CHAPITRE IX La Force
i. La force véritable et parfaite consiste à être maitre de son âme quand on est tenté par l'orgueil ou l'envie, la colère, la luxure ou l'avarice, la vaine gloire et la complaisance en soi-même, ou par les plaisirs inférieurs : l'àme raisonnable ne consent jamais à toutes ces tentations qu'elle réprime aussitôt. Voilà pourquoi il est dit au livre des Proverbes (cb. 16, v. 12) : « Celui qui supporte patiemment vaut mieux qu'un héros, et celui qui se domine soimême est supérieur au guerrier qui prend des villes ». Cette force-là, Samson, très courageux cependant, ne l'a pas eue ; sans doute, il mit en pièces un lion (Juges, cb. 14, v. 6), et avec une mâchoire d'âne il terrassa un millier de Philistins (cb. /5, v. /5, 16). mais ensuite, parce qu'il aimait une femme, Dalila, toute force lui fut retirée (cb. 16, v. 4, 17, 20).
2. Il a la vraie force, celui qui préserve ses membres et ses sens de tout ce qui est défendu. David
ne fut point vraiment fort, lui qui, après avoir tué le lion comme l'ours, et aussi Goliath (Ier Livre des Rois, cb. /7, v. 36, v. 50), n'eut pas la force de retenir ses yeux et de réprimer des regards coupables (IIe liv. des Rois, ch. 11, v. 2). Quoi donc! certains ont de la force, et ils en ont beaucoup, quand il s'agit de jeûner, de veiller, de châtier leur corps par des cilices et des disciplines ; et ils sont impuissants à arrêter leurs pas sur le chemin du vice, à préserver leurs mains, d'oeuvres mauvaises; ils ne peuvent se retenir d'entendre des paroles nuisibles, et beaucoup moins encore d'en proférer eux-mêmes! Saint Jacques avait raison de dire : « Toute espèce d'animaux, d'oiseaux, de reptiles, etc., peut se dompter, et a été domptée, en fait, par l'homme ; mais la langue, personne ne peut la dompter : c'est un fléau qu'on n'arrête pas; elle est remplie d'un venin mortel » (cb. 3, v. j-8). Et cependant, si on ne maîtrise pas sa langue, il n'y a pas de religion véritable. « Quelqu'un s'imagine-t-il être religieux sans mettre un frein à sa langue ? il se trompe luimême, et sa religion est vaine » (cb. 1, v. 26).
3. Le fait de savourer les douceurs spirituelles conduit à la vraie force ; car l'âme en est fortifiée en vue du bien à faire, pour supporter aussi les adversités, et pour être victorieuse du vice et de tout ce qui lui est nuisible. Jonathas a figuré à l'avance ce goût des délices de l'esprit ; après avoir mangé un peu de miel, ses yeux furent illuminés