LIVRE X
livré au plus funeste délire. Elodio croit l'entendre se jeter à genoux sur l'aride J3ruyère; et par des mots inarticulés, par des plaintes étouffées, il semble répondre à quelque dieu vengeur à ses yeux apparu pour lui prononcer sa dernière
sentence! — « Grâce i s'est-il écrié
» d'une voix déchirante, grâce!.... » et le silence de la mort succède à Taccent du désespoir.
Que la nuit a paru longue à l'orpheline I... Avec l'aurore elle a revu l'homme des mystères. Sombre et silencieux , il paraît altéré par quelque événement surnaturel. Une affreuse pensée occupe seule son esprit; et semblable à la victime au supplice condamnée, il marche le fj'ont abattu.
S'éloignant de l'ermitage, il a repris «es travaux : Elodie n'a point osé l'interroger. Au coucljcr du soleil les impénétraljles secrets du SoUtaire lui seront ré- T. 11. 4' cdit. *
vélés. Inquiète et séparée de lui , la filïe de l'abbaye s'abandonne aux plus sombres pressentimens. Que va-t-elle apprendre !.. Quelle sera sa destinée! Hélas! combien est terrible l'approcbe du moment c{ui doit décider de la vie entière !
Enfin le roi des astres enfoncé sous l'horizon dore de ses feux expirans les rochers de l'Helvétie. — aSont-ce là y) pour moi les derniers rayons du bon- » heur!.... dit l'orpheline j » et son œil cherche le Solitaire.
11 paraît : son \isage est pale et décomposé : son regai'd est sinistre et sauyage. Un noir manteau l'enveloppe. — « Suivez-moi, dit-il d'un ton brusque » et farouche : » et rapidement il descend la montagne.
11 est sorti de la forêt; il a franchi le torrent; et vers la plaine de Morat il a dirigé son elFrayante course, semblable au premier meurtiier, fuyant de la terre d'Abel , par la réprobation poursuivi.