LIVRE IX
autour d'elle ; des larmes coulent de tous les yeux ; et leur adieu muet a de'cliiré l'àme de l'orpheline.
Les ombres s'épaississaient dans la plaine que le soleil couchant avait cessé d'éclairer; mais les cimes neigeuses des montagnes resplendissaient encore de lumière , et s'étaient revêtues d'un vaste manteau de pourpre. I^'air était doux et serein ; le hameau était paisible ; les teintes jaunes etrougeâtres de l'automne nuançaient la verdure des forets ; le timide chamois de loin à loin se montrait sur les roches désertes; le laemmergeyer (i) planait lentement au-dessus des nues , et le torrent roulait ses eaux limpides. Jamais la nature n'avait semblé si belle àl'orphehne; jamais l'aspect de la vallée ne lui avait pai^u si ravissant. Hélas! tel est le coeur humain : souvent il ne sent la valeur de ce qu'il possède
(i) Grand vautour des Alpes.
que lorsqu'il est au moment de le perdre. Plutôt destiné aux regrets qu'à la jouissance , il apprécie ce qu'il aA^ait, lorsqu'il ne l'a plus et qu'il souffre. Les yeux de l'homme ne s'ouvrent-ils donc que lorsqu'ils plem^ent!....
Déjà les murailles grisâtres du monastère se perdent dans le lointain. Ses hautes tours solitaires s'élèvent silencieusement , habitées par l'oiseau des ténèbres et tapissées par les pampres du lierre. A travers leurs crevasses soufflent les vents. Maintenant nuls pas humains ne retentissent sur leurs sommets , qui paraissent ne plus communiquer qu'avec les nuages. Ruines encore imposantes, elles semblent dire tristement adieu au voyageur qui, moins heureux qu'elles, pressent les ravages , compte les temps , et connaît la faux qui le frappe.
Entouré de gardes et chargé de fers , le prince de Palzo marche en avant du