L'HUMILITE
rentes manières, au lieu de la mériter, il n'a eu que des démérites ; et combien de fois n'a-t-il pas déshonoré cette grâce en ne s'en servant jamais selon les dispositions de Dieu !
Une autre marque de la véritable humilité, c'est de rechercher toujours la dernière place, de prendre en amitié les plus petits, de désirer comme offices les fonctions les plus simples et de demander toujours les vêtements les plus ordinaires.
5. L'orgueil de l'esprit se manifeste de deux manières. Par des indices extérieurs, d'abord, selon cette parole de l'Ecclésiastique : « le vêtement, le rire des lèvres et la démarche d'un homme révèlent ce qu'il est » (cb. /9, v. 27). Est-ce qu'on ne juge pas un arbre, bon ou mauvais, à ses fruits? Et toutes nos actions ne procèdent-elles pas du cœur ou de la pensée? De même, dit saintjérôme (1), qu'une odeur bonne ou mauvaise s'exhale de la bouche selon la qualité des aliments que l'estomac conserve, aussi bien que des sachets d'épices plus ou moins parfumées que l'on porte sur la poitrine ; et comme un œil impur annonce, au témoignage de saint Augustin (2), que le cœur est impudique ; ainsi, des signes extérieurs trahissent les intentions de l'homme.
L'orgueil se reconnaît aussi à ces preuves intérieures, lorsque, au fond de votre cœur, vous êtes
(1) Lettre à la vierge Principia, P. L. t. 22, col. 626. (2; Lettre 2 1 1, P. L. t. 5 3, col. 961.
content de vous-même, vous vous préférez aux autres et vous désirez leur être préféré ; quand vous souhaitez également de plaire aux hommes par vos actions et qu'en effet, vous apportez tous vos soins à leur plaire.
Une telle conduite est loin d'être conforme à celle de l'humble Maître, Jésus-Christ, lui qui, selon la doctrine de saint Paul (i), ne s'est même pas complu en soi-même, mais qui s< attendait, de la part des hommes, l'opprobre et le malheur » (Ps. 68, V.21). Il ne venait pas non plus pour commander, mais pour se soumettre. Croyons-en son témoignage : « le Fils de l'homme n'est point venu pour être servi, mais pour servir. » (Matt. cb. 20, v. 28.) Un tel Maître que fait-il de serviteurs qui cherchent à plaire, non pas à Dieu, mais aux hommes? il disperse les ossements de leurs vertus; et ces orgueilleux, à la fin, seront confondus, parce que Dieu les a rejetés (2).
( 1 ) Il s'agit, sans doute, de ce passage connu de l'épître de saint Paul aux Pbilippieus (cb. 2, v. 5-9) : « Ayez en vous les mêmes sentiments qui fuient dans le Christ Jésus, lequel, alors qu'il subsistait dans la forme de Dieu, ne s'attacha pas jalousement à l'égalité avec Dieu, mais s'anéantit lui-même en prenant la forme d'esclave, devenant semblable aux hommes. Et, se présentant avec l'extérieur d'un homme, il s'humilia lui-même en devenant obéissant jusqu'à la mort, la mort de la croix. »
(2) L'auteur utilise^ en l'adaptant, un verset du Ps. 52 : « Dieu a dispersé les os de ceux qui veulent plaire aux hommes », v. 6. Les orgueilleux n'ont pas de vertu ; ils n'en ont que les dépouilles, les cendres, les os. Dieu dissipera tout cela ; et, eux-mêmes, il les perdra.
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