‹ Le soliloque enflammé de Gerlac PetersChapitre 73 sur 161 · LA PATIENCE · texte numérisé non relu

LA PATIENCE

Mais si, tout en faisant le bien, vous supportez d'avoir à souffrir, voilà ce qui est agréable à Dieu » (cb. 2, v. 20).

Quelle patience digne d'éloge que celle qui supporte avec résignation, non seulement en punition d'oeuvres mauvaises, mais encore comme prix de bienfaits, les préjudices causés soit par des hommes méchants, soit surtout par ceux qui paraissent bons et amis? Alors l'âme est vraiment chère à Dieu entre beaucoup d'autres, et elle ressemble au lis parmi les épines. Le lis, blessé par les épines, conserve sa blancheur éclatante, évidemment ; mais il répand une odeur plus forte que s'il n'était pas déchiré (1). Ainsi, l'âme, épouse de Dieu, estelle blessée par ceux qui semblent du nombre et de la société des enfants de Dieu? cela ne l'excite pas à

(i)L'auteur qui fait de fréquents emprunts à la Glose n'y renvoie pas ici ; il semble bien cependant qu'il s'en inspire, et il y puise cette opinion que le lis répand plus d'odeur, lorsque les épines le piquent. Cela se trouve en toutes lettres au commentaire de ce texte du Cantique des Cantiques, cb. 2, v. 2 : « Comme un lis au milieu desépines, telle est ma bien-aimée parmi les jeunes filles. » Ce n'est plus la Glose ordinaire de Walafrid Strabon,. mais la Glose interlinéaire d'Anselme de Laon (mort en 11 17), ainsi appelée parce que le commentaire est écrit entre les lignes du texte sacré. Les deux Gloses sont éditées dans « La Sainte Bible avec la Glose ordinaire,, enrichie de nouvelles .explications des Pères grecs et latins, et des postules (ou commentaires ajoutés, « post i lia » verba), du franciscain Nicolas de Lyre. » 6 vol. infol. Douai, 1617. — Voir tome3, col. 1831, 1832.

l'impatience, elle s'efforce simplement de garder avec le plus grand soin la blancheur d'une conscience innocente et le parfum d'une bonne réputation.

2. Celui-là est véritablement patient qui ne se contente pas d'endurer vertueusement les peines et désagréments qu'on lui cause, mais qui souhaite qu'on lui en fasse d'autres encore; semblable, en cela, au Christ qui disait : « Mon cœur a attendu l'opprobre et le malheur» (Ps. 68, v. 20). Le vrai patient ne murmure pas quand il est frappé ; ainsi Job, au milieu de ses épreuves et de ses tribulations, ne dit rien d'insensé contre Dieu, cb. 1 ,v. 22; mais, d'une âme joyeuse, il se réjouit de ses peines et de tout cœur il en rend grâces. Devant les torts qu'on lui fait, le vrai patient ne se justifie jamais, même si on le lui demande. Il se confie, en toutes choses, à la grande fidélité de Dieu qui saura bien manifester, en son temps, l'innocence de tous ceux qui souffrent injustement. Notre-Seigneur, interrogé par Pilate, ne répondit pas non plus. Enfin, celui qui est patient ne se plaint à personne de l'injustice que l'on commet à son endroit. De se plaindre et se justifier, cela soulage l'âme parfois ; il ne prend pas garde à ce soulagement. Seul avec Dieu, il porte sa peine, jusqu'à ce que le Seigneur, compatissant et fidèle, remplace son chagrin par des consolations intérieures.

3. Pour nous exciter à la patience, reconnaissons, premièrement, que nos péchés nous ont valu la peine

Page 1