LIVRE r. 3l
ment. Faihle comme le roseau du lac, elle avait besoin d'un ferme soutien, sur lequel elle pût appuyer sa pensée, vers lequel elle pût élever ses douces prières , auprès duquel elle pût réfugier son innocence.
Quoique habitués à la voir descendre dans le vallon , les montagnards , à son aspect, s'arrêtaient toujours saisis d'admiration. La suivant des yeux , à travers les arbres groupés autour de l'abbaye , ils avaient peine à se persuader que ses formes enclianteresses ne fussent point celles d'un esprit céleste appai'U pour quelques jours au milieu d'eux. La beauté de l'orpheline, sa noblesse, ses grâces, leur paraissaient surnaturelles; et la vallée entière l'avait siu'nommée la Colombe du 3Ionastère.
Fille du comte de Saint-Maur, destinée en naissant à posséder un jour une fortune immense , hériliùre d'un nom
illustre, Elocîie avait tout perdu; mais, du moins , n'ayant rien connu des grandeurs de la terre, l'orpheline ignorait aussi les regrets.
Né dans les Etats de Philippe-le-Bon , duc de Bourgogne , le comte de Saint- Maur avait guidé dans les camps les premiers pas du comte de Charolais, devenu depuis Cliarles-le-Téméraire. Louis XI, alors dauphin, fuyant le courroux paternel , s'était réfugié à la cour de Pliihppe , et s'était hé d'une amitié fraternelle avec le jeune fils de ce duc. Le comte de Saint-Maur, quoique beaucoup plus âgé que les deux princes, était le compagnon de leurs plaisirs, et ne les quittait que rarement; mais en des caractères aussi opposés que l'étaient ceux de Charles et de Louis , des sentimens d'affection ne pouvaient être durables.
Louis XI , profondément dissimulé , n'était jamais plus redoutabl eque lorsqu'il paraissait ne pouvoir être à crain-