LIVRE IX
La nuit étend sur les combattans ses crêpes funéraires. A genoux contre le pic Terrible , l'orpheline infortunée lève au Ciel ses mains suppliantes. La comtesse l'a abandonnée. Pressant les flancs de sa mule, déjà la perfide s'est réfugiée sous la bannière des insurgés. Plusieurs fois , à l'oreille d'Elodie , la flèche meurtrière a sifflé. Comme un rempart impénétrable, Ecbert défend l'approche du pic Terrible. Comme un lion ensanglanté, il combat avec la fureur du désespoir.
Cependant la vaillance a triomphé du nombre : le désordre est dans les rangs des insurgés; leurs cadavres jonchent la terre. Le pi'ince de Palzo cherche la fille de Saint- Maur. S'il ne peut exterminer les troupes d'Ecbert, du moins, avant de fuir avec ses montagnards, il veut s'emparer de celle qu'il adore. Au pied du rocher célèbre il vient de l'apercevoir : il fond siu' sa victime, il est
prêt à la saisir.... lorsque entre elle et lui s'élance le comte de Norindall.
Armés par la vengeance , implacables rivaux, les deux guerriers se frappent avec toute la violence de la haine , avec toute l'impétuosité de la rage ; leur sang inonde leur annure : tous deux paraissent invincibles. O désespoir ! un trait lancé par un montagnard a percé la cuirasse d'Ecbert, et reste enfoncé dans ses flancs. Le valeureux comte de Norindall veut arracher ce funeste javelot j mais le fer s'est rompu dans sa blessure. Ecbert a senti s'allaibhr sa vigueur; cependant il combat encore. 11 lui reste l'énergie de son âme ; et cette énergie morale est une force libre des sens , une ■vie indépendante qui surmonte tous les obstacles d'une nature épuisée, etcomrae un nouveau souille anime l'anéantissement.
La vierge d'Underlach jette un cri de détresse, et jamais le désespoir ne fit