LIVRE r
» à des jours sereins au milieu des tour- » mentes de la vie; qui, sur les flots agités )) rêvai le calme; qui poursuivis le fantôme » (lu boniieur au désert populeux du )) monde civilisé; moi-même, victime )) de l'infortune , sans le devoir sacré qui )) m'attache à l'orpheline d'Underlach, » j'eusse été loin des humains cacher ï) une existence exempte de remords au )) fond de quelque sohtude inaccessible !
)) L'inconnu de ces vallons ne hait » point ses semblables, puisque, com- )) pâtissant à leurs souffrances , il s'est )) montré souvent leur sauveur : il ne les )) fuit point , puisqu'il apparaît partout 011 » les accens de la douleur et du déses- » poir se font entendre. Pourquoi donc )) soupçonner le crime où tout annonce )) la vertu? »
— <( Je puis me tromper , répond M Anselme; j'ai tort, j'aime à le croire j )) je me condamne; et cependant il >» m'est impossiljle de ne point redouter
o3 LE vSOLlTAIRE.
:» riiomrne impénétrable qui ressemble )) au goullre ténébreux dont la sonde )> cherche envain le fond. y> H dit ; et sous les murs de l'abbaye les deux amis se sont séparés.
Eloigné du monde , et tout entier à ses pieux devoirs, Anselme avait paisible'ment coulé ses jours en Helvétie; un seul événement avait troublé sa vie et déchii'é son coeur. L'ami de son enfance , le prieur d'Underlach , fut massacré sous ses yeux par les soldats de Charles-le- Téméraire ; et lui-même n'écliappa que par miracle , à la fureur dés Bourguignons.
Anselme possédait toutes les vertus évangéhques des pasteui'S du premier âge, mais il y joignait l'intolérante sévérité des prêtres du quinzième siècle.
En suivant l'impulsion de son coeur, Anselme se montrait toujours un apôtre indulgent 3 mais en suivant la hgne de