LA PRUDENCE
intentions, elle les dégage de tout mélange et les purifie, et elle dirige au mieux les soupçons et les jugements. Elle doit aussi régler et ordonner les paroles, actions et démarches, pour que tout se fasse conformément à une fin raisonnable, en vue du perfectionnement de tous et pour l'utilité commune. C'est qu'en effet, au témoignage de Salomon (Ecclèsiaste, ch.8,v. /), la sagesse de l'homme resplendit sur son visage, c'est-à-dire à l'extérieur, par sa manière de vivre. Celui dont la conduite est ainsi réglée a la preuve de la vraie sagesse. « Chaque jour, disait saint Bernard (i), examinez et contrôlez votre vie. Remarquez, avec beaucoup d'attention, vos progrès et vos défaillances ; quelle est votre conduite? quels sont vos sentiments? ressemblezvous à Dieu, oui ou non? Appliquez-vous, avec le plus grand soin, à vous connaître vous-même : vous valez beaucoup mieux à vous connaître qu'à vous ignorer, tout en connaissant le cours des astres et les propriétés des plantes. »
5. S'appliquer à connaître, — simplement pour gagner de l'argent, — le cours des astres, les propriétés des herbes médicinales et la valeur des pierres précieuses, — (une telle science enfle, sans édi- . fier, /re aux Cor., cb. 8, v. /) cela révèle une prudence fausse ; de même, être rusé dans les affaires
(1) Méditations sur la nature de l'homme, ch. 5, P. L. t. 184, col. 494. Ouvrage inauthentique.
de ce monde; et alors, cette prudence est plus que fausse, elle est insensée : « la sagesse de ce monde est folie devant Dieu » (ch. 3, v. 19). Hélas, ils sont en grand nombre, ces insensés. Notre-Seigneur se plaignait avec raison de ce que « les enfants de ce siècle sont plus habiles entre eux que les enfants de la lumière » (Luc, ch. 16, v. 8). Vous en avez d'autres qui sont ingénieux quand il s'agit de penser au mal ou de trouver des nouveautés, mais qui sont aveugles pour considérer la volonté de Dieu, « habiles à faire le mal, ils ne savent pas faire le bien » (Jérêmie, ch. 4, v. 22), «ils disent et croient qu'ils sont sages, et ils sont devenus insensés » (Rom., ch. 1, v. 22) (1).
(1) La prudence, d'après l'auteur, a une portée générale et un sens très étendu. On ne voit plus bien comment elle se distingue encore de la sagesse et de la science. Elle apparaît à peine comme cette vertu qui sauvegarde, dans toutes les actions humaines, le juste milieu raisonnable, et qui dispose sagement, au bénéfice des autres vertus morales, des moyens d'atteindre, chacune, leur fin spéciale et leur bien propre; c'est elle la règle de toute l'activité vertueuse. L'auteur en parlera, d'une manière plus explicite, au chapitre 34 où il traite de la discrétion. 11 attribue à la discrétion le rôle et la fonction de la prudence. En réalité, la discrétion n'est que le jugement prudentiel ; la prudence, elle, va jusqu'à l'action.