LIVRE viir; 2cy
siliule, ne peut commander à ses sens agites ; elle se lève : la prière est la seule ressource du malheur. Avant que l'aurore ait éveillé les liabitans du monastère, Elodie s'est rendue à la chapelle ; là toujoui'S quelles que puissent être ses souiFrances , les consolations arrivent à son cœur. Baume sauveur des plaies de l'âme, la prière est le fil sacré ([ui lie la terre au ciel : par elle, de l'immortelle demeure, le souffle divin du grand inconnu peut descendre sur les humains.
Cinq fois l'horloge de l'abbaye avait sonné l'heure nocturne depuis qu'Elodie avait quitté le fanal de la tour. Du pied des autels elle a dirigé ses pas au caveau solitaire où repose la dépouille mortelle de sa mère. Des lampes funéraires y brulent nuit et jour; et leurs pâles lueurs éclairent seules le monument funèbre.
Appuyée contie l'iune des tombeaux , la vierge d'Underlach s'élevait en esprit
3o LE SOLITAIRE.
yers le divin séjour, d'où sans doute en ce moment sa mère la contemplait , lorsqu'un léger bruit attire son attention. Au fond du caveau s'ouvre ime porte souterraine jusqu'à ce jour inconnue à l'orpheline , et l'homme du mont Sauvage apparaît à sa vue.
H est armé de toutes pièces. Un casque bronzé qu'omljragent des plumes noires couvre ce front maitial, qui jadis aux lauriers fut accoutumé sans doute. Un glaive étincelle en sa main j une cotte de mailles ceint sa taille robuste ; un baudiier noir lui sert d'écharpe : et teriible assaillant , comme Pyrrhus au mausolée d'Achille, comme Oreste au palais d'Egiste , comme Arsace au tombeau de jNinus , il semble aux vengeances appelé.
La fille de Saint-Maur n'a pu retenir un cri de surprise et de joie. — «Vous )) voilà! dit-elle avec transport en s'élan- » çant vers lui. Ah! le Ciel protège Elo- )) die ; déjà ma prière est exaucée. ))