‹ Le soliloque enflammé de Gerlac PetersChapitre 69 sur 161 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

L'Obéissance

L'obéissance a Dieu

Un homme obéit vraiment et parfaitement à Dieu, lorsqu'il repasse dans son esprit, fréquemment et avec soin, ce qui peut plaire davantage à Dieu, en tout temps et en tout lieu ; il pense aussi, sans cesse, aux desseins particuliers de la Providence sur lui ; et tout cela, il s'efforce de l'accomplir toujours (i).

L'obéissance aux Supérieurs

i. L'obéissance véritable aux Vicaires de Jésus- Christ ou aux Supérieurs existe, dès qu'un inférieur exécute ce qui lui est le plus contraire, exactement

(i) Le Psaume i 18 développe et réalise ce court programme de*1a parfaite obéissance. Continuellement, il fait passer devant nos yeux la loi sainte et justifiante de Dieu. Nous faisons nos délices de sa loi, et notre fonction, c'est de garder ses commandements. Nous nous excitons aussi à le faire toujours et généreusement. « Combien j'aime votre loi ! Elle est tout le jour l'objet de ma méditation. » («• 97-)

et volontiers, sans manifester jamais, par signe, par parole ou action, qu'un ordre ne lui va pas du tout. Mais c'en est fini de l'obéissance vraie, lorsque celui qui est soumis imagine lui-même les commandements et désigne lés œuvres qui lui plairaient. Ecoutez ce que dit saint Augustin : >•; Seigneur, quel excellent 'serviteur vous avez en celui qui s'applique moins à vous entendre lui commander ce qu'il veut, qu'à vouloir ce qu'il apprend que vous lui ordonnez (i). »

2. Le véritable obéissant n'attend jamais qu'on lui commande. Il suffit qu'il sache ou qu'il croie que telle est la volonté de son supérieur pour qu'il mette toute son ardeur à l'exécuter : c'est comme s'il y avait eu un ordre ; et cela, à l'exemple de Xotre-Seigneur Jésus-Christ, auquel la volonté et le bon plaisir de son Père tenaient lieu de commandement souverain.

Le véritable obéissant ne dispose jamais de ses propres actions. Il n'en juge pas à son sens, il ne dit ce qu'il en pense à personne ; puisqu'il n'a pas de volonté propre, il n'y a pas non plus quelque chose qu'il ne veuille pas (2). 11 confie à Dieu et à

(1) Cou/., Livre 10, chap. 26. P. L. t. 52, col. 795.

(2) Celui qui obéit ne veut que ce qui lui est commandé. 11 exécute n'importe quel ordre, il n'a garde de distinguer entre ce qui lui plaît ou ce qui ne lui plaît pas. De lui-même, on ne peut pas dire qu'il veut ou qu'il ne veut pas. Il veut simplement, mais volontiers, ce qu'on lui ordonne, et parce que cela lui est ordonné. Il ne veut

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ses supérieurs, simplement et sans inquiétude, le soin de disposer de lui-même, en toutes choses (1).

Le véritable obéissant ne se demande pas si c'est bien ou mal (2); Abraham non plus n'a pas jugé si c'était bien ou mal d'immoler son fils : Dieu le lui ordonnait !... Il ne distingue pas davantage le bien du mieux. Il estime, même dans le doute, que ce qu'on lui commande est toujours le meilleur ; excepté le cas où il apparaîtrait manifestement que l'ordre est injuste. Alors, « sachez, dit saint Grégoire, qu'on ne peut jamais faire le mal par obéissance ; mais le bien que vous faites, quelquefois par obéissance vous devez l'interrompre ».

Et saint Grégoire continue : « On nous impose parfois ce que le monde estime un bonheur, et parfois ce qu'il regarde comme une adversité. II faut donc remarquer, avec le plus grand soin, que, tantôt, l'obéissance est nulle, si elle met un peu du

pas, simplement aussi et sans regret, ce que son supérieur ne veut pas qu'il fasse. Pour pratiquer l'obéissance jusquelà, il faut un degré de vertu plus qu'ordinaire, et une perpétuelle abnégation de soi-même.

(1) Le religieux (c'est à lui que l'auteur s'adresse plus directement) a perdu, par son vœu d'obéissance, le pouvoir de donner à sa vie et à son activité une direction personnelle.

(2) Dans le plus grand nombre des cas, ces questions ne se présentent pas à l'esprit du religieux. Il sait bien que si lui-même se dirige sous l'obéissance, son supérieur le conduit, raisonnablement et vertueusement, par la prudence.

sien ; et, tantôt elle est très réduite, si elle n'a pas quelque chose d'elle-même. Ainsi, on ordonne à celui-ci de monter, on lui impose une place plus élevée : il obéit afin d'en prendre possession; mais il supprime pour soi-même la vertu d'obéissance, si ses propres désirs le faisaient aussi soupirer après cet avancement. Est-ce se diriger par obéissance que d'accepter les honneurs et les succès de ce monde pour ne servir que les envies de sa propre ambition ? Mais voici, d'autre part, qu'on lui commande ce que le monde méprise, on lui ordonne d'aller au-devant des injures et des opprobres : alors, si son cœur, de lui-même, ne les souhaite pas, il diminue le mérite de son obéissance. Il descend, il s'abaisse sans doute jusqu'à ce qui est méprisé en cette vie, mais c'est malgré lui et sans le vouloir Ainsi donc, l'obéissant doit avoir quelque chose du sien, en ce qui lui déplaît ; et ne rien avoir de lui-même en ce qui le rend heureux (i), pour que, dans le premier cas, son obéissance soit d'autant plus glorieuse qu'elle rejoint aussi par ses désirs l'ordre même de Dieu ; et dans l'autre cas,

(i) L'obéissance toute seule rend méritoire l'acceptation de ce que saint Grégoire appelle ici « prospérité, succès et agréments de ce monde ». En pareille matière, il n'y a pas d'obéissance, si elle n'est pas obéissance pure. On ne doit rien y mettre du sien. C'est tout le contraire, si l'on nous commande ce à quoi nous répugnons par nature : l'obéissance extérieure et passive ne suffît plus; il faut l'activer par nos désirs en voulant l'œuvre à réaliser.

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