repos, l'honneur du Père éternel. Heureuse

plaisir que trouve lïirne dans l'amour, mais seulement parce que le souverain Bien est digne d'être aimé. Nous devrions l'aimer lors, même que nous n'en retirerions aucun avautage ; et si de ne pas l'aimer ne devait nous causer aucun dommage, nous devrions l'aimer tout de même. C'est ainsi qu'il a fait, Lui. Il nous a aimés sans être aimé de nous, sans en espérer aucun avantage, sans craindre de se nuire s'il ne nous aimait pas II nous a aimés par sa bonté et nous devons l'aimer par sa même bonté. » (Lettre à Nicolas di Ghïda, 35).

d'avoir trouvé au-dedans d'elle-même un.? si douce cellule, elle la défend contre le dehors de toutes ses forces.

Rappelez-vous, Père très cher et Fils négligent, la doctrine de Marie (1) et de la douce Vérité première. Vous savez qu'il vous faut demeurer dans la connaissance de vousmême, dans la prière humble et persévérance. Vous devez pratiquer la cellule, connaître la vérité et fuir toute conversation, excepté celles qui sont nécessaires au salut des âmes pour les arracher aux mains des démons par la sainte confession. Dans ce but, ayez plaisir à être avec les publicains iet les pécheurs: les autres, aimez-les beaucoup et fréquentez-les peu. N'oubliez pas de célébrer l'office divin à son heure et en son temps. S'il y a quelque chose à faire pour Dieu ou pour le service du prochain,

il) Voici ce qu'entendait la Sain le par la doctrine de Marie : « En tant qu'homme, le Fils de Dieu était ievêtu du désir de l'honneur de son Père et de notre salut : et ce désir fut si grand qu'il courut dans son ardeur à travers les peines, la honte et l'outrage jusqu'à la mort ignominieuse de la croix. Or le même désir fut en Marie, car elle ne pouvait désirer autre chose que l'honneur de Dieu et le salut des créatures. Les Docteurs disent, pour faire comprendre la charité sans bornes de Marie, qu'elle aurait servi d'échelle pour mettre son Fils en crrix : et il en était ainsi parce que la volonté du Fils était en File. » [Lettre à Robert de Xaples).

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faites-le sans lenteur ni négligence; mais l'oeuvre finie, gardez pour vous la fatigue et réfugiez-vous dans votre cellule sans aller, sous couleur de zèle, vider votre âme dans les conversations. Si vous êtes vraiment zélé et que vous ayez faim de la vertu, je suis certaine que vous le ferez et que vous vous souviendrez de ce que je vous ai dit. Sans zèle, vous ne feriez rien dans l'avenir et vous ne conserveriez même pas ce que vous avez. Aussi vous ai-je dit que je désire vous voir rempli d'un zèle parfait. J'espère que Marie, la douce Mère, remplira mon désir. Perdezvous vous-même, ne cherchez que le Christ crucifié et aucune autre créature.

Priez les glorieux apôtres Pierre et Paul de nous donner, à moi et à mes pauvres fils, la grâce de nous noyer dans le sang du Christ crucifié et de nous revêtir de la douce Vérité. Pour moi, si telle est sa volonté, que Dieu me retire de cette vie ténébreuse: la vie est la cause de ma peine, et la mort l'objet de mon plus grand désir. Prenez courage, réjouissons-nous et exultons car notre allégresse atteindra sa plénitude dans le Ciel. Je termine.

Demeurez dans la sainte et douce dilection de Dieu.

Doux Jésus, Jésus Amour.

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