‹ Le soliloque enflammé de Gerlac PetersChapitre 81 sur 161 · LA PRUDENCE · texte numérisé non relu

LA PRUDENCE

le péché véniel; et ce qui exclut, pour toujours, de la jouissance de Dieu : le péché mortel. Faire usage de la vraie prudence, c'est encore aimer tout ce qui rapproche de Dieu : je veux dire les bonnes œuvres, et ce qui unit perpétuellement à Dieu : les vertus et les dons du Saint-Esprit.

3. Même l'exemple des Philosophes peut nous conduire à la véritable prudence. Par amour de la science, ces Sages se mettaient tellement en peine, raconte saint Jérôme (1), « qu'ils fuyaient toute société, les hommes, les villes et les maisons de campagne où il y a trop de charmes pour la vue et l'ouïe : un jardin arrosé d'eaux courantes, le feuillage — qui tombe comme une chevelure — des arbres, le chant des oiseaux, le miroir d'une source et ses eaux qui murmurent. Peut-être la splendeur et la profusion de ces richesses auraient-elles énervé leur force d'âme, et souillé la pureté et l'intelligence de leur esprit! A quoi bon, vraiment, regarder souvent ce qui nous a parfois captivés, et pourquoi tenter l'expérience de ce dont nous ne nous passerions que difficilement ? Les disciples de Pythagore, eux aussi, restaient, habituellement, en des endroits solitaires. Et nous savons que certains se sont crevé les yeux, afin qu'aucun objet visible ne les détournât plus de la contemplation philosophique... Il se trompe, celui qui s'imagine pouvoir s'adonner aux

(1) Contre Jovinien, livre 2% P. L. t. 25, col. 298.

oo LE PARADIS DE L'AME

plaisirs de la table, et se livrer à l'étude de la sagesse; ce serait vivre dans les délices sans être l'esclave de leur corruption!... Nous pensons, en effet, à ce que nous voyons et entendons, à ce que nous sentons, à ce que nous goûtons ou atteignons par le toucher ; et ce qui attire notre volonté, c'est le plaisir qui la captive (i) »... Et nous, ne devonsnous pas faire davantage, pour nous appliquer à la divine sagesse !

L'imprudence a perdu bien des hommes, et c'est un motif de plus qui nous conduit à la prudence. Isaïe ne dit-il pas : « Mon peuple est allé en exil, parce qu'il n'avait pas la science » (ch. 5, v. 1 ?), et Baruch (ch. ?, v. 28) : « Parce qu'ils n'avaient pas la sagesse, ils ont péri, à cause de leur folie, d

4. Voici ce que fait la prudence : elle dispose les pensées du cœur et les empêche de se répandre en dehors de Dieu, elle rèsrle les affections de l'àme pour qu'elles ne s'arrêtent pas aux créatures, et ses vouloirs afin qu'ils ne s'écartent pas de Dieu. Les

(1) L'auteur donne, en raccourci, le passage de saint Jérôme, et son texte diffère encore de celui de l'édition de Migne. Et il conclut plus brusquement que je n'ai fait dans la traduction : « Combien plus nous qui devons vaquer à la Divine Sagesse ! » (sommes-nous obligés de nous arracher à ce dont les philosophes se sont volontairement séparés)

La sagesse, c'est la connaissance la plus élevée ; pour les philosophes, c'était connaître toutes choses par leurs causes; pour nous, c'est la connaissance du vrai Dieu et de celui qu'il a envoyé : Jésus-Christ.

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