‹ Le soliloque enflammé de Gerlac PetersChapitre 90 sur 161 · LA COMPASSION · texte numérisé non relu

LA COMPASSION

à prier Dieu avec ardeur et sans interruption, pour qu'il daigne les arracher à ces souffrances si dures et si cruelles.

3. La surabondante compassion du Christ pour nous doit nous conduire à la compassion véritable. N'est-ce pas lui, au dire de saint Augustin, qui est pressé d'absoudre le pécheur de ce qui fait le tourment de sa conscience, comme si la compassion pour ce malheureux l'affligeait plus que le pécheur ne souffre par compassion pour lui-même? (1) Encore, le Christ n'a pas seulement compati à nos misères; il portait nos maladies et il s'était chargé de nos douleurs (haïe, ch. 53, v. 4). La nature aussi, notre corps, nos membres nous prêchent cette compassion. « Si un membre souffre, tous les menbres souffrent avec lui » (/re aux Cor . , ch. /2,v. 26).

De même, nous devons nous laisser attirer à la compassion par ses avantages. La compassion fortifie notre charité et elle nous fera régner avec le Christ, selon ce qui est écrit : « Ne manquez pas de consoler ceux qui pleurent, allez et venez avec ceux qui sont dans l'affliction, n'hésitez pas à visiter

(1) Livre de l'esprit et de l'âme, ch. 6. P. L. t. 40, col. 784. Cet ouvrage n'est pas de saint Augustin. Et ii s'agit, non pas de Notre-Seigneur, spécialement, mais de Dieu auquel il tarde plus, dit l'auteur, de pardonner au pécheur qu'à celui-ci de recevoir son pardon. « Hn effet, Dieu se hâte d'absoudre le coupable du tourment de sa conscience ; on dirait que la pitié pour ce malheureux l'afflige plus que la pitié de soi-même ne fait souffrir le pécheur. »

les malades, car votre charité en sera affermie (i). Et saint Paul disait à son disciple Timothée (IIe lettre, cb. 2, v. 12) : « Si nous souffrons, nous régnerons aussi avec le Christ. »

Elle est rare, la vertu de compassion. Notre- Seigneur s'en plaignait à l'avance : «J'ai attendu quelqu'un qui s'attristerait avec moi, mais en vain; quelqu'un pour me consoler, et je n'ai trouvé personne >> (Ps. 68, v. 21) (2).

4. On prouve que l'on a une véritable compassion quand on ne s'afflige pas seulement avec ses amis, mais encore quand on partage les souffrances de ses ennemis. Ainsi, Joseph pleura sur tous ses frères, ! sur chacun d'eux, eux qui l'avaient vendu pour trente deniers (3). David (IIe livre des Rois, cb. Ier, v. 12) fit un grand deuil à la mort de Saiil, qui ] avait eu, cependant, plus d'une fois l'intention de le tuer; et il ordonna même d'enseigner aux enfants d'Israël un chant funèbre sur Saùl (v. /7, 18). Et I quand mourut Absalon.qui avait voulu le détrôner,

(1) Ce texte de l'Ecclésiastique (cb. y, v, 34, 35) a déjà servi à l'auteur pour démontrer que la compassion favorise et entretient la charité, fin du ch. 1". En effet, la compassion procède de la charité, et, en même temps qu'elle l'entretient, elle manifeste sa vitalité.

(2) On se rappelle le reproche attristé que fit Notre- Seigneur à ses disciples, au jardin de Gethsémani : « Ainsi, vous n'avez pu veiller une heure avec moi » (MatL, ch. 26, v. 40).

(3) C'est le prix indiqué par l'auteur. D'après la Genèse, ch. jj, v. 28, Joseph fut vendu pour 20 pièces d'argent.

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