LA PAUVRETÉ
cher à Dieu ni plus agréable aux anges ni plus avantageux à l'homme que d'achever sa vie dans la pauvreté par obéissance. Que la pauvreté plaise à Dieu, c'est encore saint Bernard qui en témoigne de la sorte : « Dieu a, dans sa droite, la longue durée de la vie, dans sa gauche, les richesses et la gloire (Prov.fCb. 3, v. 16). Tout cela affluait abondamment et éternellement au ciel ; mais la pauvreté ne s'y trouvait pas, tandis que sur terre, beauté inconnue, elle abondait et surabondait ; et l'homme en ignorait le prix! C'est pourquoi le Fils de Dieu, qui la convoitait, descendit du ciel, et c'est elle qu'il choisit, afin de nous la rendre précieuse à nous aussi par l'estime qu'il en fit lui-même (1). »
La gloire d'être assis avec Notre-Seigneur nous excite également à la pauvreté véritable : les pauvres, les inconnus, au jugement siégeront à côté du Fils de l'homme pour juger les nobles et les riches (Matt., ch. iç, v. 28). C'est vraiment louer Dieu que de tout quitter à cause de lui, de se faire pauvre, spontanément, par amour pour lui, et d'avoir en lui cette confiance qu'il est bien capable de nourrir, une ou deuxvfois par jour, ses serviteurs (cela a si peu d'importance à ses yeux que ce qui est nécessaire au corps, il l'accorde moins abondamment à ses amis qu'à ceux qui ne l'aiment pas), lui dont la
(1) ier Sermon pour la veille de Noël, P. L. t. 1S3, col.
puissance généreuse réserve, et le jour et la nuit et à chaque minute, à l'âme de ses serviteurs, l'abondance de ses dons spirituels : ce qu'il y a de meilleur, vraiment, puisqu'il n'en distribue rien aux méchants, mais seulement aux bons, à ceux qui sont ses amis.
4. On montre que l'on est vraiment pauvre, lorsque, sans s'inquiéter aucunement de tout ce qui passe, on s'en remet à Dieu, avec une confiance simple et tranquille, à ce Dieu qui toujours abondamment nourrit les oiseaux et les vermisseaux. Admirez spécialement sa providence à l'égard des petits du corbeau tout noir qui les abandonne, affamés, dans leur nid, comme s'ils n'étaient pas ses petits, parce qu'ils sont blancs (1). Jusqu'à ce
(1) Saint Grégoire le Grand commente (au ch. 9 du 30e livre des Morales, P. L. t. 76, col. 542), ce verset de Job, ch. 38, v. 41 : « Qui prépare au corbeau sa pâture, quand ses petits crient vers Dieu, et qu'ils errent çà et là, sans nourriture? » et raconte que les petits corbeaux sont délaissés par leur père, tant qu'ils n'ont pas de plumes noires et qu'ils errent çà et là dans leur nid, en quête de nourriture. Saint Isidore, au 12e livre de ses Etymologies, P. L. t. 82, col. 465, le répète. Guillaume de Paris dit également, dans son ouvrage sur la Trinité, ch. 25 (Rouen 1674, t. 2, p. 50). que le corbeau repousse ses petits s'il ne leur voit pas un plumage noir. Quoi qu'il en soit de cette légende, nous avons mieux pour croire à la Providence. « Regardez les oiseaux du ciel, disait Notre-Seigneur, ils ne sèment ni ne moissonnent,... et votre Père céleste les nourrit... Dieu ne fera-t-il pas bien plus pour vous? » (Matt., cb.6, V.26...30.)