‹ Le solitaire. 4. éd., rev., cor., augm., et ornée de vignettes dessinéesChapitre 100 sur 205 · LIVRE VIII · texte numérisé non relu

LIVRE VIII

bile de surprise, elle semble Galatée entr'ouvraiit sa paupière, sur le piédestal de l'Amour.

Soudain, couvert d'armes étincelantes d'or et de pieiTeries , le prince de Palzo se présente entouré d'une suite brillante de chevaliers, d'écuyers et de pages; leurs écliarpes , leurs bannières et leurs panaches sont bleus . ils s'avancent vers Elodie : bientôt toutes les lances , toutes les épées , tous les boucliers se baissent devant l'orp'ueline de l'abbaye ; et le prince de Palzo lui-même, mettant un genou en terre , dépose son glaive à ses pieds , tandis que les chantres guerriers répètent en choeur ce refrain :

» Que loin de toi la foiidic tonne, » Ccleste aurore d'un beau jour !

y Ton front est fait pour la couronne, » Conirac ton cœur l'est pour l'amour. »

Alors les patres, les montagnards et les jeimes filles d'Lnderlach paraissent

au fond de la galerie : vêtus de blanc et pares de rubans bleus , ils portent les offrandes du hameau, et couvrent les marches du trône de leurs corbeilles de fleiu^s et de fruits. La joie éclate sur leurs traits; et la vierge du monastère verse des larmes d'attendrissement, tandis que le chœur villageois répète en partie, au bruit des instrumens militaires , le second refrain du chant guerrier :

3) Fille du ciel , fleur printauicie, J) Que pour toi brille un nouveau jour! » O! reponds! ...la vallée entière i> f\t demande qu'un mot d'amour. »

Mais que de surprises sont préparées à l'orphehne! Placée dans un char en forme de concpie marine , au-dessus duquel un pavillon bleu s'élève, Elodie est traînée par les montagnards et les jeunes filles vers l'amphithéâtre dressé sur la pelouse; les chevaliers, les écuyers.

T.IVRÉ Vfll. 7

les pages , formenl le l)rillant corte'ge de la jeune nymphe ; et la musique guerrière précède la marche triompiiale.

Moinsbelle apparaissaitCytbérée, quand sous les ])Ocages d'Amalhonte, traînée par les tritons, escortée par les néréides , environnée par les amours, elle présidait aux jeux de Mars.

Sur un balcon doré, la souveraine du Talion s'est assise. Quel spectacle vient frapper ses yeux ! un vaste cirque est devant elle : la barrière est ouverte; et le cri belliqueux des tournois s'est fait entendre : « Guerre aux héros ! amour aux (lames! »

Des chevaliers armés de toutes pièces s'élancent aux combats la visière baissée et la lance en arrêt. Leur vigueur, leur grâce, leur adresse cliarmenl la vierge d'Lnderlach. De leurs coups multipHés leurs écus retentissent ; et de leurs glaives redoutidjles s'échappe une gerjje de feu.

La devise des com]3attans est la même : « Amour et gloire. )) Aapied du balcon , les héros du tournoi , montés sur leurs nobles coursiers, inclinent leurs flottans étendards , et courbent leurs fronts valem-eux aux pieds de la beauté. Ravie, émerveillée, la reine du carrousel sourit aux paladins Iriomplians. De ses blanches mains, et comme accoutumée à présider à de semblables jeux , la nymphe gracieuse a détaché le casque des vainqueurs, posé la couronne sur leur tête, et distribué les prix du courage. ^ ivement émue, jamais la fille deSamt- Maur n'avait paru si belle. L'enthousiasme que lui ont inspiré ces luttes guerrières et cette fête chevaleresque , se peint sur son visage, et jette un nouvel éclat siu' ses traits enchanteurs. Les transports qu'excite sa beauté , les hommages presque divins qui lui sont rendus, ces cris de vaillance et de gloire, ce beau ciel, ces bosquets enchantés,

Page 1