LIVRE IX
Sanglantes j ses blessures sont légères , il en dérobe jusques aux moindre traces ; et d'un front calme et serein , il se rend auprès de la comtesse Imberg.
Les riches présens de l'hymen , venus de Nancy , et qu'attendait impatiemment Palzo , A iennent d'être déposés dans le grand salon de l'abbaye. Les plus magiùfi([ues dons de l'opulence , les plus riches travaux de l'ail sont pompeusement étalés par la comtesse aux yeux de l'orpheUne : mais la fîUe de Saint-Maur laisse tomber négligemment ses regards sur les parm^es éblouissantes et les pierreries précieuses qui lui sont présentées. Rien ne l'étonné , rien ne la charme ; et comme simple spectatrice d'une fête sans intérêt, comme une assistante à un hymen étranger, elle examine avec la curiosité de l'indifférence les magnificences que lui offre l'amour. La comtesse observait ElocUe. La froideur glaciale de ses réponses , ses T. 11. 4' édit. 5
regards distraits, son souiire presque ironique , son calme dédaigneux , ont confondu toutes ses pensées. Nul troiÛDle, nulle inquiétude n'agitent l'orpheline. Impassible et silencieuse , elle ne témoigne jii siu'prise, ni gaieté, ni tristesse j et, malgré sa profonde connaissance du coeur humain , la comtesse , ne pouvant rien comprendi'e à l'étrange conduite de sa nièce , n'a pu rien démêler de ses sentimens inconnus ni de ses pensées secrètes.
La journée s'est écoulée sans aucun événement remarquable. Que de fois les yeux de l'orpheline ont fixé les montagnes de Morat !.... Que de fois ils ont cherché sur la route de l'abbaye les envoyés du Solitaire! Le secours promis n'arrive point; et cependant le jour suivant doit éclairer l'hymen fatal.
La nuit couvre riiémisphère. Le prince de Palzo paraît au coml^le du bonheur.